25 juillet 2009
Du générique de "Sex and the City" : mes chaussures, moi et moi.
Au thème nettement plus guilleret que les précédentes séries dont j'ai parlées, ce générique de Sex and the City est un modèle très fin années 1990 : flashs d'images d'une ville parallèle au personnage principal sur une phrase musicale très simple. Il fait partie de ces génériques que j'ai attendus avec impatience pendant deux ou trois saisons, j'adorais la série, quand tout à coup, je ne pouvais plus le voir en peinture ! La série n'a alors plus tardé à m'horripiler...
Quoi que c'est : Sex and the City est le nom d'une chronique que tient Carrie Bradshaw dans un grand journal new-yorkais. Elle y couche ses réflexions sur les relations sexuelles et affectives entre les hommes et les femmes, à travers sa propre expérience : avec ses trois amies, Miranda, Charlotte et Samantha, elles évoquent leur vie sexuelle et leurs tourments amoureux de célibataires (endurcies mais qui ne cherchent en fait qu'une chose, l'homme idéal voire le prince charmant) au sein d'un univers fait de jet-set new yorkaise, de haute couture, d'hommes et surtout d'elles-mêmes.
Tu l'as compris, la série m'a agacée tout à coup. Et pourtant, je l'avais trouvée novatrice, détendante et très drôle. Je ne sais pas pourquoi : peut-être ai-je pris tout à coup conscience que rien n'est crédible dans cette histoire ? Que sous des dehors "parlons crûment de sexe entre femmes" et ayons des réflexions profondes, le propos était en réalité on ne peut plus conventionnel et respectueux de la morale ? Ou bien que, finalement, cette série ne parle que d'argent (combien de Manolo Blahnik vais-je pouvoir acheter ce mois-ci ? dans combien de restaurants huppés vais-je encore pouvoir manger ?) ? Je ne sais pas.
Il reste que le générique rend très bien compte de cette atmosphère double, du conventionnel sans tabou : percussions et piano rappellent avec légèreté que le propos est détendu et sans a priori. Avec Sex and the City, le spectateur sait qu'il explorera avec humour la part la plus sympathique de la vie, le sexe, dans une ville sans limite. Gros plans sur le large sourire de plaisir de Sarah Jessica Parker au milieu de la rue, au milieu des vues d'ensemble sur les gratte-ciel de New York, ville des possibles. Elle jouit d'elle-même, habillée avec goût et originalité, au milieu d'une ville à son image.
Et, à mesure que le générique avance, les plans sur l'univers de la série se rétrecissent : des bouts d'immeubles à l'architecture complexe, une roue de taxi ; en contrepoint, la présence de l'héroïne grandit. Du sourire au portrait, puis coupée aux trois-quarts puis en pied, il y a un phénomène de vases communiquants : moins la ville est visible, plus Carrie Bradshaw l'est ; moins elle parle du monde, plus elle parle d'elle-même. Le générique finit par conduire à l'héroïne debout au milieu du trottoir, dans sa jupe ballerine hors de prix telle un ersatz de Marilyn Monroe, éclaboussée. Le fauteur de trouble ? Un bus. Un véhicule des transports en commun (dont c'est, je crois, la seule occurence), sur lequel est placardée une publicité pour sa propre chronique.
Qui est le titre éponyme de la série. Mise en abyme, de moi à moi, moi heureuse et satisfaite de moi-même qui est ramenée à la réalité, mais pour voir à quel point je suis célèbre... Le générique indique finalement clairement que la série ne parle de rien d'autre que de "moi-moi-moi-moi" tout en prétendant réfléchir aux problèmes qu'ont les gens à se parler, se plaire, se faire plaisir. Ce quatuor évolue hors du monde, dans un ailleurs où tout ce qui fait tâche au propre comme au figuré dérange et a été supprimé. Cela doit être ça qui a fini par avoir raison de mon intérêt : j'aurais du regarder le générique avec plus d'attention dès le début...
19 juillet 2009
Du générique de "Dexter".
Aujourd’hui ? Je me penche sur le générique de Dexter.
Il fait partie de ces génériques qui... gratouillent. Léché, policé, parfait esthétiquement et musicalement et... qu'il est impératif au bout d'un certains nombre d'épisodes de zapper tellement il gratouille, justement.
Quoi que c'est : Dexter Morgan (Michael C. Hall) travaille à la police de Miami comme spécialiste des tâches de sang le jour, en médecine légale donc, et la nuit est tueur en série. Il choisit des victimes qui sont expressément coupables de meurtres car il obéit à un code de conduite, enseigné par son père adoptif lui-même policier. Tout l'enjeu pour Dexter est donc de mener la vie la plus normale possible tout en découpant ses victimes la nuit, et en évitant que ses collègues (dont sa soeur, jouée par Jennifer Carpenter) ne le découvrent.
Je ne m'étends pas plus sur la série elle-même, j'en avais parlé ICI et LA.
Le générique ? Hmmmmmm., un bijou à lui tout seul. Des couleurs acides et éclatantes sur un fond gris-vert rassurant et moelleux dans le flou de la caméra. Dexter est en effet précis, méthodique, rassurant parce qu'il agit avec précision et rapidité. dans une réalité complexe et opaque. Il n'apparaît d'ailleurs que par morceaux dans le générique (un bras, une main, le cou et enfin le visage) tout comme fonctionne son mode opératoire de tueur qui découpe ses victimes. L'enchaînement des séquence est parfait, rebondissant sur une musique en pointillés à la phrase musicale irritante...
S'inspirant du générique du film American Psycho, le principe suivi est l'élément qui gratouille justement : décevoir les attentes du spectateur. Tout se joue là-dessus : Dexter est un tueur en série et découpe ses victimes ? Et c'est une succession de scènes macro d'un carnage sans nom : dissection, découpe, strangulation, sang... Le tout, avec une belle orange sanguine délicatement pressée, un oeuf au plat percé (référence à Un Chien andalou ?), du porc grillé pour un bon petit déjeuner... Rasage, habillage, tout fait croire que l'on assiste à une scène de meurtre alors qu'en fait, ce n'est qu'une scène de "routine matinale". Brillamment mise en scène au point que le petit sourire de Dexter sortant de chez lui ne peut nous empêcher de frissonner.
Insupportable donc, mais excellent générique que celui de Dexter !
18 juillet 2009
Le générique de "Oz".
J'ai découvert Oz il y a sept ans avec ma colocataire de l'époque, et j'en suis encore toute retournée. Rien à voir avec Le Magicien d'Oz, bien que la référence soit évidente. Une série faite de tensions, d'angoisse, de coups et d'une absence absolue de morale et de justice. Une série qui se veut à l'image de la vie en prison, certes, mais surtout de la vie en société. Une série où, non, il n'y a pas de merveilleux monde en Technicolor qui attend de l'autre côté...
Quoi que c'est : Oz, pour Oswald State Correctional Facility, est une prise d'Etat américaine qui contient un quartier expérimental de haute sécurité, Emerald City. Expérimental parce que son concepteur, Tim Mc Manus, tente d'y créer une interaction sociale maximale et un partage des tâches entre les délinquants les plus endurcis et d'autres détenus moins difficiles, afin de préparer la meilleure réinsertion sociale possible. Ce microcosme reproduit très rapidement les équilibres et déséquilibres de la société américaine, groupes soudés pour maintenir (ou non) un semblant de règles : les Irlandais, les Latinos, les Italiens, mais aussi les aryens, les homosexuels, les chrétiens, les musulmans et d'autres "bandes" qui tâchent d'asseoir leur pouvoir comme dans la rue. Ceux qui restent tentent de survivre au gré des alliances.
Une série étonnante et des plus abouties. Vraiment. D'une violence et d'un réalisme inouïs, mais qui n'ont rien de gratuit : son créateur Tom Fontana travaille bien, très bien même, et veut faire réfléchir le spectateur. Comment s'intégrer dans la jungle, urbaine ou carcérale, quand la seule loi qui fonctionne est celle du plus fort ? Serions-nous celui qui plie ou celui qui fait plier ? Pourrions-nous nous autoriser un quelconque troisième choix ? Il cherche aussi à brouiller les pistes et à faire comprendre à quel point les catégories morales sont flexibles, et même pour le spectateur. Parce qu'au gré des épisodes les prisonniers mourant tour à tour, on se prend à se raccrocher à des personnages parce que l'on en a BESOIN : la tension est palpable, le spectateur halète, il FAUT un référent, il faut au moins pouvoir se rassurer en se disant que LUI il sait où il va. Bien que... où va-t-il réellement ? Aucune n'est un héros, même pas ceux qui tentent de conserver des principes ; et sûrement pas les gardiens non plus...
Le personnage d'ouverture, le prisonnier en fauteuil roulant Augustus Hill, est une bonne métaphore de cette moralité floue qui est l'essence même de l'humanité : il semble introduire à chaque début épisode un fil conducteur expliquant le pourquoi du comment. Mais il s'avère que ce repère moral, presque affectif, est vicié dans cette lutte pour la survie. Tous peuvent flancher, ceux qui ont des principes, ceux qui n'en ont pas, ceux qui paraissent "gentils" et ceux qui paraissent "méchants". Une réflexion sur le milieu carcéral est bien évidemment à l'oeuvre dans cette série (conditions d'incarcération, peine de mort, drogue, servitudes sexuelles, meurtres...) et n'allons pas croire dans une vision angélique du monde que seules les prisons américaines sont concernées. Mais Oz est aussi une réflexion sur l'homme, brillante : car l'état d'une prison et le traitement des prisonniers reflète bien l'état d'une société et de la place qu'y tient l'homme...
Quant au générique ? Il correspond exactement à ce qu'est la série : une suite de scènes dans différents lieux d'Emerald City où les hommes sont aux prises les uns avec les autres, manipulés et manipulateurs. Des percussions décousues, chaotiques, cette lutte de chaque instant pendant que la lente et longue basse du saxophone (baryton, basse ?) comme la routine carcérale quotidienne hachée par les appels stridents du saxophone soprano, les horaires et tâches à respecter et par les meurtres. La phrase musicale, l'harmonie n'existe pas : les cris, les coups, c'est tout. Dans le générique, les scènes de violence à Em City se superposent à une scène de tatouage. Un homme (Tom Fontana en réalité) se fait tatouer "Oz" sur le bras. Douleur et fierté qui se mêlent, dans la série comme dans la réalité, qui poussent à agir bien plus que tout autre principe, toute religion, toute morale. Comme Tom Fontana, comme les prisonniers d'Em City, le spectateur ressort d'Oz marqué.
Note : quel n'a pas été mon étonnement et ma joie de découvrir ICI une étonnante analyse structuraliste du le générique de Oz.
12 juillet 2009
Et du générique de "Buffy contre les Vampires" !
Ahhhh, cette série. Cela doit être mon côté britneysien qui ressortait déjà : je la connais presque par coeur. A l'exception des deux dernières saisons que j'ai trouvées ratées, sans queue ni tête, et mal ficelées, j'ai vu et revu les premières saisons avec beaucoup de plaisir en sachant pertinnement qu'au premier degré cette série est LA série pour ados par excellence. Mais en fait, pas tant que ça...
Quoi que c'est : une adolescente, Buffy Summers (et avec un nom comme ça, ai-je besoin de préciser qu'elle est blonde) découvre qu'elle est la Tueuse, héros féminin doté de capacités de combat étonnantes destiné à protéger le monde des bestioles méchantes (l'actrice qui l'interprète est Sarah Michelle Gellar). Par bestioles j'entends les vampires, goules et autres monstres bizarres. La ville où elle habite ayant été construite sur les Bouches de l'Enfer, elle a du boulot. Elle est donc entourée d'amis tout ce qu'il y a de plus normaux, Alex et Willow (qui s'avèrera finalement très sorcière), et un Observateur, l'excellent Rupert Giles (Anthony Stewart Head). Gravitent ensuite autour de ce groupe une foule de personnages secondaires récurrents (Angel, le petit-ami vampire, Cordelia, la magnifique insupportable, Spyke surtout, vampire méchant puis gentil puis qui sauve le monde et autres petits amis qui s'avèrent être des monstres mais contenus ; la soeur de Buffy fait son apparition, Dawn, et là, tout part à vau-l'au).
Quant au générique, il entre parfaitement dans la catégorie des génériques pour ados : les personnages principaux sont présentés successivement sur une sélection des "meilleures" scènes, visant à faire comprendre rapidement le concept de base de la série (oui : elle tue des vampires...). Mais la musique... Un truc à pogoter grave, comme dirait Daydreamer. Une succession de riffs, de "iiiiiiiiiiiouw" acides et tonitruants, de "bang bang" qui se succèdent et te mettent la pêche rien qu'en les écoutant : cela intrigure, cela amuse et... l'on se laisse finalement prendre au jeu.
Et pourquoi cette série m'a-t-elle tant plu ? Me plaît-elle toujours d'ailleurs ? Et bien, j'ai regardé un épisode à nouveau et oui, j'adore. Cet épisode s'intitule "Une Silence de Mort" ("Hush", saison 4, épisode 10) et représente à lui seul ce qu'est devenu la série à partir de la deuxième saison : le portrait d'une vie étriquée dans une ville de banlieue californienne, où des ados s'ennuient et se trouvent des occupations. Martin Winkler a expliqué cela comme la métaphore d'une jeunesse face aux "démons de la vie" (Martin Winckler, "Les écrans du mépris", Le Monde Diplomatique, mars 2004) tandis que de son côté, le créateur de la série, Joss Whedon, voulait mettre en scène un pouvoir féminin blond positif. Et je ne rigole pas : que la fille qui se fait toujours dévorer, tuer, écharper dans les films d'horreur, la blonde de service, soit enfin celle par qui le salut arrive...
Beaucoup d'humour, de vannes, dans des situations adolescentes certes mais teintées à la fois de vérité et d'ironie ; un second degré inattendu où Buffy se moque d'elle-même, les autres aussi d'ailleurs, de ce pouvoir de changer les choses. Et c'est ce second degré qui m'a réellement plu. Il disparaît des deux dernières saisons, au moment où Buffy se sent à nouveau investie d'une "vraie" mission : c'est dommage, et la seule réapparition de cette verve au second degré est pour l'épisode final...
*** SPOILER SPOILER SPOILER***
... quand Spyke, le méchant gentil cynique vampire vient de se sacrifier pour sauver le monde et que la ville entière a laissé la place à un trou béant, un des personnages dit "Mince... Où va-t-on aller faire du shopping maintenant ?". Voilà. C'est du Britney, j'adore.
11 juillet 2009
Du générique de "La Petite Maison dans la Prairie".
Ou comment un générique a conquis une vie indépendante d'une série. Qui ne connaît pas ces deux phrases musicales, qui ? Qui ne les a pas chantonnées ? Moi, je me souviens encore des fredonnements dans la cour du lycée quand j'arrivais avec mes robes fleuries, mon chapeau irlandais d'où dépassaient mes tresses rousses : "Salut Laura !", hinhinhin...
Et pourquoi La Petite Maison dans la Prairie ? Parce que c'est sans aucun doute la série qui a été le plus diffusée en France depuis des millénaires (rien que ça). Je ne compte même plus le nombre de fois où j'ai vu tel ou tel épisode : non que je sois grande fan, mais mangeant seule le midi, j'avais pris l'habitude de le faire au moment de la série sur M6 !
Quoi-que-c'est : La Petite Maison dans la Prairie est une série du début des années 1970 basée sur le roman de Laura Ingalls Wilder, Little House on the Prairie. Elle y raconte ses souvenirs d'enfance et sa vie d'institutrice dans la petite ville de Walnut Grove. Les scènes y sont très vivantes, et mettent toujours aux prises Laura avec les enseignements moraux de sa famille et sa volonté de garçon manqué de n'en faire qu'à sa tête. Les personnages secondaires sont récurrents, car issus de la même petite ville. Une série gentillette, donc, avec quelques moments vraiment très bons dus à la capacité de Michael Landon à générer le pathos et l'émotion.
Bien. Etonnant donc. Pourquoi a-t-on mieux retenu ce générique-là ? Il y a tout d'abord de la méchanceté : on a tous adoré ce moment où la troisième fille des Ingalls, Carrie, se vautre adorablement en gambadant sur la pente herbue, ne le niez pas. La musique est entraînante, guillerette, facile à retenir. Et le paysage éminemment bucolique : résonne en nous le regret de ces moments passés dans la campagne à rêver d'une époque où il n'y avait de voitures que tirées par les chevaux et de grandes robes bien serrées à la taille. Et de bottes de foin bien confortables...
Alors, oui, le générique de La Petite Maison dans la Prairie est devenu mythique et a acquis une vie propre : et si la série continue d'être rediffusée depuis trente ans, c'est bien qu'elle correspond à quelque chose dans l'imaginaire du spectateur. La première scène : la nature, et en haut se détache la cariole des parents, travailleurs, sérieux, encore amoureux et aimants. Puis trois jeunes filles, toutes différentes mais aimées pour elles-mêmes, heureuses, et qui jouent. Tous convergent vers un lieu nouveau, celui qui doit coûte que coûte devenir leur foyer, Walnut Grove. Alors peut-être est-ce cela qui a charmé le public dans ce générique : la peinture d'un prétendu âge d'or, laborieux mais plein d'amour...
Allez, pour le plaisir (tu vas aimer, j'en suis sûre. Et reste bien jusqu'à la fin !) :
09 juillet 2009
Du générique de "Six Feet Under".
A tout seigneur, tout honneur ? Peut-être bien... Je commencerai donc par décortiquer le générique de Six Feet Under, un modèle dans son genre "nouveau millénaire" : on est loin des collections d'images best-of, des fondus enchaînés et de la chanson qui swingue ! Voici le genre de générique très simple, qui joue sur des codes très connus mais qui fonctionne. Et vue
l’intensité psychologique de certains épisodes, il est reposant et j’ai aimé le laisser se dérouler avant l’épisode
proprement dit...
Pause "quoi-que-c'est" : Six Feet Under raconte l'histoire d'une famille qui, après la mort brutale du père, doit reprendre le commerce familial, une entreprise de pompes funèbres. Les deux frères, Nate (Peter Krause) et David (Michael C. Hall) tentent de s'y astreindre avec leur style pour le moins différents pendant que la mère (Frances Conroy) se charge de vivre enfin sa vie et la fille Claire (Lauren Ambrose) de commencer la sienne. Les personnages secondaires sont, comme les principaux, extrêmement travaillés (Brenda, son frère et ses parents, Lisa, Sarah ou encore Keith) et plusieurs thèmes s'insèrent dans le déroulement (l'homosexualité traitée avec beaucoup de pudeur et de justesse, la paternité aussi, la gestion dans une famille d'un membre psychotique...) sans le perturber mais en apportant une dimension encore plus réaliste à la série.
Revenons au générique. Une photo sobre voire austère, une ritournelle envoûtante et légère en pizzicati, qui joue sur un instrument au son étouffé ou strident (la clarinette) et évolue en mineur à mesure qu'avance le générique, tout comme la série au titre prophétique avance vers sa fin ultime... Les images qui se succèdent sont exactement celles qu'attend le public prévenu par le titre, "six pieds sous terre" : cela va parler de la mort. Et l'on n'est pas déçu : corbeau, cercueil, tombe, corbillards et cimetière. Le tout dans des tons gris-verdâtres des plus seyants au thème. Des symboles attendus, les fleurs qui se fanent, l'arbre qui perd ses feuilles à la fin, nous sommes bien en face d'une série où tout devrait être fait pour nous faire comprendre la mort comme un processus inéluctable de la vie.
Sauf que ce qui compte par-dessus tout dans Six Feet Under, ce sont... les arrangements des vivants avec les morts. Les pleurs et les mots, les condoléances et l'incompréhension, et surtout deux thèmes : la préparation des corps et l'action de la mort sur la cohésion d'une famille, ses rancoeurs, l'affection et l'amour. Les seuls éléments humains dans le générique sont justement ceux-là : les pieds en avant du cadavre, et les mains qui se lâchent et s'éloignent, les mains que l'on lave, les mains qui soutiennent le cercueil. Les pieds de ceux qui s'en vont et les mains comme un lien, de vivants à vivants, de vivants à défunts...
Mais c'est le rythme de ce générique qui me semble le plus cohérent avec l'ensemble des cinq saisons de la série : lent. Cette série peut déplaire car il ne se passe en fait rien : simplement une famille qui évolue, et c'est ce qui tranche avec (90% des autres séries ?) ce que l'on voit habituellement. La psychologie des personnages a été réellement pensée, ils évoluent, ils apprennent, ils s'adaptent. Tout comme le générique, cela se fait petit à petit, par une ritournelle que l'on croit être toujours la même mais qui à la fin n'est plus dans le même ton qu'au début.
Et pour le prochain, nous passons à tout à fait autre chose...


