Une chose que j'adore : écouter les histoires. Ce que ma mémoire retient parfaitement, c'est ce qui relie chacun aux événements du passé. J'adore ainsi demander à ma grand-mère ce dont (et comment) elle se souvient de telle ou telle chose, la guerre, la LIbération, l'élection de Mitterrand etc. Je ne me suis pas spécialisée en histoire par hasard. Le tag lu chez Manu m'a donc beaucoup intéressée, car j'avais déjà pensé un peu à tout ça. Je vous livre donc mes souvenirs de dates que la postérité a retenues pour les dix dernières années.

9 novembre 1989 : la chute du Mur de Berlin.

                   J'étais jeune, j'avais neuf ans (au moins, tu connais mon âge maintenant : mais n'oublie pas de diviser, je suis née un 29 février...). Et je m'en souviens parfaitement. J'étais assise devant la télévision et nous regardions avec mon père, en direct si je me souviens bien, le désempierrement progressif du Mur. Ces gens qui pleuraient, qui riaient, qui s'embrassaient. Je me souviens d'une émotion palpable même chez mon père, qui m'avait expliqué que c'était sans aucun doute le plus grand événement de l'histoire récente et que le monde allait devoir en tenir compte. J'y suis allée pour la première fois il y a quelques années, point du tout émue par le "Checkpoint Charlie" mais beaucoup plus par la réappropriation artistique des pans de murs qui sont restés debout, des messages sur un lieu d'émotions pendant presque trente ans.

11 juillet 1998 : la finale de la Coupe du Monde 98

                     Je m'en souviens parfaitement. En vacances dans le Morbihan, chez un ami d'un ex-petit ami toujours très ami aujourd'hui encore. Seuls devant la télé, à regarder ça du coin de l'oeil et à être happés progressivement par l'émotion (avec un père fan de foot, forcément) mais aussi l'incongruité absolue de la chose tant l'équipe française avait été décriée. J'en suis restée comme deux ronds de flan, non pour la beauté de quoi que ce soit, mais pour l'étonnement créé dans le public et chez moi. J'étais en revanche bien heureuse de ne pas participer à la Grand-Messe des jours suivants. Pardon, des semaines, des mois, des années suivants...

31 août 1997 : la mort de lady Di.

                     Je ne me souviens pas du jour précis de sa mort, mais en revanche de celui de la cérémonie funéraire. Retransmise en direct sur la télévision française : cela m'avait étonnée, cette énorme commémoration, cette émotion à l'échelle non plus d'une famille, ou même d'un peuple, mais du monde. Il fallait pleurer Lady Di, il fallait en parler. C'est à ce moment-là où j'ai mesuré pour la première fois l'influence réelle sur les consciences de l'image télévisée, et des choix qui sont faits derrière l'écran.

26 décembre 1999 : la tempête du siècle.

                     Je m'en souviens très bien. J'étais dans mes montagnes et il se s'était rien passé de notable, sauf que le lendemain cela avait été la croix et la bannière pour revenir à Paris. Le réseau ferré était chamboulé, les horaires modifiés et c'est la seule fois où je suis montée dans un TGV sans réservation et sans billet. Personne n'a contrôlé qui que ce soit d'ailleurs, et j'ai passé le trajet sur un strapontin.

31 décembre 1999 : l'arrivée du XXIème siècle.

                     Cette date n'a aucun sens. Puisque le XXIème siècle a commencé le 31 décembre 2000. Mais bon, c'est pas grave... C'était le passage au chiffre "2" suivi de plein de zéros qui a compté dans l'esprit des gens : le tapage infernal m'avait à nouveau marquée, l'investissement énorme des médias sur ce non-événement. Ce jour-là, j'ai dîné avec deux amis avant d'aller au cinéma. Point.

11 septembre 2001 : les attentats à New York.

                     Je m'en souviens parfaitement : il était 15h et je regardais d'un oeil un téléfilm de M6 tout en faisant des aller-retours dans la salle de bain pour me faire un henné. La chose posait sur mes cheveux, et je nettoyais les éclaboussures quand j'ai entendu un changement de ton dans les voix venant de la télévision. J'ai regardé et pensé, au premier regard, qu'il s'agissait toujours du téléfilm. Qui était traité de manière très réaliste. Quand j'ai vu que les journalistes étaient français, puis que les mêmes images passaient sur toutes les chaînes. Je crois que je suis restée deux ou trois heures encore, frappée d'étonnement, devant mon poste de télévision. J'ai coupé ensuite, le ronronnement médiatique avait déjà commencé, la mise en scène de la commémoration et de l'émotion n'allait pas tarder. Le lendemain, j'ai acheté Le Monde avec son article "Nous sommes tous Américains" pour pouvoir y réfléchir à nouveau, un jour.

1er janvier 2002 : la première fois que tu as retiré des euros.

                     Et bien imagine-toi que j'étais en Italie, à Rome pour être précise. Et que j'avais mon petit sachet d'euros pour bien commencer l'année. J'ai sans aucun doute du retirer assez rapidement, tant j'avalais de capuccini et de caffè à la bibliothèque nationale... Héhéhé...

26 décembre 2004 : le tsunami en Asie.

                     Alors là, je suis passée totalement à côté du jour comme de l'événement. J'étais au Japon et avais bien d'autres choses à faire que m'informer. Je n'ai donc vu les images du tsunami que des mois et des mois plus tard. Il faut dire que dans l'intervalle, j'habitais à Taïwan et préparais un concours : donc j'en ai entendu parler, j'ai inscrit l'information dans ma mémoire mais ai totalement échappé à l'aspect commémorationnel. Ce qui fait qu'aujourd'hui, le tsunami reste pour moi quelque chose de mystérieux et d'inquiétant : je n'ai pas mis de mots ou d'images sur cet événement, n'en ai reçu que des bribes.

2 avril 2005 : la mort de Jean-Paul II.

                     De nouveau, je ne me souviens pas du jour-même mais de la cérémonie funéraire. Du tralala devrais-je dire. Où des milliers de personnes ont convergé vers Saint-Pierre de Rome. Et les trémolos dans les voix des journalistes, des commentateurs, des passants, des badauds. Quel grand pape, gnagnagna... Et cette rage qui me tenait : oui, bon, cela reste un pape déjà, et en plus, on oublie rapidement les travers qu'il a pu avoir, les énormités qu'il a pu dire et les manipulations auxquelles il a pu recourir. La sanctification m'a agacée dès la première minute je crois...

Ce que je retire de tout ce blabla ?

                     Que mon mode mémoriel est celui du souvenir télévisé, vecteur principal de l'information alors que je lis beaucoup les journaux. Que l'aspect principal de mon souvenir reste la réception par les autres, et non par moi précisément, de l'annonce de l'événement, et que je retiens surtout la croissance très nette de la mise en scène de l'émotion, de l'utilisation de la commémoration et de sa manipulation par les médias, les politiques et toute autorité. En route vers les années Sarkozy donc...

Tiens, sur mon blog en Rickshaw, je te raconte comment Obiwan a rencontré Darth Maul...