22 mai 2008
Les Cubains, la Révolution en musique et en couleurs !
Certes, la politique c'est intéressant et ça fait bien dans les dîners en ville. Mais ce qui vous intéresse beaucoup plus, c'est... la chair... Enfin, les gens. D'ailleurs, en parlant de voyages et de rencontres, je devrais faire du billet sponsorisé dans pas longtemps... désolée...
Cubains et Cubaines. Tout commence à l'aéroport de La Havane : une masse de gens grappés autour des arrivées. Un sentiment de déjà-vu, ces couleurs, ces différences et cette similitude générale de... nonchalance, de "coolitude". Oui, l'arrivée à Cuba ressemble à une arrivée au Brésil : même sentiment d'être au milieu d'un océan de couleurs de peaux, de textures de cheveux, de formes de visages, nez, bouches, de complexions anatomiques... "Complexions anatomiques", à retenir, magnifique.
Ce mélange ethnique est un des héritages des terres caraïbes : un métissage intense, effréné et jubilatoire. Effréné, parce que l'histoire de l'île a mis en contact depuis 1492 (c'était Hispaniola à l'époque où Christophe Colomb aborda) des populations ethniquement et culturellement très dissemblables : des Hispaniques et des Indiens, les premiers ayant bien imprimé leurs caractéristiques tandis que les seconds se sont évanouis dans la nature... massacrés jusqu'au dernier. On ne retrouve donc pas le type physique indien plus présent sur le continent, tandis que le type hispanique est partout visible, donnant à certains corps cet aspect plus petit, trapu parfois, et rondouillard qui rappelle la chaude Espagne... L'Afrique, quant à elle, a laissé à Cuba des marques profondes, comme la religion des orixas, le candomblé du Nordeste brésilien ayant troqué son nom pour la santeria, superposition de rites africains, animistes et catholiques. Très fortement implanté dans le sud de l'île, notamment à Santiago de Cuba, les formes féminines deviennent généreuses, les hommes élancés et minces, les cheveux doux et crépus, la peau noir profond...
Le Caucasien, pour reprendre les classifications ethniques
anglo-saxonnes, est aussi présent dans les types physiques cubains, et beaucoup plus qu'on ne le croit :
héritage encore, des Européens venus s'installer au cours du XXème
siècle, des Américains tels Ernest Hemingway ou encore des Soviétiques. Quelques visages étonnants : cheveux
drus et ras de couleur paille, le nez droit et sévère, les yeux bleus
clairs et perçants. Des femmes aux longs cheveux dorés ; Guillermo Cabrera Infante en parle souvent, de ces blondes Cubaines qui
teignent leurs cheveux pour s'approcher toujours un peu plus des standards cinématographiques américains des années 1940. Mais il y a aussi les vraies
blondes, à la peau très claire ou la peau très mate, blondes
comme les blés ou aux volutes rousses parfois. Enfin, encore plus étonnant, une forte immigration
chinoise au début du XXème siècle a contribué à brider certains yeux, pâlir le
teint, noircir et raidir les cheveux ; étonnant comme ce groupe
de Cubains parlant cantonais, hilares sur la place principale de
Santiago : j'ai eu un moment de "décalage", où suis-je, mais que
font-ils dans ce décor... Et puis, tout s'est remis en place : le melting-pot cubain !
A Cuba, le métissage se fait donc invention, se fait jeu et surprise permanentes.
Mais ce sont plus les conditions de vie qui marquent les gens : la sécheresse des corps paysans, ramassant la canne à sucre à la main dans les champs, ou les corps féminins arrondis. Car la Révolution cubaine n'est pas de celles qui ont glorifié la femme libre, indépendant, fine et sportive. Les panneaux de propagande utilisant l'image féminine sont rares, et ne vantent que la beauté, le rôle éducatif et maternel, ou la motivation des hommes...
Tout ceci est finalement jubilatoire : le métissage en lui-même, bien qu'il n'ait pas été tout au long
des générations le fruit de l'amour, mais trop souvent celui de l'esclavage, du viol et des arrangements, mais il est jubilatoire aujourd'hui en ce que main dans la main, les couples "mixtes" (évidemment, je parle ici d'un point de vue ethnique car l'hétérosexualité est de règle...) se promènent dans les rues franchement, simplement. Des groupes bavardant sur une place, sous un porche, et prenant la fraîche : peu d'uni-ethicité, un peu plus dans le sud toutefois... Alors, bien sûr, ceci est vu de l'extérieur et ce n'est pas le genre de questions que l'on pose de but en blanc à un gardien de musée ou une gérante de paladar !!! A creuser plus avant, donc : la Révolution a fait en sorte d'éradiquer le racisme, mais dans toute société humaine aussi marquée historiquement (voire dans toutes société humaine tout court ?) les distinctions et les hiérarchies de couleurs de peau perdurent le plus souvent...
Finissons sur les charmes de Cuba : les Cubains sont extrêmement aimables (vérifié). Ont le sens de l'humour et aiment rire (vérifié). Aiment draguer et aborder (vérifié). Les Cubaines aussi, d'ailleurs (vérifié par Tac). Voilà, c'est dit : Cuba est chaude, et il n'est pas compliqué de se faire des ami(e)s ! Maintenant, au-delà des fantasmes que toute personne bossant comme un forcené dans une ambiance pourrie et dans un pays débile (cela PEUT être un Français, oui...), il faut prendre conscience du très grand décalage du niveau de vie avec Cuba et de la tradition de prostitution dans l'île : un des risques serait que le tourisme sexuel, qui a envahi la République dominicaine pour hommes et surtout pour femmes, n'envahissent aussi Cuba.
Ainsi, à la terrasse d'un café "chic" (hum, cet adjectif est à comprendre avec toute la relativité possible), nous avons pu observer trois jineteros (solliciteurs) habillés dans une style "street-flashy" mettre ostensiblement le grappin sur trois femmes d'une quarantaine et d'une cinquantaine d'années, les aborder, les faire danser, se faire payer à boire et les regarder... chaleureusement. Les jeunes hommes sont en effet pas mal du tout, et beaucoup de femmes seules visitent Cuba. Peut-être ce qui est à craindre est-il déjà largement en marche, d'autant que désormais les Cubains et les Cubaines ont le droit d'aller dans les hôtels pour touristes (ce qui avait été interdit jusqu'à il y a un mois en vue de réprimer la prostitution). A propos de ce genre d'interdictions, rappelons aussi que certains endroits touristiques comme les stations balnéaires chic étaient interdites aux Cubains : le plus exemplaire était sans doute l'îlot paradisiaque où nous étions (Cayo Santa Maria, qui est relié à la terre par une route construite sur un terre-plein traversant la mer pendant 50km : la route est au milieu de l'eau) ; il est désormais accessible aux Cubains, qui doivent tout de même montrer patte blanche...
Mais les hommes, c'est aussi le folklore ! Le
touriste, et moi avec, s'attend à trouver à Cuba du rhum et des cigares : et j'avoue avoir eu peur
d'une disneylandisation avec à chaque coin de
rue des proposition de "tours de fabriques de cigare", de visites de champs de
tabac, de cours de salsa et de rumba... Mais rien. Quelques
fabriques sont disséminées par ci par là, qu'il faut trouver au fin fond de la campagne, un musée du rhum "Havana Club" à La Havane, mais pas d'installations touristiques de masse. A chacun donc d'aller découvrir par lui-même...
La visite de ce musée en vaut la peine selon Tac (moi, je ne l'ai pas faite, j'ai préféré me balader au hasard des rues), car y sont expliqués les processus de fabrication du rhum et les différences entre les 2, 3, 7 et 15 ans d'âge... C'est une sorte de passage obligé, cela semble é-vi-dent. Héhéhé. Le cigare et ses fabriques constituent le même circuit attendu : la cueillette des feuilles, le séchage (comme sur la photo de gauche), le tri, le "roulage" et surtout l'envoi aux fabriques d'Etat (j'avais expliqué ici le principe des petits producteurs). Nous avons fini par fumer un cigare "Romeo y Julieta", histoire de dire qu'on l'avait fait, et... ça n'est pas mauvais, c'est moins fort qu'une cigarette et la saveur en est plus intéressante. Et à droite, ce sont des cigares faits maison protégés dans du journal et oeuvre d'un petit producteur (éleveur de cochons, souvenez-vous...) que l'on a ramenés à un ami connaisseur.
Côté musique, j'avais une
image très festive de Cuba sans aucun doute influencée par le film de Wim
Wenders Buena Vista Social Club, dans lequel l'opiniâtreté
de Ry Cooder parvient à sortir de l'oubli international de nombreux talents cubains (Ibrahim Ferrer, Compay Segundo...). Et c'est là que le bât blesse : je crois que ce film en particulier, s'il a fait découvrir des sonorités et des rythmes exceptionnels au monde entier, a en grande partie figé le répertoire musical cubain donné à entendre aux touristes. Les nombreux orchestres itinérants et les quelques musiciens de rue s'installent près des rares bars et hôtels à touristes, parfois sur les places centrales, et jouent irrémédiablement, sempiternellement les mêmes mélodies.
Déjà que vous seriniez ces airs avant de partir, au bout de quelques jours, vous n'en pouvez plus : vous avez le sentiment que Besame mucho, Hasta siempre (hier), Los Machucambos ("Quizas, quizas, quizas", demain) et Chan-Chan (aujourd'hui) sont les seules chansons dont les Cubains se souviennent... ou plutôt qu'ils savent que les touristes veulent entendre. Le pire reste certainement la musique d'ambiance des hôtels, mais je sais : c'est la même chose dans tous les pays ; ici,c'est évidemment New York, New York qui a le plus de succès, ce qui est révolutionnairement fort douteux...
Bon, pour trouver de la bonne musique ou tout au moins de la musique originale, il faut se rendre dans la Casa de la Trova du lieu, sorte de maison de la musique : des artistes locaux s'y produisent, mêlant les chansons précitées à des compositions et des mélodies locales. Pour une somme très modique (0,60€), vous pouvez assister à ces concerts et passer un fort sympathique moment !
Quant à la langue, vous pourrez étonnamment entendre parler très bien français : les Alliances françaises fonctionnent très bien, et nous avons été parfois abordés par des gens s'exprimant comme des titis parisiens... Enfin, l'espagnol de Cuba est très clair (pas autant que le
colombien, c'est sûr : oh oui, réécoutez Juanes...) et qui a la particularité absolument trognon de manger les "s". Ce qui peut donner le dialogue suivant entre moi (espagnol par-fait d'une non-hispanophone germanophone reconvertie aux langues romanes par l'apprentissage de l'italien et du brésilen, ce qui n'est pas sérieux et fait converger vers un espéranto sans espoir...) et un Cubain jovial :
- Ola señor ! Donde esta la autopista para Santiago ? (En réalité dans ma tête, la phrase était : "Hallo signor ! Dove fica la autopista pra Santiago ?". Et je vous épargne les réminiscences de chinois...).
- Ooooooola (lentement) ! La autopi-ta e-ta a la i-quierda ; muy -erca...
Et évidemment, le Cubain jovial conclut notre trépidant entretien par un tonitruant : Chao ! Ce qui a le don de m'agacer car me revoilà plongée dans les affres linguistiques : "Mais Tac, c'est de l'italien "ciao" ; il m'a parlé en italien ? Ou c'était de l'espagnol ??? Je comprends plus rieeeeeeeeeen...". Heureusement, le Tac est parfait : il sait toujours quand c'est de l'espagnol, il chante comme Juanes et danse comme Shakira... Rrrrrrrrrr...
Commentaires
Tac dansant comme Shakira ^^
Bon je viens de montrer les photos que je peux voir sans aucun problème aujourd'hui (va comprendre)à Chéri et il m'a engueulée presque : c'est pas beau de lui faire envie de bon matin comme ça...
Tu dis que Cuba est chaude, merde alors, il ne va plus savoir ou donner de la tête...
@ Pivoine : héhéhé, c'est bien. Excellente stratégie. Encore un article demain sur les visites à faire (avec les photos les plus vendeuses...) et c'est bon, tu peux prendre les billets !!! Ensuite, pour la "chaleur" cubaine, c'est à mon avis plus toi qui va être sollicitée en permanence : il y a eu une telle répression sur les "jineteras" (solliciteuses) que ce sont maintenant les hommes qui les remplacent... Tac marchait 5 mètres devant ou derrière moi, et allez : regards appyués, "Ola ! Como estas ?", "Mmmmm..." et même après avoir demandé une indication en voiture "viens avec moi sur le vélo, on les guidera ensemble...". Avec un grand sourire et un aplomb rare, sans que cela soit trop trop lourd. Hihihi...
Hôlàà! mais faut que j'aille à Cuba....Bin oui, pour visiter les musées.....
@ Jelaipa : rôôôôôôh... oui, oui, pour visiter les musées. C'est un très bon prétexte, pardon, une bonne idée !
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