13 mai 2008
Géographie des risques.
Il ne fait malheureusement pas bon vivre en Asie ces derniers temps.
La Birmanie, déjà touchée
malheureusement par nombre d'autres problèmes (junte militaire,
pauvreté, trafic de drogue, de bois précieux et de pierres précieuses, guérillas...), paye un lourd tribut au
typhon Nargis : dans les 100 000 morts, sans doute. Les chiffres
officiels sont en-deçà, mais les fonctionnaires locaux (pas du tout
corrompus) ont passé plus de temps à compter les voix des urnes
bourrées que les corps et les disparus qui "seront de toute manière mangés par les poissons" dixit le gouvernement. Cette catastrophe confirme quelque chose d'étonnant
: la nécessité du maintien des mangroves sur les littoraux tropicaux. La mangrove,
c'est cette barrière de racines, de plantes, d'arbres, conservatoire
naturel d'une faune et d'une flore spécifiques très riches (endémique, dit-on) mais qui a également l'énorme avantage de protéger
la côte des vagues et des raz-de-marée en les bloquant ou en en
amenuisant l'effet sur les plaines côtières. J'avais lu un article à ce
propos après le tsunami de 2004, concernant les côtes du Tamil Nadu en
Inde, et il semblerait qu'une analyse du même ordre puisse être faite
sur le delta de l'Irrawady et des côtes méridionales de la Birmanie.
Mais allez expliquer aux paysans cherchant des terres plus fertiles
qu'ils doivent protéger ces espaces, et donc crever de faim en
attendant de trouver d'autres terres... Ajoutez à cela l'incurie de la junte au pouvoir : le peu d'aide qui parvient en Birmanie ne parvient pas aux Birmans puisque le riz est revendu au Bangladesh. Aujourd'hui, un second cyclone menace ce pays, un des plus beaux et des plus chaleureux que j'ai visités jusqu'à aujourd'hui.
La Chine, qui voit son bâti s'effondrer au
Sichuan alors même
que ce pays voulait depuis des mois montrer son extraordinaire
modernité.
Mais Chengdu, ville modernisée par excellence, où j'ai passé huit jours
cet été, mêle vieux immeubles et nouveaux buildings,
chantiers grandioses et quartiers vieillissants. La ceinture de feu,
qui provoque de
très fréquents tremblements de terre dans les territoires de
l'Asie-Pacifique, a justifié la construction à Taïwan et au Japon
d'immeubles sécurisés selon des règles très strictes : ainsi, la tour
de
"Taipei 101", la plus haute du monde encore actuellement, recèle dans
ces
derniers étages une énorme bille de plomb qui compense les mouvements
telluriques et lui permettrait de résister aux tremblements de terre.
Et cela doit être le cas des nouveaux immeubles de la majorité des
grandes villes chinoises... mais seulement pour les immeubles très
récents et médiatisés. Pour le reste, je ne suis pas très confiante sur
le respect des règles par les promoteurs immobiliers véreux qui se
partagent le marché immobilier chinois. A l'heure qu'il est le bilan
s'alourdit
encore : des écoles et des hôpitaux se sont effondrés, démontrant à
quel point un pays si grand met de temps à rénover ses infrastructures.
Quand il le fait...
L'Inde vient de subir une nouvelle vague
d'attentats au Rajasthan et le bilan dans la ville de Jaïpur est pour
l'instant de 80 morts ; New Delhi et Bombay ont également eu des
alertes. C'est finalement la suite d'une longue série d'émeutes et
d'attentats sporadiques, qui dure depuis l'indépendance (1947) et la
Partition avec le Pakistan (1949). Dans cet immense pays, les religions
se côtoient pour le meilleur et le pire : l'Etat indien attribue le
plus souvent les attentats à des groupes islamistes en lien avec la
question du Cachemire, entre autres. Le risque ici, outre le fait de
simplement aller faire ses courses au marché ou d'aller prier au temple
ou la mosquée, est l'engrenage : régulièrement, les attentats sont
suivi d'actes de violence à l'égard de la communauté incriminée, hindoue ou musulmane en général, sans
qu'une solution politique ne parvienne à mettre le holà définitivement.
Risques climatiques, risques
telluriques, risques terroristes : autant d'inconnues à anticiper et à
devoir malheureusement gérer. J'étais en Birmanie, il y bientôt trois
ans, en Chine il y huit mois et je vais en Inde dans deux mois :
au-delà de la très grande tristesse qui me saisit quand je vois ces
populations touchées de plein fouet par la catastrophe, de la rage qui
m'étreint face aux décisions cyniques ou minimales des gouvernants,
au-delà du serrement de coeur quand je reconnais des endroits où je
suis passée, où j'ai siroté un thé, où j'ai attendu un avion, la
question qui me taraude est celle de l'action. J'apporte à chaque
voyage des devises au pays, et de l'argent à ces gens, en essayant de
le diriger le plus possible vers les petits métiers, les petits
marchands de rue, les moyens de transports locaux plus que les magasins
et les grandes entreprises. Mais je voudrais faire tellement plus : le
touriste concerné se sent tellement inutile !













