"Les Chroniques de San Francisco", Armistead Maupin : maturation et maturité.
J'ai enfin clos le parcours des Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin. Totalement ? Non ! Car juste avant de partir, que vois-je sur les rayons ? L'ultime tome de la saga, le septième... Je ne parlerai donc ici que des six premiers tomes.
Je vais être assez franche tout de suite : après avoir lu Une voix dans la nuit du même auteur, je savais plus ou moins à quoi m'attendre. Scénario simple, psychologie des personnages plate auxquels se rajoute la structure simpliste d'une chronique publiée dans un journal (le San Francisco Chronicle, puis le San Francisco Examiner), que l'éditeur en format poche proclame comme étant le renouveau du roman-feuilleton (mais bien sûr...). Contre toute attente cependant, et malgré ces critiques fondamentales qui font qu'habituellement j'écarte le livre, les Chroniques sont très plaisantes à lire, voire attachantes. Pourquoi donc ?
Le lecteur y suit la vie de deux personnages, Michael "Mouse" Tolliver et Mary Ann Singleton, fraîchement arrivée de sa province natale. Des personnages secondaires récurrents virevoltent autour d'eux, Anna Madrigal, Brian Hawkins, Mona Ramsey, Dede Halcyon ou Jon Fielding, prenant plus ou moins d'importance en fonction de leurs aventures. Et c'est là que le bât blesse : chaque chapitre est court, et suppose un événement justifiant la publication en feuilleton (laisser le lecteur sur sa faim et le pousser à lire le chapitre suivant qui passe toujours à un personnage différent). Au fur et à mesure, cela devient un peu facile...
Mais on s'y plaît, dans cette ville effervescente de San Francisco : et ce, parce que chaque tome nous renvoie à une époque bien précise, avec ses références et ses codes, sa musique et ses idoles. Les joints omniprésents de la fin des années 1960, la libéralisation extrême des moeurs des années 1970 et la lente dégringolade des années 1980. C'est d'ailleurs dans les tomes 5 et 6 (D'un bord à l'autre et Bye-bye Barbary Lane) que la plume de Maupin commence à devenir plus dense, les personnages moins stéréotypés sauf, sans aucun doute, pour Mary Ann qui évolue drastiquement toutes ces années pour devenir le stéréotype absolu de la femme américaine des années 1980 : carriériste, tenue ceintrée à l'extrême à la taille, aérobic le matin, diététique macrobiotique et asiatisante... Je sais, il ne lui manque plus l'énorme brushing à l'américaine et la musique suivante (clin d'oeil à môman) :
C'est bien sûr le personnage de Michael qui reste le plus attachant de tous, par son humour et son humanité, car
Mary Ann, dévorée d'ambition, égocentrique et assez nunuche, n'est pas
des plus sympathiques. Si on suit avec lui les dérives de l'homophobie, on voit également apparaître et se diffuser le VIH parmi les homosexuels, les luttes désespérées pour faire comprendre
la maladie, les dangers, les angoisses mais aussi la ghettoïsation. Jusqu'à l'annonce de la mort de Rock Hudson. C'est donc avec les années 1980 que la plume de Maupin se fait plus
grave, plus mordante et le propos plus profond. Plus poignant aussi : où Michael ne parvient pas à se décider à remplir son nouveau
carnet d'adresses tant les noms de son carnet précédent ont été biffés,
disparus, emportés par le SIDA.
Des moments très drôles, heureusement, viennent en support de cette chronique d'une ville en proie à ses ambivalences, à des accès de dynamisme et de conservatisme ; et surtout du rocambolesque : des personnages qui resurgissent, des quiproquos, des disparitions, des coups de théâtre. On couche dans tous les sens, on sort dans des boîtes étranges (surtout pendant la période country), des amants et des maîtresses hauts en couleur (plutôt cuir ?), des changements de sexe, sans que l'auteur n'entre dans le détail scabreux : la sexualité décrite par Armistead Maupin est ludique, en aucun cas elle ne touche au glauque.
Au fil des années, les personnages mûrissent, comme le style de l'auteur. Et arrivés à maturité, les choses se font plus intenses, moins légères. Plus que le roman-feuilleton, les Chroniques de San Francisco ont quelque chose de moliéresque : de la folle équipée des Fourberies de Scapin à la gravité de Dom Juan... A lire donc, pour ce que c'est : une suite de romans légers, faciles, où en sourdine le thème du vieillissement et de la prise de conscience de la mort par une jeunesse insouciante s'impose progressivement.
Chroniques de San Francisco / Tales of the City
Nouvelles Chroniques de San Francisco / More Tales of the City
Autres Chroniques de San Francisco / Further Tales of the City
Babycakes / Babycakes
D'un bord à l'autre / Significant Others
Bye-bye Barbary Lane / Sure of You
Promis, je vous donnerai des nouvelles de la suite (et fin ?), Michael Tolliver est vivant / Michael Tolliver Lives.
Commentaires sur "Les Chroniques de San Francisco", Armistead Maupin : maturation et maturité.
Hello
J'ai lu tout ça cet été (et même le tout dernier).
Oui, c'est facile : pile poil de la littérature de plage ! Mais en même temps, c'est très attachant, on aime les personnages et on a l'impression de les connaître...
Et puis c'est en effet une œuvre qui prend tout son sens dans la durée. La maturité de l'auteur se développe sous nos yeux.
Pour le dernier, il y a de bons moments.
Je ne t'en dis pas plus...![]()
CC
Figure toi que je viens de finir "une voix dans la nuit", après avoir lu "les chroniques de San Francisco" il y a 2-3 ans.
Je suis d'accord avec toi et avec CC : agréable à lire, et on se laisse prendre au jeu peu à peu....mais effectivement léger.En résumé une bonne détente, ce qui est aussi agréable!
Ils en avaient fait une mini série que j'avais adoré. Elle était passé sur Téva.
comment? une mini série existe?
Il me la faut!
j'avais adoré ces livres, an Francisco, l'époque...je ne suis pas sûr que le dernier tome soit indispensable (M Tolliver...).
J'ai envie de les relire c'est malin.
Je n' ai pas aimé la période années 80 quand Mary Ann est au top, qu' elle bosse à la télé et devient une tarée de l' aérobic .
Je préférais les premiers tomes, tout comme Mélanie Griffith avant la chirurgie .
Hâte que tu lises le dernier. Tu me diras ce que tu en penses!
@ Nane : je te dirai, je vais essayer de l'avoir ici, pas sûr qu'ils l'aient...
@ CC : oui, c'est exactement ça. Facile et attachant, on a envie de continuer pour se détendre.
Mais euhhhhh, maintenant j'ai envie de lire le dernier !!!
@ Jelaipa : oui, ce genre de romans est tout aussi nécessaires que ceux qui sont plus complexes !
@ Pimousse : effectivement, j'en avais vu quelques passages, cela avait l'air marrant (plein d'hommes torses nus...).
@ Pivoine : hihihi ! Te voilà repartie dans la série !
Le dernier ne t'a pas plu ?
@ Frannso : c'est une période beaucoup plus dure, le regard de Maupin est aussi beaucoup moins complaisant avec Mary Ann. Il ne lui pardonne pas certaines bourdes, certains aspects de sa personnalité. De ce fait, pour le lecteur, le ton est plus acide que dans les premiers, où le ton est plus guilleret.
Moi, j'adore ! Je ne les ai pas toutes lues, mais je trouve ça extra : on dirait une bonne série télé (remarque, je m'avance peut-être, car je ne regarde jamais la télé, mais c'est l'idée que je m'en fais). ça roule, ça coule, ça se lit tout seul.
@ Ninon : c'est effectivement très agréable pour se détendre ! Et cela ressemble effectivement à une série télé, tout à fait !!!
je viens juste de terminer le tome 1 et je cherchais des infos sur la suite,
j ai adoré et j ai lu tres facilement ce premier tome j avais peur de lire la suite et d etre decu vos commentaires m ont convaincu,
je suis préssée de connaitre le secret de mme Madrigual!!!
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=389492&pid=11991557
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :




