Dans ce contexte financier remuant, une petite perle a surgi hier soir : Trader de James Dearden (Rogue Trader, 2000). Inattendu car programmé à la dernière minute par M6 en fonction des événements survenant depuis quelques jours à la Société Générale, La Firme a donc été remplacé par ce film, moins facile à recaser habituellement sans doute, avec un sens de l'à-propos étonnant... Il retrace en effet quelques mois de la vie de Nick Leeson, que vous connaissez de mémoire ou parce qu'il a donné très récemment quelques entretiens à des journaux triés sur le volet contre rémunération (héhéhé, le sens des affaires...), comme le trader ayant fait couler la prestigieuse banque anglaise Barings (institution vieille de 250 ans !) en jouant sur les cotations de l'indice Nikkei entre Tokyo et Singapour en 1994-1995. Je sais, ça ne paraît pas très affriolant mais ne vous laissez pas rebuter...

Gaff1121961069


           Mon cher et tendre et moi-même bavardions donc bien tranquillement à propos de nos projets de vacances (Inde ou Japon ?), la télévision se démenant silencieusement dans un coin, quand notre regard a été attiré par... Tiens, Ewan McGregor dans un film un lundi soir ? ... Oh, il porte une veste aux couleurs vraiments bêtes, à grosses rayures jaunes et bleues... Ah, une salle des marchés ? ... Quelques Asiatiques passent dans le champs de la caméra ? Singapour ? Et là, la machine cérébrale se met à fonctionner à toute vitesse : mais oui !!! C'est sur le trader qui a fait fait couler la Barings !!! Notre oeil blasé par le petit écran s'illumine quelque peu...

           Précisons immédiatement que je n'aime pas, loin s'en faut, les films et livres de "vécu", qui restent bien souvent au stade du compte-rendu et de l'émotion sans fouiller au-delà. Ici cependant, une spirale grise le spectateur, entraîné dans le sillage de Leeson : les manipulations financières sont expliquées en détail sans être trop complexes, et le scénario est intelligemment basé non sur la vie du trader (quel intérêt ?) mais sur la manière dont il tisse lui-même la toile dont il ne pourra se dépêtrer. Appels de marges, compte secret, indices, chiffres, tout défile à grande allure... Et on voit en demi-teinte Leeson perdre progressivement son assurance, acculé par ses pertes de plus en plus monumentales sur le marché à jouer plus gros, toujours plus gros. Il a conscience des sommes colossales engagées, mais la frénésie du jeu comme une fine connaissance de la bourse le pousse à se refaire. Une dernière fois... C'est son portrait placardé dans les journaux et son interpellation en Allemagne, alors qu'il regagne Londres, qui lui font prendre conscience de l'énormité de ses actes (la Barings a fait faillite à cause de lui). Du côté des acteurs, Ewan McGregor est absolument crédible, donc magistral, en jeune loup aux dents longues, les autres personnages étant suffisament effacés pour rendre compte de l'isolement dans lequel se trouve tout trader, confronté à ses gains et pertes, et à l'exigence de gagner toujours plus.

             Pour M6, c'était l'occasion de rajouter encore une couche aux multiples reportages, interviews, débats et discours concernant les arcanes de la haute finance française ; quant à nous, nous avons découvert un film haletant et maîtrisé. Et, surtout, qui ne s'apitoie sur le sort de personne : ni sur celui de Leeson, qui joue et perd, ni sur celui de la banque, qui joue et perd également. En revanche, le spectateur, qui a le sens des réalités parce qu'il n'est pas engagé dans cette spirale infernale, rage devant la naïveté du trader qui ne planifie aucune fuite, veut absolument rentrer à Londres et n'a rien mis dans ses poches !!!

            Leeson a été condamné à six ans et demi de prison à Singapour et 70 000£ d'amende ; il vit aujourd'hui en Irlande.

            Drôle : à un moment du film, Nick Leeson perd un client pouvoyeur de fond et dit "c'est sans doute la Société Générale qui nous l'a raflé ; on ne va pas de laisser faire par ces branquignoles !!!". Mouahahahahaha !!!