Javert

                 Les Français ont un problème avec leur police. Depuis presque la nuit des temps, en tout cas au moins depuis François Villon (et son presque homonyme n'y a rien changé). Et Victor Hugo n'a rien fait pour que notre imaginaire national modifie sa perception des keufs, des condés, des cognes, des flics. On se méfie, on évite, on prévient les enfants. Pour ma part, j'ai eu recours quatre fois à la police, et à deux reprises, je me suis entendue parler comme à un chien. Tac, lui, n'a pas peur et a immédiatement haussé le ton pour réclamer un minimum de respect. Moi, j'avais un "mort aux vaches" qui me brûlait la langue, alors même que je pratique une républicanitude sincère... Mais pourquoi alors ?

                A l'étranger, on dit que les Français ne savent respecter ni les ordres ni leurs propres forces de l'ordre. Et j'avoue qu'en passant la Manche je n'ai aucun problème, voire je m'en délecte, à aller demander mon chemin à un bobby (alors même que la police britannique a son lot de bavures, de racisme et d'arbitraire). Pourtant, je sais que les policiers obéissent à des ordres, font leur travail comme ils peuvent, dans des conditions souvent épouvantables. Qu'ils sont la cible facile de toutes les insultes et des embuscades. Et qu'il est nécessaire de redorer leur blason et d'instaurer enfin une véritable confiance.

               La police est nationale, elle protège certes la nation mais surtout elle en émane. C'est en sacrifiant un peu de sa liberté que le citoyen consent à ce qu'une force de police lui soit imposée, dont il reconnaît la légitimité. Alors, une telle méfiance viendrait-elle d'un pacte social et politique brisé ? Nous ne faisons pas confiance à nos flics car nous doutons du bienfondé des ordres qu'ils reçoivent ? Notre attitude envers la police serait donc issue d'une méfiance fondamentale envers l'ordre établi, quand il se crispe sur ses prérogatives et instille la peur dans le corps citoyen : je dois avouer que l'hypothèse est séduisante.

                 Les choses ne vont donc pas s'arranger tant le climat sécuritaire est nauséabond en France actuellement. Nous n'avons rien à nous reprocher, donc nous ne craignons pas la police, les portiques, les contrôles ou les caméras de surveillance ??? Ne soyons donc pas si bourgeois et surtout si bêtes : la question n'est pas là. Car accepter de se faire surveiller en permanence, accepter que des enfants soient intimidés sous des prétextes éducatifs voire pédagogiques, accepter que des élèves soient fouillés, accepter encore que  des enfants soient appréhendés devant une école, que des citoyens soient sanctionnés pour crime de lèse-Sarkozy, que des gardes à vue se prolongent sans raison valable, c'est abdiquer notre liberté, c'est accepter que notre Etat nous considère avant tout et en premier lieu comme de potentiels délinquants, c'est donc accepter la faillite complète de notre citoyenneté républicaine et française.

                 Requiescat in pace...