Six_Feet_Under             A tout seigneur, tout honneur ? Peut-être bien... Je commencerai donc par décortiquer le générique de Six Feet Under, un modèle dans son genre "nouveau millénaire" : on est loin des collections d'images best-of, des fondus enchaînés et de la chanson qui swingue ! Voici le genre de générique très simple, qui joue sur des codes très connus mais qui fonctionne. Et vue l’intensité psychologique de certains épisodes, il est reposant et j’ai aimé le laisser se dérouler avant l’épisode proprement dit...

             Pause "quoi-que-c'est" : Six Feet Under raconte l'histoire d'une famille qui, après la mort brutale du père, doit reprendre le commerce familial, une entreprise de pompes funèbres. Les deux frères, Nate (Peter Krause) et David (Michael C. Hall) tentent de s'y astreindre avec leur style pour le moins différents pendant que la mère (Frances Conroy) se charge de vivre enfin sa vie et la fille Claire (Lauren Ambrose) de commencer la sienne. Les personnages secondaires sont, comme les principaux, extrêmement travaillés (Brenda, son frère et ses parents, Lisa, Sarah ou encore Keith) et plusieurs thèmes s'insèrent dans le déroulement (l'homosexualité traitée avec beaucoup de pudeur et de justesse, la paternité aussi, la gestion dans une famille d'un membre psychotique...) sans le perturber mais en apportant une dimension encore plus réaliste à la série.

               Revenons au générique. Une photo sobre voire austère, une ritournelle envoûtante et légère en pizzicati, qui joue sur un instrument au son étouffé ou strident (la clarinette) et évolue en mineur à mesure qu'avance le générique, tout comme la série au titre prophétique avance vers sa fin ultime... Les images qui se succèdent sont exactement celles qu'attend le public prévenu par le titre, "six pieds sous terre" : cela va parler de la mort. Et l'on n'est pas déçu : corbeau, cercueil, tombe, corbillards et cimetière. Le tout dans des tons gris-verdâtres des plus seyants au thème. Des symboles attendus, les fleurs qui se fanent, l'arbre qui perd ses feuilles à la fin, nous sommes bien en face d'une série où tout devrait être fait pour nous faire comprendre la mort comme un processus inéluctable de la vie.

                  Sauf que ce qui compte par-dessus tout dans Six Feet Under, ce sont... les arrangements des vivants avec les morts. Les pleurs et les mots, les condoléances et l'incompréhension, et surtout deux thèmes : la préparation des corps et l'action de la mort sur la cohésion d'une famille, ses rancoeurs, l'affection et l'amour. Les seuls éléments humains dans le générique sont justement ceux-là : les pieds en avant du cadavre, et les mains qui se lâchent et s'éloignent, les mains que l'on lave, les mains qui soutiennent le cercueil. Les pieds de ceux qui s'en vont et les mains comme un lien, de vivants à vivants, de vivants à défunts...

                 Mais c'est le rythme de ce générique qui me semble le plus cohérent avec l'ensemble des cinq saisons de la série : lent. Cette série peut déplaire car il ne se passe en fait rien : simplement une famille qui évolue, et c'est ce qui tranche avec (90% des autres séries ?) ce que l'on voit habituellement. La psychologie des personnages a été réellement pensée, ils évoluent, ils apprennent, ils s'adaptent. Tout comme le générique, cela se fait petit à petit, par une ritournelle que l'on croit être toujours la même mais qui à la fin n'est plus dans le même ton qu'au début.


            Et pour le prochain, nous passons à tout à fait autre chose...