[Note : le brouillon de ce billet a été rédigé il y a plus d’un mois (comme très souvent dans ma pratique scripturale). Et il est fou de voir à quel point, dans l’intervalle, ce dont je parle s’est vu confirmer, voire est devenu encore plus caricatural. A suivre…]


S’expatrier signifie un chauffeur et des cocotiers, n’est-ce pas ? C’est vrai et faux tout à la fois. Si j’ai parlé souvent sur mon autre blog de l’installation concrète à Bombay, complexe, cocasse et parfois horripilante, je n’ai pas pas encore abordé le plus important : le monde de l’entreprise qui expatrie. Voici ce que je retiens de notre expérience.

Le public sensible devrait s’abstenir…

C’est du foutage de gueule. Tac travaille dans une graaaaaaaaaaaande entreprise française, une de celles qui expatrient le plus en Inde, mais les expatriés de longue date n’y bougent pas le petit doigt pour accueillir les nouveaux. Pire : alors même que d’autres venaient de s’installer à Bombay les mois précédents ou atterrissaient le même jour que nous, que tous nous faisions face aux mêmes difficultés, aux mêmes questions, que nous avions le même besoin d’entraide et de soutien : RIEN. Même de la part des ténors rencontrés lors d’une soirée mondaine à notre arrivée, rien du tout. Aucun appel, aucune visite au bureau de Tac, même pas un coup de fil les jours suivants les attentats.

Et surtout pas de mise en relation avec les autres néo-expatriés : on nous a même répondu que ce n’était pas le rôle de cette entreprise que de créer ces liens. Je pensais pourtant qu’il aurait été de leur intérêt même de faciliter l’installation de leurs expatriés, pour que ces derniers passent moins de temps à régler des problèmes administratifs et concrets et se consacrent pleinement à leurs dossiers. Mais non. Chacun se comporte comme un cow-boy en terrain hostile, on se méfie, on cloisonne. Et puis, ce n’est pas dans l’intérêt des petits potentats locaux de voir les gens se parler, et peut-être comparer certaines choses...

 Ces autres néo-expatriés, nous les avons rencontrés par mon blog, puis par leurs relations. Ce qui a permis de créer très rapidement des liens, et d'effectivement comparer les fameux packages. Montant des loyers payés, facilités, salaires, allocations diverses et variées. Et de découvrir que les grilles n’existent pas, tout change selon le statut (logique), le manager et son influence (moins logique) et le bon vouloir des gens (cela s’appelle l’arbitraire). Et bien rapidement les informations se tarissent quand tu creuses un peu : chacun serre les fesses. On t’explique même que l’on fera de la rétention d’informations volontaire pour ne pas te choquer encore plus. Qu’une entreprise privée fonctionne comme ça ne me dérange aucunement. Que les gens fonctionnent comme cela beaucoup plus (où la Moufette découvre que les gens pensent avant tout à leur pomme, hinhinhin…).

Alors, toi qui veut t’expatrier et qui t’interroge sur les conditions auxquelles accepter ce qui reste une modification fondamentale (passionnante, mais fondamentale) de ta vie professionnelle et quotidienne, un conseil : fais-les raquer le plus possible. Aucun scrupule. Les moyens sont là, rassure-toi, et surtout ne fais confiance à personne. Contacte dès avant la signature du contrat des expatriés sur place : renseigne-toi sur les conditions de vie, vois ce que chacun a obtenu, les fameux petits avantages qui dans un pays comme l’Inde sont parfois des nécessités. Et après, fais raquer…

 Les variables possibles ? L’aide au loyer, et fais attention que l’on ait tenu compte de ton conjoint (si le PACS et le concubinage ne sont pas reconnus par la loi locale, tu restes en tant qu’expatrié du ressort de la loi française : le DRH local ne peut donc ignorer ton couple) ; la voiture et le chauffeur, le type de voiture, le salaire ET l’allocation essence (illimitée pour certains, quantifiée pour d’autres : va savoir pourquoi…) ; l’adhésion à un club ; le déménagement, les frais d’installation et les frais d’un éventuel garde-meuble en France ; les frais de scolarité des enfants ; l’aide à la réinsertion professionnelle de ton conjoint d’autant plus s’il a laissé son travail derrière lui avec un manque à gagner évident. Tout cela est négociable et doit être négocié à TON avantage, car de manière générale tu n’es qu’un pion dans le vaste plateau de jeu de ceux qui t’emploient.

Mais comme très souvent semble-t-il dans le privé en France, pays sous-syndiqué s’il en est, personne ne parle pas de tout cela, personne d’expérience ne donne de conseils sur ce que tu devrais exiger, sur ce à quoi tu devrais faire attention ; on ne se mouille pas et chacun se débrouille, fait ses armes, réussit ou se plante. Chacun pour soi et aucune entraide. Peut-être parce qu’il est plus simple de marcher sur les autres après ? Hinhinhin…

Pour ma part ? Ne m’attendant à rien, j’ai plus que ce dont j’ai jamais osé rêver. En revanche, cette incapacité à partager, cette conservation jalouse de l’expérience et des conseils, tant du point de vue de la carrière que de l’installation dans une ville aussi difficile que Bombay, me laisse très songeuse.