Il faut tout de suite annoncer la couleur : c'était la première fois que j'avais l'occasion d'essayer la version dédoublée de l'IDTGV que la SNCF propose sur le trajet Paris-Nice. J'avais donc le choix entre une ambiance zen en bas du TGV (chouette, avec des moines bouddhistes japonais ?) et une ambiance zap au-dessus (aucune idée : on a tous une télécommande et on change de chaîne ?). Deux chemins donc, l'un peut-être facile et séduisant mais débouchant sur l'Enfer ? l'autre plus ardu et repoussant mais débouchant au Paradis ? Dilemme difficile donc, supposant un choix de vie ayant des conséquences gigantesques sur la qualité de mon voyage vers la Méditerranée... Angoisse... Que faire...
            J'optai donc pour l'IDZen, pensant que cet espace dédié à la lecture, au silence et au calme me conviendrait mieux, d'autant que la SNCF vante amoureusement les mérites de ce nouveau bébé... Et j'écartai donc sans regret enfants turbulents, location de consoles de jeux et autres barristas venant vous proposer diverses consommations à votre place. Tout ceci augurait donc d'un voyage des plus agréables, sans sonnerie tonitruante et de mauvais goût, sans brouhaha de conversations tronquées ("Allô ? ALLÔ ? Je ne t'entends pas, ça ne capte plus !") et autres galopades de charmants bambins fatigués du trajet.
            Mais c'était sans compter le facteur "illetrisme généralisé". Quelle bêtise : moi qui avais si bien soupesé le pour, le contre, les inconvénients et autres récompenses, je me retrouvais confrontée à l'improbabilité absolue que 90% du wagon soit plongé dans un bon livre et à l'incapacité actuelle à comprendre la signification d'une consigne et d'un symbole. Première conclusion du voyage : les adultes ayant entre 25 et 40 ans ressemblent à s'y méprendre à des élèves de 4ème venant de quartiers défavorisés... Ainsi, vous pouvez observer, avec étonnement et incrédulité, des personnes solidement campées face au logo "Ici téléphones éteints !" déblatérant toute leur vie dans leur appareil avec force gesticulations verbales...  Quant aux enfants, comme à leur habitude, ils semblent apprécier les couloirs de l'IDZen.
            Mais le pire arrive ensuite : lorsque vous avez fait votre deuil du téléphone et des enfants, censés être fermement poussés hors de cet espace zen par le sublime "superviseur" (si, il y a un "superviseur" qui accomplit un rapide tour de garde au départ et rappelle de ne pas utiliser les portables... Hum... Mouahahaha !), vos voisins vous assènent le fameux "abrutissement auditif". Grosse interrogation de ma part : pourquoi les gens éprouvent-ils le besoin d'écouter la musique si fort ? Voire très très très fort ? Est-ce un élan de générosité incontrôlable qui les pousse à faire ainsi partager leur univers sonore ? En tout cas, il se fait rare de ne pas entendre le son nasillard de la musique quand quelqu'un se promène avec des écouteurs ; et n'alléguons pas le bruit des transports, je n'ai pour ma part aucun problème à très bien entendre la musique au volume minimal dans le RER et le métro, alors le TGV !!! Sauf dans les bus chinois, mais ça c'est une autre histoire... Seconde conclusion : vers un monde peuplés de malentendants automutilés. Je me suis donc retrouvée coincée entre deux hystériques de la molette, et j'ai longuement hésité à en prendre un pour taper sur l'autre...
            Finalement, il aurait été peut-être plus agréable de voyager en IDZap,  en évoluant dans le brouillard sonore des jeux, enfants et portables tonitruants, mais où j'aurais peut-être trouvé calme et tranquilité en mon for intérieur, comme lorsque j'étudiais tranquillement dans les cafés. Troisième conclusion : ne jamais déroger aux bonnes habitudes. D'autant que pour ce voyage était proposé à l'occasion du Festival international de la BD à Angoulême une sélection de BD à lire au bar... La prochaine fois, donc, IDZap !!! Et je vous en dirai des nouvelles...