J'en avais touché un mot il y a quelque temps déjà, et ni une ni deux : dès sa sortie, nous sommes allés voir le dernier film de Tim Burton, Sweeney Todd, the demon barber of Fleet Street. L'univers de ce réalisateur m'a toujours beaucoup séduite : anti-conformiste, peuplé d'êtres bizarres rongés par leurs pensées, l'humour mêlé de grotesque mais toujours inquiétant, accompagné souvent par la musique de Danny Elfman, un maître du gothico-drôlatique (je viens de l'inventer...). Le chef-d'oeuvre du genre reste pour moi The Nightmare before Christmas (L'Etrange Noël de monsieur Jack). Et pour ne rien vous cacher, je suis en train d'écrire en écoutant la musique : on ne se refait pas, je sais... "Bienvenu dans un monde étrange, où l'on aime les démons mais pas les anges". Ou encore : "La peste ? C'est bien ! C'est funeste !"
            Revenons à nos moutons. Ou à nos pies plutôt. Car il faut mentionner l'élément le plus important : contre toute attente (mais c'est habituel avec moi), ce film m'a donné extrêmement faim. Il était tard, je n'avais pas mangé et ce film parle de tourtes à la viande ! Pauvre de moi, qui adore ça (voir un précédent post sur la gastronomie à Londres) !!! Passons ces considérations stomacales et concentrons-nous sur le septième art.
            J'avoue que quelques-unes de mes craintes se sont confirmées : il est par exemple un peu lassant de voir les acteurs des films précédents de Burton, et de films du même genre sortis récemment. Johnny Depp et Helena Bonham Carter s'en tirent correctement, quoique la prestation de cette dernière soit un peu... pâle... (c'est le moins que l'on puisse dire, en terme vocal et facial !). Mais elle parvient heureusement, car plus mélancolique, à faire oublier Belatrix Lestrange qu'elle a récemment interprétée dans Harry Potter et l'Ordre du Phénix, pareillement habillée, maquillée et échevelée. Et le premier parvient à rompre avec ses deux précédents rôles marquants chez Burton, à savoir Edward (Edward aux mains d'argent, d'autant plus difficile qu'ici aussi il est question de coupe capillaire !) et Ichabod Crane (Sleepy Hollow). Ici, il est fou. Point. Et il le fait bien, intériorisant suffisamment pour éviter le démonstratif attendu. Les autres personnages sont des prétextes : Johanna est un métissage entre Vanessa Paradis et Christina Ricci, et Anthony le jeune niais de service (bizarre, ce personnage est absolument absent de l'univers burtonien habituellement). Enfin, le juge Turpin joué par Alan Rickman et le bailli Bamford interprété par Timothy Spall, sont bien trop présents à l'esprit du spectateur dans les rôles de Rogue et du traître Peter Pettegrew dans Harry Potter. C'était le danger de faire jouer deux acteurs déjà vus il y peu, et ensemble de surcroît.
            En revanche, mention spéciale à Sacha Baron Cohen et à son aide Toby (Ed Sanders) : ces deux figures moins connues sont les bienvenues parmi tous ces acteurs. Enfin, un peu de chair fraîche ! En tout cas, l'inénarrable Borat parvient à camper un barbier italien digne des plus grands, dans la droite ligne de Stromboli. Mais si, souvenez-vous du Pinocchio de Disney... En plus mince, d'accord...
            Le scénario, qui suit une légende londonienne, reste assez banal mais le spectateur est tenu en haleine jusqu'au bout. Pourquoi ? La soif de sang ! Parce que ça gicle dans tous les sens, un lourd coulis rouge vif et clair, tranchant magistralement avec la couleur passée de l'image. Car il faut dire que c'est ça, le brio du film : la couleur. Comme dans Big Fish, certaines scènes sont traitées en noir et blanc colorisées sur certains détails, tandis que d'autres séquences sont hyper-colorisées (le rêve de Mrs Lovett). On attend donc que diabolique barbier tranche encore et encore... et on espère en même temps ne plus voir ces giclements d'hémoglobine...
            Quant à la spécificité du film, c'est d'être un drame musical. Et c'est là que le bât blesse (et pourtant, j'ai été élevée à la comédie musicale...) : Burton s'est séparé de Elfman, et tout va donc à vau-l'au. L'orchestration est moins magistrale qu'à l'habitude, et l'enchaînement des chansons est assez peu profitable au scénario. Quant aux mélodies et aux paroles, j'ai franchement eu l'impression d'entendre du sous-Misérables : même accent nasillard et cockney en beaucoup moins drôle, duets bien moins lyriques et envolés (et maîtrisés)... Dommage. Jusqu'à la complainte du jeune Anthony dans l'histoire d'amour-prétexte "I feeeeeeel youuuuuu, Johannaaaaaaa" dans les rues désertes de Londres. Bof. Et on oublie heureusement vite la première scène, d'un bateau émergeant des brumes et sur le ponton duquel chante ce jeune Anthony : un goût de déjà-vu ? Oui, normal : revoyez la première scène de Pirates des Caraïbes (dans lequel joue d'ailleurs le même Johnny Depp).

            A voir certainement, mais loin malheureusement d'être le chef-d'oeuvre annoncé.