Balloon_Dog_Koons

            Et bien oui. Un cri du coeur. Car admirer les oeuvres de Jeff Koons les plus représentatives exposées dans les salles célébrissimes du château de Versailles est absolument délicieux. Petite sortie culturelle donc, sous les ors de la monarchie louisquatorzienne Michael_Jackson_Koonset les outrances du néo-pop art.
            Bien sûr, étant fan de l'artiste (voir ici et ici), je partais avec des préjugés résolument positifs quant à l'accrochage d'un homard géant dans le Salon de Mars, à ce duo étrange et doré de Michael Jackson et son chimpanzé Bubbles sous le regard impérieux du Roi Soleil, ou à cette composition faite d'aspirateurs années 1950 sous les yeux velouteux de Marie Leczinska, Marie-Antoinette et autres femmes de cour. Mouahahaha, une grande bouffée d'air pur ironique dans cette Antichambre du Grand Couvert, des appareils éminemment phalliques, comme le dit l'artiste, preuve d'une certaine aisance financière et du rôle régulateur de la femme au sein du foyer...Blue_Moon_Koons

            Les oeuvres de Jeff Koons obligent donc à se départir de nos habitudes et à adopter un regard neuf sur ce monument si galvaudé qu'est Versailles. Une bulle bleue ("Blue Moon") où se reflète la Galerie des Glaces dans toute son étrangeté et sa folie, le "Balloon Dog" magenta qui trône au centre du Salon d'Hercule, à l'image d'un ego surdimensionné, d'une force hors-norme qui s'exprime par l'enflure du ballon seulement reflet de ce qui l'entoure. Et n'est-ce pas finalement la définition même de la monarchie à l'âge classique ?

            Et pour aller jusqu'au bout du parallèle, cette exposition soulève un point crucial : lequel du décor de Jeff Koons ou de celui de Louis XIV est le plus kitsch, le plus fou, le plus grandiose ? Et à mes yeux, c'est Versailles qui remporte largement la palme en cette matière, couleurs lumineuses et métalliques, bouquets et jonchées alourdis, ambiguïtés sexuelles masquées... Louis_XIV_KoonsJusqu'à ce que le kitsch rejoigne le kitsch en une étonnante prémonition, avec un buste métallisé de Louis XIV, fin, dur, volontaire et pénétrant, affublé d'une perruque imposante et engoncé dans sa cuirasse martiale, réalisé par Jeff Koons en 1986...

              Au bout du compte, on finit par comprendre une chose essentielle : si Koons travaille avant tout sur le kitsch, la société de consommation et le paraître, il a trouvé ici le lieu qui convient le mieux pour exposer ses oeuvres. Car qu'est-ce que la Cour sous Louis XIV si ce n'est l'exposition des fastes, du kitsch, d'une société tournée uniquement vers le luxe, la consommation et le paraître ?

             Ultime collision de deux artistes devenus experts dans la maîtrise de l'image de soi, ultime collusion de deux Grands du kitsch.

Fleur_Koons

Jardin

           Pour en savoir plus sur l'exposition au Château de Versailles, cliquez ici ; pour en savoir plus sur Jeff Koons, cliquez ici.