Les tribulations d'une moufette...

Coups de foudre du quotidien !

27 juin 2008

S'informer en Chine... Information, vous avez dit information ?

Renmin_ribao           Vous pouvez tout faire en Chine, pour peu que vous ayez de l'argent : vous procurer de vrais sacs de grande marque, des voitures, des femmes, des substances illicites. Mais une presse ou une chaine télévisée qui ne soit pas sous la coupe du pouvoir... Il faudra ruser avec les serveurs Internet, passer par le satellite ou faire venir la presse par courrier personnel. Si vous le recevez...
          C'est une des choses qui vient à manquer le plus rapidement ici : un semblant d'informations quotidiennes en lien avec le monde, dans le cadre d'une vision qui ne soit pas totalement sino-centrée. Et pourtant, je ne suis pas la dernière à critiquer chez nos médias l'absence d'une indépendance réelle et souhaitable dans une démocratie. Malgré tout, malgré les collusions et les compromissions, nous sommes au coeur d'un réseau de médias avec une marge de liberté, nous permettant de faire avec notre "beurre" en croisant la mulKiosquetiplicité des sources. Au point que cette multiplicité provoque parfois la répétition à l'envi de certaines nouvelles et donne la nausée.

            En Chine, comme pour beaucoup de chose d'ailleurs, la quantité est au rendez-vous : il est extrêmement étonnant de s'arrêter à un des kiosques ou étals de journaux que l'on trouve de loin en loin dans les villes. Des dizaines et des dizaines de publications. San rire. Des centaines même. Consistant en de superbes revues sur papier glacé, avec photos en Une photoshopées avec finesse, gros titres en anglais... Mode feminine surtout, fanzines à n'en plus finir, revues pour jeunes filles, revues sur les arts ménagers et les jardins, revues de mode masculine, revues pour enfants, revues financières, revues coquines... Dans un coin, enfin, deux ou trois journaux d'information : reconnaissables à leur impression et leur papier de mauvaise qualité, le "Quotidien du Peuple" (人民日报) notamment et un ou deux journaux locaux. Tous plus insipides les uns que les autres : allez simplement lire une fois les titres, rien que les titres, du "Quotidien du Peuple en ligne" (人民网), et vous aurez des frissons devant cette langue de bois surannée, absolument sino-centrée dégoulinant de mauvaise foi. Et encore, je suis gentille...

             Côté télévision se bousculent nombre de chaînes spécialisées dans les jeux idiots, dans les explications boursières (très importante dans la culture chinoise, où le jeu et le pari tiennent une place prépondérante) ou le top du top, des séries pseudo-historiques sur des histoires rabachées depuis des lustres, mandarins hargneux aux longs ongles et moustaches, jeunes filles amoureuses ou se révélant être des maîtres d'arts martiaux... L'innovation scénaristique n'est pas au rendez-vous, loin de là. Si cela ne vous convient pas, vous avez sinon les chaînes copiant le mode d'information de CNN, les pléthoriques CCTV dont les reportages que j'appellerais "comble-grille" tournent en boucle ; "comble-grille" tellement leur fadeur est inégalée (non, les reportages animaliers de la Cinquième sont exceptionnels en comparaison !!!). Pour les étrangers non sinophones, seul CCTV 9 permet de tenter se tenir au courant d'une actualité passée au filtre du gouvernement. Et la, tu te marres bien. Le néant absolu de l'information.
            Quelques exemples. Pendant toute la durée de mon séjour (douze jours), l'information s'est uniquement occupée de trois éléments. Les publicités tout d'abord : 60% du temps d'antenne, sans rire ; lentes, vaporeuses, avec musique d'ambiance "à la chinoise", vantant les lieux touristiques de Chine. La récurrence est de six fois par heure minimum des mêmes publicités. Deuxieme sujet, sans lequel 2008 ne serait pas 2008 en Chine, les JO de Pékin : avec un point d'honneur à vous donner heure par heure le détail du trajet de la torche, des porteurs et de l'enthousiasme généré par le "relais de l'amour, de l'harmonie, de l'espoir, de la beauté et de la tendresse réunis". Et j'exagère à peine. Il s'agit alors de montrer à quel point toutes les minorités sont gentiment mises a contribution, heureuses et fières de participer à ce relais, et comment le peuple dans sa grande totalité participe à cette mascarade. Ce ne sont d'ailleurs plus des sportifs qui portent la torche, mais surtout des "Braves". Ceux du tremblement de terre : pompiers, infirmières, chirurgiens. Image d'un peuple uni et vaillant malgré les malheurs subis et qui chante "One world, one dream" d'une seule voix (la chanson des JO, sirupeuse comme pour tous les événements de ce genre). Ne nous sont évidemment pas épargnés les reportages afférant au sujet : comment la cérémonie d'ouverture va être trop géniale, comment celle d'Athènes s'était passée (j'ai adoré le moment où le commentateur décrit Achille alors que l'image montre un centaure. Achille, un centaure. Pourquoi pas...).
              Enfin, troisieme sujet qui occupe l'antenne en long, en large et en travers : le tremblement de terre du 12 mai dernier. Même la météo a une rubrique "météo du lieu du désastre". En boucle sont diffusés les moments tragiques, les pères ou mères terrassés par la douleur devant le corps de leur enfant, montrés sans vergogne avec une musique d'ambiance, mais ces parents trouvent toujours un ou deux mots de remerciement pour l'armée, le pays ou les sauveteurs de tel ou tel endroit qui ont aidé. Le ton employé par les journalistes fait dans le pathos le plus outrancier. Drôle en revanche, une conférence de presse d'un haut responsable a été diffusée, où l'on voyait un journaliste américain poser une question sur la préservation de la culture de minorités résidant dans la zone sinistrée ; le haut personnage a répondu qu'il n'était pas habilité à répondre à ce genre de questions. Ce reportage n'a été diffusé qu'une seule fois dans son intégralité, héhéhé... Enfin, le plus beau dans tout cela, ce sont les bioreportages calqués sur le modèle américain : comment X, pompier dans le district de Y, a affronté ses peurs pour participer à l'effort qui unit le pays comme un seul et même homme, et comment il a trouvé la force de regarder vers l'avenir. C'est beau comme du Michael Landon. Non, c'est faux : j'aime Michael Landon.

            Bien évidemment, rien sur les questions apparues très rapidement sur la corruption à l'origine des malfaçons de construction des écoles, rien sur la colère des parents, rien sur le fait que cette colère est étouffée et que toute tentative de regroupement de parents mécontents est considérée comme illégale...

            Depuis l'été dernier, le contrôle semble s'être accru très fortement puisque je ne peux accéder à presque aucun blog étranger ou à mon espace "administration" de ce blog (qui me permet d'écrire), que les sites de certains journaux étrangers sont difficilement accessibles parfois tout comme ma boîte mail. Pour trouver une connexion me permettant d'accéder à ce blog, il faut finalement aller dans les hôtels pour étrangers : là, seuls les étranges consultent, ce qu'ils veulent ; ce qui n'est pas le cas dans les cafés Internet, auxquels les Chinois ont accès. Et ce n'est pas une question de connexion : mes camarades de wang ba s'en donnent à coeur joie en terme de jeux et de téléchargement, et dès que je cherche une bêtise sur Google, la page s'ouvre immédiatement... Pour tout vous dire, il a fallu que j'ai enfin accès au Monde pour apprendre qu'il y avait eu des émeutes à Wengan (Guizhou) après le décès pour le moins suspect d'une adolescente. Tout comme les revoltes paysannes dans nombres de régions chinoises depuis quelques années ne sont connues qu'en Occident, par le biais de sites dissidents ou de forums rapidement fermés par les autorités, où des Chinois mettent en ligne ce qu'ils ont filmé pour que l'information circule avant qu'elle ne soit censurée. Un Chinois ne peut donc s'informer réellement sur son propre pays que par le bouche-à-oreille, le monde se réduisant donc au cercle de la famille, des amis et des connaissances (un stade d'information médiéval donc) ou par des médias hors-la-loi.

            Enfin, le comble de l'information désinformative a été atteint à l'aéroport : la zone internationale (celle où vous attendez pour embraquer après avoir passé l'immigration) est le seul endroit en Chine (sauf Hongkong) où vous trouvez quelques journaux étrangers (britanniques, américains ou allemands). Et là, que vois-je sur le présentoir ? Ceci.

Chine_Tibet

            Je l'ai évidemment acheté. Une telle source est inestimable. C'est délicieux de raisonnements mesquins, spécieux, fallacieux et captieux à la fois (et oui, tout ça !), c'est une anthologie de la langue de bois des années de la Guerre Froide revue à la sauce anti-Dalaï Lama. La terminologie et les formules sont un véritable régal : déjà, rien que le titre "Informations sur l'incident du 14 mars au Tibet". Cela ne sonne-t-il pas comme le superbe euphémisme des "événements d'Alger" ? Et le mot "informations", qui nous rappelle les meilleures heures de la propagande d'Etat. Je vous ferai un petit commentaire plus précis dans quelques jours...

            Dernière chose : dès mon arrivée, j'ai été alpaguée par des étudiants en journalisme qui attendaient les étrangers devant l'église Saint-Ignace le dimanche matin (moi, j'allais visiter, pas à la messe). Ils demandaient de répondre à une série de questions concernant la manière dont les "événements du Tibet" ont été relayés par les médias. Et je ne résiste pas à vous en faire part :
- dans un premier temps, les questions étaient abord très neutres. Avez-vous été au courant des événements survenus au Tibet ?
- progressivement, on entre dans la partie "par quels biais avez-vous été informés", et toutes les questions visent à vous faire comprendre ou à faire ressortir lors de l'analyse finale que vous, Occidentaux, avez été informés par des sources non chinoises mais occidentales. Donc sujettes à caution. On vous demande si vous parlez ou savez lire le chinois, comme si être informé par le pays lui-même est le biais le plus fiable... Ceci est une chose extrêmement difficile à faire comprendre : non, ce n'est pas nécessairement la presse du pays qui est la plus fiable sur quelque chose qui y est survenu.
- et la troisième partie vise à démontrer que les médias occidentaux sont partiaux : on vous demande maintenant ce que vous avez pensé du traitement de cette information par CNN et notamment par John Cafferty ; c'était tellement dirigé et lourd que s'en était à éclater de rire. Si ce n'était pas aussi triste et révoltant. Et le final fut grandiose : savez-vous que John Cafferty a présenté ses excuses à la Chine pour son traitement partial de l'information ? Non, pour ma part, je ne le savais pas. Et pour cause : après vérification, c'est la Chine qui a demandé des excuses à Cafferty. Qu'il n'a pas faites. Ces étudiants en journalisme, leur professeur ou toute organisation derrière, cherchaient donc à faire passer ce qui n'est qu'une demande de la RPC blessée dans son orgueil comme une chose advenue : on est dans la mythographie la plus complète.

            Je vous laisse méditer là-dessus.

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18 juin 2008

Gay, gay, gay outre-Manche et outre-Atlantique, nougats en France !

kis_trenduk_bridescake_90x90kis_trenduk_groomscake_90x90           Le mariage gay commence à voler de ses propres ailes dans l'Etat de Californie : combat gagné pour ces milliers de couples voulant faire reconnaître leur union par leur Etat, leur patrie, leur nation. Comme tous les couples hétérosexuels. Comme tous les couples POINT.

Sincères et chaleureuses félicitations
à tous ces nouveaux mariés/nouvelles mariées !!!

            Pendant ce temps, d'autres commencent un combat qui sera tout aussi rude mais sans aucun doute bien plus long : deux prêtres anglicans se sont mariés à Londres. On rappellera utilement ici que la Grande-Bretagne a instauré un civil partnership, équivalant au PACS et que l'Eglise anglicane (créée de toute pièce par Henry VIII par pur opportunisme matrimonial...) admet le mariage de ses représentants. Donc, hihihi, pourquoi ne pas aller un peu plus loin : être prêtre et se marier ; la sexualité n'a rien à voir là-dedans, on est bien d'accord... Hihihi, c'est génial ! Ils vont sans aucun doute avoir quelques problèmes, mais c'est avec cela que les conservatismes se réforment et évoluent...

        Ou finalement, preuve supplémentaire qu'un vent de folie souffle en Grande-Bretagne : des hauts fonctionnaires qui "perdent" paaaaas du tout délibérément deux fois de suite dans un train de banlieue des documents classés top secret évoquant les financements de l'Iran et les possibilités de contrer le terrorisme islamiste, ou d'autres fonctionnaires qui égarent des copies informatiques de fichiers concernant les familles allocataires. En même temps, si les fonctionnaires britanniques n'étaient pas payés aussi misérablement avec des dysfonctionnements assez graves dans leur administration, cela n'arriverait peut-être pas...

            Sinon, de notre côté de la Manche et de l'Atlantique, l'affaire du trafic de nougats dans la Drôme va peut-être enfin être résolue... Oui : "Le caïd présumé, poursuivi par le juge d'instruction pour "escroquerie et blanchiment d'argent", aurait mis en place un réseau de vente à la sauvette de nougats". Il se passe des choses terrifiantes chez nous...

Nougats

            Et parce que j'adore cette chanson, j'en profite :

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Un peu de mauvaise foi...

            Vu chez Non c'est mademoiselle, une parodie bien drôle... A mon avis, beaucoup ont argué de cela hier soir pour expliquer la bérezina footballistique française. Non, cela n'avait même pas le côté "lyrisme désespéré" de la Bérézina...



Superbe entrainement italiens
envoyé par malgachemauricien

            En réalité, il s'est agi d'appliquer l'adage "Que le meilleur gagne", tout simplement !

            

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14 juin 2008

Parlons foot en chanson !

Ballon

          Ahhhhhhhhhhhhhh ! Je le savais : à force de sortir de ses cages, le gardien de but grec s'est fait avoir !!! Attendez : moi, on me dit "tu gardes les buts", je garde les buts, je ne m'amuse pas à aller me promener n'importe où. Tsssss, ils m'agacent ces gardiens. Et comme dirait Thierry Roland lors du match Espagne-Suède cet après-midi, dans l'excitation, la chaleur et l'étourdissement : "ils vont s'en mordre les bras !". Gniak !

            Bon, je vous avais gratifiés d'une superbe chanson de la bienaimée Mano Negra évoquant les beautés et les grâces du football des années 1980. Maintenant, passons à la décennie suivante qui a vu la France être couronnée championne du monde. Vous devez absolument écouter jusqu'au bout : elle est tout simplement grandiose !



Découvrez Chanson Plus Bifluorée!

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11 juin 2008

De l'utilité des cours particuliers : le "fast knowledge".

           Heureusement... l'école à domicile a de beaux jours devant elle... malheureusement.

            Heureusement, parce que j'y trouve mon compte en tant que professeur en disponibilité (donc sans salaire). Compte financier, car demandant un tarif très bas pour le marché, les parents n'hésitent pas à me solliciter souvent et longtemps, créant ainsi un climat de confiance mutuelle. ProfesseurMais j'ai en plus derrière moi une entreprise intermédiaire qui recrute des élèves pour moi (et s'en met plein les poches au passage). Et elle en recrute encore plus quand le conseiller apprécie le professeur et lui fait confiance ; ce qui est le cas...
            Intellectuellement, j'y trouve un souffle certain que ne m'offre pas l'Education nationale : un seul élève, extrêmement attentif, une implication réelle des parents (trop concernés souvent) et la possibilité de mettre en oeuvre une pédagogie, une progression et des apprentissages totalement personnalisés. Enfin, héhéhéhé ! pas de monceaux de copies à corriger, pas d'administration idiote, pas de classes surchargées ingérables, pas de trajets démesurés, pas de mesures vexatoires (aujourd'hui ? Au choix : pas de salle, pas de photocopies, pas d'élèves, pas d'emploi du temps...) et pas de collègues harassés harassants...
           Conclusion : quand on est étudiant, c'est souvent la paye qui intéresse (et c'est normal) ; pour moi, c'est un souffle de liberté par rapport à l'EN : en donnant le même nombre d'heures de cours par semaine, je gagne autant sans en avoir les contraintes. J'expérimente nombre de méthodes différentes, je me divertis, j'ai des niveaux différents (du collège à l'université), je crée une véritable relation enseignant-apprenant, et j'ai un dialogue réel avec des non-enseignants... Pour qui aime enseigner, les cours particuliers c'est le pied et la planque à la fois ! Je dis ça et je pense à ma lettre de démission...

            Mais... (car il y a un mais)

           Malheureusement, les cours particuliers reposent sur des ressorts malsains (en tout cas tels qu'ils s'expriment actuellement), qui ne vont pas disparaître dans les prochaines années. C'est tout d'abord un constat d'échec, en tout cas de l'école privée : pourquoi seulement du privé ? Parce que tous les élèves (sans exception, même un de mes étudiants !) avec lesquels je travaille sont issus du privé... Bien sûr, l'explication est simple : il faut avoir les moyens pour payer des cours particuliers ! De plus, les parents qui mettent leurs enfants dans ce type d'établissements scolaires sont souvent très très très attentifs aux résultats de leur progéniture... L'échec du public est patent dans certains endroits, mais il est intéressant de voir que mettre ses enfants dans le privé revient à s'angoisser encore plus qu'avant pour leur réussite (raison avancée : "on sait ce qui les attend plus tard", "tout se joue maintenant", "on ne leur fera aucun cadeau plus tard si leur dossier n'est pas excellent (depuis le CM2, ai-je envie de rajouter...)").

Graduation_day            Alors, qu'est-ce qui est en jeu ici ? Une incapacité à déceler et régler les problèmes que rencontrent les élèves ? Non, pas vraiment. Ce sont plutôt les expulsions en fin d'année des établissements qui sont au centre des préoccupations : du fait des sacro-saints classements des "meilleurs lycées" que se procurent les parents anxieux (et que publient des revues bien intentionnées : cela n'a rien à voir avec les ventes, un peu comme les dossiers sur l'immobilier), ces établissements n'hésitent pas à écrémer leurs effectifs en seconde puis en première, histoire de garder les meilleurs élèves et d'en recruter d'aussi solides. Le but ? Avoir 100% de réussite au bac. Ce qui n'est pas si compliqué quand on a sélectionné les poulains, en faisant fi de tout aspect humain.
            Je vous raconte une histoire ? Allez... J'ai une élève, adorable, scolaire en 3ème, qui a eu du mal à gérer le tournant de la seconde. Manque de maturité face au travail. Acceptée dans un grand lycée privé du 92, elle traîne une moyenne insatisfaisante jusque mars et tout à coup, comprend la manière de travailler et de réfléchir exigée en seconde, et se hisse à la hauteur des notes exigées par l'établissement. Résultat ? Ses efforts payent, sa moyenne grimpe en flèche... et au troisième semestre, on la juge malgré ses très grands progrès d'un niveau insuffisant. On la condamne donc (parce que c'est bien de ça qu'il s'agit) tout d'abord à redoubler, puis à chercher un autre lycée pour l'année suivante. Excellent, n'est-ce pas ? La gamine n'a tellement pas digéré cette non-reconnaissance de ses efforts qu'elle a tout abandonné cette année.

            Le second ressort de ce système est dans l'esprit des parents : une course effrénée et effrayante au résultat et au prestige pourrit littéralement la relation des élèves au travail. Non, les progrès ne se trouvent pas dans le nombre d'heures passée à bûcher sur des exercices ; pourtant, les cours particuliers rassurent les parents, qui décomptent les heures de travail de leur enfant tout en accroissant le bachotage. En tant que prof, c'est à pleurer... D'autant que nos élèves ont des journées déjà longues, très longues.
            Il n'est pas rare que les parents se fichent de savoir si leur enfant s'épanouit dans l'apprentissage, la première question posée concernant le plus souvent les notes obtenues (question extrêmement nocive à la fin d'une journée : quand on rentre de l'école, il vaut mieux sortir du "drame des notes" et s'entendre demander si la journée s'est bien passée, point final) et la seconde, après le cours à domicile, si l'élève réussira son contrôle. Que l'élève ait été dynamique, intéressé, intéressant, motivé, volontaire ou pugnace indiffère ces parents. Finalement, je suis désolée de le dire de manière aussi abrupte, mais le recours systématique au cours particuliers n'incite absolument pas les élèves à faire confiance à leurs professeurs en cours, à leurs camarades pour l'entraide, à leurs livres, aux ressources des bibliothèques et d'Internet et à eux-mêmes. C'est un apprentissage du fast knowledge, du zapping du savoir (les profs recrutés par le biais d'une agence sont d'ailleurs interchangeables...), de la passivité dans l'apprentissage, et de la récitation permettant uniquement d'entrer dans la course à la note. Et c'est bien malheureux...

       Ainsi, après quelques années d'expérience, il me semble que le recours aux cours particuliers de manière systématique et prolongée, dès qu'une baisse est constatée dans une matière, implique plusieurs conséquences : l'enfant n'acquerra que difficilement une autonomie dans son travail personnel et par rapport à ses propres méthodes d'apprentissage ; les parents perdront de l'argent, car sans se poser les bonnes questions et envisager la scolarité de manière concernée mais sereine, les cours se poursuivront à l'infini ; les enfants assimilent l'angoisse terrible de leurs parents, liée aux notes et à l'inscription dans tel lycée, et non à leur épanouissement personnel, leur enrichissement quotidien. Enfin, évidemment, ce système consacre de manière globale la scolarité à deux vitesses, fondée sur les inégalités de richesse. Finalement, les cours particuliers permettent aux parents de gérer leur angoisse scolaire, tout en en transférant la résolution vers une autre personne. Et la culture du résultat prend une ampleur étonnante. Et je vous avoue, dans ce système-là, être d'autant plus admirative des élèves issus de milieux défavorisés ou non qui réussissent par leurs propres moyens, gérant l'angoisse de leurs parents parfois, mais en ayant appris à affronter les choses eux-mêmes et à trouver les solutions seuls.

            Au bout du compte, aujourd'hui, une de mes élèves très aisée et disposant d'autant de professeurs à domicile qu'elle le désire, s'est rendue compte qu'elle avait bien mieux travaillé seule qu'avec son professeur de physique. J'ai approuvé et lui ai dit que je pouvais partir plus tôt : elle a compris que ses efforts pour trouver dans ses livres les réponses fixeraient bien plus durablement le savoir que l'écoute passive du professeur. J'aurais aimé que ses parents le lui expliquent, avant de l'habituer aux cours particuliers !

            Je sais, en écrivant cela, je scie la branche sur laquelle je suis assise...

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10 juin 2008

Compagnies aériennes : comment l'intérêt pour les JO a été très mal évalué et comment tu vas partir en vacances pour pas cher...

Muraille Si vous ne savez pas quoi faire cet été, vous pouvez aller en Chine !!!

            Parce que vus les prix affichés par les compagnies aériennes, cela vaut vraiment le coup et le coût. Et pas n'importe quelles compagnies aériennes : on ne parle pas des compagnies chinoises, d'Aeroflot ou même des compagnies du Golfe, toutes habituées à des promotions vraiment très intéressantes un ou deux moins avant l'été. Là, ce sont les grandes compagnies nationales comme Lufthansa, Swiss ou Air France-KLM qui cassent les prix. Ainsi, en tapant deux dates au hasard (tout en évitant bien sûr les zones rouges, samedi et dimanche), un aller-retour pour trois semaines en Chine en juillet coûte... 330€. Vous avez bien lu : 330€ avec KLM (donc Air France), en vol direct en plus. C'est-à-dire trois fois moins cher que l'année dernière à la même période (je tiens mes carnets à jour...).
            Avec un visa à 35€ (ou 55€ en urgence), un coût de la vie encore très modeste sur place (on mange pour presque rien si on sait où manger : dans les boui-bouis bondés, c'est le meilleur endroit pour manger de l'excellente cuisine ; l'hôtellerie est également peu onéreuse) et un certain nombre de très belles choses à voir, ce voyage peut être une très belle aubaine !!! Et cet article n'est pas sponsorisé !!!

            Le prix du baril de pétrole défiants toute prévision, comment se fait-il que les compagnies bradent les billets ? Cela n'a rien à voir avec le tremblement de terre du Sichuan, puisque d'une part cela n'a aucune logique de faire venir pleeeeeeeeeeeeeeein de touristes alors que la Chine a une région entière (et à l'échelle de la Chine, une région, c'est énorme) à reconstruire, de l'eau potable et des denrées alimentaires à fournir, et les problèmes afférents à régler, d'autre part les billets les moins chers sont pour Pékin, pas pour Chengdu.
           En fait, ces compagnies avaient prévu, tout comme la Chine d'ailleurs, une ruée des touristes occidentaux vers les Jeux Olympiques. Et que l'échec est donc patent : parce que franchement, les gens ne prennent pas du temps sur leurs vacances pour aller assister à des épreuves sportives dans un pays tout de même très différent du nôtre, avec des conditions de vie et de voyage parfois... étonnantes, et où l'on n'a aucun repère pour être accueillis : langue, écriture, hôtellerie, transports, nourriture... Les gens restent chez eux pour regarder les JO. Et les touristes habituels de la Chine, ceux qui visitent le pays pour des raisons culturelles, sont également restés chez eux pour échapper à la potentielle cohue que seraient les JO. Donc personne ne va à Pékin...
            Ainsi, malgré le battage médiatique autour de cet événement, les compagnies aériennes ont sans aucun doute très mal évalué le flux touristique à destination de Pékin (les prix pour Shanghai et Hongkong sont bas, mais n'ont pas chuté autant) : il faut donc remplir les avions qui ont été affrétés pour ces voyages, sur lesquels il y a déjà quelques places vendues. Et pour remplir les stades et ne pas perdre la face avec des gradins vides, les billets pour les JO seront bradés également.

            Conclusion : si vous ne saviez pas où aller cet été, si vous avez envie de voyager, si votre budget ne vous le permettait pas jusqu'à maintenant, allez en Chine cet été !!! Et si je peux vous être utile à quoi que ce soit (idées de trajet, sites pour réserver, formalités...), n'hésitez pas. Je prends évidemment des frais : pâté de cabiai, lasagnes maison, tourte à l'agneau et tarte rhubarbe-fraise...

            Enfin, une dernière chose : voyager en Chine est beaucoup moins compliqué que ce que l'on croit ! Et même si l'on ne sait pas injurier en chinois, on peut toujours se débrouiller...

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02 juin 2008

Recruter les profs à bac + 5 ?

            Idée actuelle de notre Hyperprésident, actuelle parce qu'elle va se modifier sans aucun doute en fonction des aléas de la vie, des intempéries climatiques, des sondages récents et des bourdes ministérielles : recruter les professeurs à bac + 5 (niveau Master). Pour ma part, voilà ce que j'en pense : hahahahahaha !!!

            Implication première : supprimer les IUFM en les intégrant de fait dans l'université comme c'est la tendance depuis quelques années. Une excellente idée : à mon sens, je n'ai jamais perdu autant de temps, d'argent et de foi en mes futurs collègues qu'à ce moment-là. Il est vrai que sans l'IUFM, je n'aurais pas sillonné la Picardie de long en large et je ne serais pas allée enseigner en allemand dans un lycée en Allemagne, et je n'aurais donc pas rencontré la Pythie. Et ça, cela n'aurait vraiment pas été cool.  ... Malgré tout, l'IUFM sert fondamentalement à créer le vide dans le cerveau pour pouvoir enseigner le néant : à bas, donc ! En partie sur le sujet : Jean-Claude Michéa, L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes (Climats, 1999).
            En passant, c'est dans les contrées germaniques que j'ai découvert une différence fondamentale entre les professeurs allemands et les professeurs français (laissons de côté le fait qu'ils ont 25 heures de présence contre 18 ou 20 heures, qu'ils sont grassement payés, qu'ils enseignent plusieurs matières et qu'ils sont recrutés directement par l'établissement scolaire). Un adage dit en effet : "on devient professeur en Allemagne en ayant fait beaucoup de pédagogie et sans avoir de connaissances, alors qu'on devient professeur en France en ayant beaucoup de connaissances et sans avoir réfléchi sur la pédagogie". Pour ma part, j'ai vraiment fait l'expérience des "remédiations" pédagogiques au coup par coup : je n'ai jamais eu l'occasion d'avoir avec mes collègues une réflexion approfondie, sur le long terme, quant à nos pratiques. Cela ne venait qu'individuellement pour régler les problèmes ponctuels (mais récurrents) d'une salle de classe contenant trente bébés phoques hurlant.
         
            Alors, recruter à bac + 5 ? Et bien cela ne ferait que renforcer une tendance problématique : des profs bourrés de connaissances, scientifiquement très pro (super, ils pourront disserter devant leurs élèves de 5ème sur le rite du coucher impérial dans la chambre de porphyre, de Léon l'Isaurien à Michel Paléologue : comme ce sera bon !!!). La pédagogie ne viendra qu'après, si elle vient ce dont je doute, et sous la forme d'un assistanat-conseil pédagogique (déjà présent actuellement pendant le stage) dont l'apport réel ne tient qu'à la personnalité des deux acteurs et à pas grand-chose d'autre.
            Enfin et surtout, il faut rappeler que le master constitue un approfondissement très important d'une discipline, sous un angle très précis ; plutôt que de laisser les futurs profs s'enferrer là-dedans pour les en ressortir brutalement avec le concours, autant recruter immédiatement à bac + 3 et imposer deux années probatoires avec deux classes par an, des séminaires pédagogiques et des séminaires scientifiques hebdomadaires : les apports seront très nets en termes de connaissances, de dynamisme et de créativité pédagogiques, l'expérience pratique et le conseil seront au rendez-vous, et la paye plus importante justifiée... J'entends des hurlements, là, dans le fond : oui, deux années probatoires. Mais en validant progressivement certains éléments (rapports, dossiers, présentation et pratique pédagogique : c'est déjà ce que l'on a dans les IUFM), en prenant le temps, et surtout avec des classes différentes pendant ces deux années. Ce qui permettra de prendre conscience des problématiques des classes agréables, difficiles, du collège, du lycée... C'est marrant, cela ressemble beaucoup au Referendariat allemand...

           Une réforme qui serait intéressante serait de dissocier enfin très clairement un concours du secondaire et un concours du supérieur, qui permettrait de clarifier une situation totalement idiote dans les collèges, dans les lycées et dans les universités. Mais cela ne me semble malheureusement pas d'actualité...

            Mais la petite phrase du jour est là : "Le chef de l'Etat a par ailleurs souhaité que soient développés les dispositifs de recrutement hors éducation nationale" (Le Monde, 2 juin 2008). Est-ce à dire que les suppressions de postes (à la pelle ces dernières années, et qui vont augmenter les prochaines années) permettraient de ne plus avoir à payer de fonctionnaires formés, mais de recruter en leur lieu et place des vacataires, des contractuels, aux conditions de travail précaires et mal payés, comme c'est déjà le cas dans nombre d'académies ? Vous croyez ???

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Des baffes !

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            Nécessairement. La logique imparable des règles administratives universitaires : je suis donc presque certaine de ne pas être recrutée comme ATER. Malgré les 525 000 dossiers envoyés, la bonne centaine d'euros dépensés et les circulaires qui sont de mon côté.

            Car être ATER suppose d'être inscrit en thèse. Mais comme le dossier doit être constitué en avril ou en mai, et que les inscriptions en thèse se font à partir de juin, c'est loupé ; et même quand j'explique que la circulaire précise que l'on doit être doctorant à partir du moment où l'on signe le contrat d'ATER (ce contrat serait signé début septembre, moment où je serai alors enfin doctorante). Mais d'ici là, je ne le suis pas donc je ne serai pas recrutée ! Alors même que mon statut de fonctionnaire me donne droit d'être ATER les quatre années de ma thèse, donc dès le début... Enfin, je n'ai pas encore de retours (faut pas exagérer, ça ne va pas aussi vite !), mais ils seront sans doute tous négatifs ; à moins de tomber sur une DRH, puis une commission de spécialistes qui auront compris l'aberration d'une telle situation.
            Et commencer ma thèse en étant prof sur deux, ou trois tant qu'on y est, collèges du Val d'Oise, tout en entrant en 3ème année de chinois, ça va être coton.

            Bon, pour se changer les idées, parler chinois, visiter une région que je ne connais pas, je pars à Shanghai dans une vingtaine de jours... Je vais aller donner des coups de dents rageurs dans des roubaozi (petits pains cuits à la vapeur et fourrés à la viande). Et en attendant, je fais mon visa pour l'Inde...

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29 mai 2008

La parabole du mariage annulé ou "La mariée n'était pas vierge" (et le mari ?).

            Etonnant retour médiéval en 2008 : le tribunal de grande instance de Lille vient d'annuler un mariage car la mariée n'était pas vierge. On évoque le fait que les deux époux sont musulmans, mais cela n'a rien à voir. Puisque le mari peut être con, quelles que soient ses croyances... Mais que des juges puissent encore rendre un tel jugement en s'appuyant sur l'article 180 du Code civil, impliquant qu'il y a donc eu fraude sur la qualité de la marchandise ! A savoir que la jeune femme s'est prétendue vierge et qu'elle ne l'était pas : le plus scandaleux, c'est qu'il lui a fallu "avouer" qu'elle n'était pas vierge à ses juges. Cela aurait été drôle qu'elle explique que son hymen s'est rompu parce que gymnastique, parce qu'équitation, parce qu'examen médical trop invasif, parce que cela peut se rompre plus anecdotiquement que des hommes un peu demeurés peuvent le croire.

            Le problème n'est pas la forme de l'histoire : le mari a fait ce qu'il/ce que sa famille pensait être juste ; on débattra ailleurs de l'importance ou non d'être vierge au mariage. Mais la question selon moi est plutôt : si l'on peut annuler un mariage pour cette raison précise, c'est établir une discrimination de fait puisque seuls les hommes pourraient porter plainte. En effet, comment vérifier que votre conjoint mâle s'est présenté vierge dans le lit de noces ???

            Finalement, cette jeune femme a caché un peu de son passé à son mari, c'est dire si elle le connaissait bien et avait peur de sa réaction. J'espère que d'un mal (le choc de voir son mariage annulé // le choc de voir que sa conjointe n'est pas vierge) sortira un bien (qu'elle épousera quelqu'un de moins con // qu'il évoluera un peu). Je ne mets évidemment pas les deux chocs sur le même plan, car ce n'est pas l'intimité du mari qui est jetée et malmenée sur la place publique...

            Bon, je m'en vais écouter Elizabeth Badinter sur le sujet sur France Inter, elle devrait être tout aussi scandalisée, ça va me faire du bien...

Posté par Chouyo à 13:17 - La moufette sort les crocs ! - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 mai 2008

Un peu d'actualité : France Télévision, Malaisie, Chine et haut clergé birman (encore ???) !

            Ce n'est pas parce qu'une montagne de caractères chinois s'est écroulée sur moi ces derniers jours que j'étais imperméable aux nouvelles du monde, pas du tout...

            Première nouvelle ahurissante (je colle au plus près de l'info, avec une semaine de retard) : pour combler le déficit impliqué par la suppression de la publicité sur les chaînes publiques,France_T_l_vision la Commission pour l'audiovisuel dirigée par l'inénarrable J.-F. Coppé a émis des hypothèses. Notamment une qui a le large soutien dudit Coppé : taxer les revenus des opérateurs de téléphonie mobile et des fournisseurs d'accès à Internet. C'est génial : ces opérateurs et FAI seraient donc taxés, donc augmenteraient leurs tarifs (y sont pas fous non plus, tarifs qu'ils n'ont pas du tout alignés entre eux, bien évidemment), et le consommateur paierait donc pour l'idée de génie lancée solitairement par Sarkozy Ier le Rollexé. Notre portefeuille est donc de nouveau pris en otage !!! Oui, lecteur, tu remarques que j'ai décidé de parler comme J.-P. Pernaud...

            Quelques nouvelles de l'Asie. Tout d'abord, un très intéressant article de Sylvie Kauffman sur la Malaisie, qui explique les luttes de pouvoir à l'oeuvre dans ce pays où deux questions titillent la démocratie. La Malaisie, c'est ce pays du miracle économique Born_o_Kuching_2(population peu nombreuse, terre très fertile, communauté chinoise très entreprenante) où la question ethnique a pris une importance capitale : une discrimination positive a ainsi été mise en oeuvre pour privilégier les Malais par rapport aux Chinois qui tenaient tous les rênes de l'économie. Evidemment, cette affirmative action est elle-même discriminante puisqu'elle ne concernait absolument pas la minorité indienne présente dans la péninsule et qui peut bien, elle, crever de faim...
            Second problème, celui de la religion : la Malaisie est un pays musulman qui cherche à se raccrocher aux pays de la péninsule arabique pour se distinguer de son grand frère (démographiquement très lourd) indonésien. Marquer sa singularité a équivalu (hmmmm, c'est beau !) à la Malaisie l'apparition de traits bien désagréables à la touriste que j'étais : les bien discrètes Malaises portent le voile sur leurs cheveux et leur cou, la vie sociale est totalement repliée à l'intérieur des maisons, la propagande islamiste est bien présente (j'ai conservé un certain nombre d'affichettes, expliquant le statut de la femme, la polygamie...) et surtout l'extension de la charia aux non-musulmans. Et là, cela me pose un réel problème notamment quand 35% de la population n'est pas musulmane : des procès en pagaille donc, comme pour ce couple de jeunes d'origine chinoise devant répondre d'actes obscènes (non mariés, ils s'embrassaient dans la rue) ou pour cette femme a qui l'on a refusé, car Malaise, de retirer la mention "musulmane" de sa carte d'identité alors même qu'elle n'est pas musulmane... La prégnance religieuse est plus forte dans les Etats septentrionaux de la Fédération, à la frontière thaïlandaise, mais c'est en revanche à Bornéo qu'une certaine neutralité apparaît, sans doute parce que la population y est beaucoup plus chinoise. Un pays dont l'évolution doit être observée avec attention...

Chendgdu_Monument_comm_moratif            Concernant la Chine, je parlais plus tôt des malconstructions en Chine dues sans aucun doute à la grande moralité des promoteurs immobiliers ; et bien, il s'avère que les 66 écoles construites par une ONG hongkongaise dans le Sichuan sont, elles, restées debout. Et on assiste à des réactions en chaîne : les barrages, construits parfois en dépit du bon sens et des bassins versants (on trouve des villages dans d'anciens lits de fleuve...) sont fissurés et menacent de céder. C'est une panique de chaque instant, où l'on ne fait plus confiance ni au bâti, ni aux autorités (des bruits courent qu'elles étaient au courant que se préparait un séisme de grande ampleur... à suivre). La solidarité joue à fond, et c'est une des grandes nouvelles : ainsi, à l'instar de nombreux Chinois qui se cotisent et mobilisent, une de mes amies chinoises va sans doute passer son été comme volontaire dans le Sichuan. Cette prise de conscience est peut-être la conséquence de l'entrée de la RPC dans la mondialisation, avec ses codes : l'importance du pathos et de l'indignation, c'est certain, mais aussi, de l'importance de l'entraide (post-tsunami) sans attendre que l'Etat s'organise. Enfin, à voir sur le site de  L'Oeil public, une série de photos extrêmement pertinentes sur la Chine du quotidien : Samuel Bollendorff témoigne par ses images qui interpellent le spectateur sur certaines réalités dérangeantes pour l'Etat chinois...

            Parlons enfin de la Birmanie : la lecture d'un article de Luisa-Maria Mitchell dans Géo (n° 339, mai 2007) pose certaines questions toujours actuelles sur le rôle des du haut clergé bouddhiste. Je suis toujours très critique envers les moines bouddhistes, mais ce point de vue repose sur des éléments rationnels et non personnels (quoique plusieurs moines laotiens n'arrêtaient pas de draguer de manière éhontée Angela, mais bon...). Je me permets ici de vous renvoyer à cet article, "Birmanie. L'argent détourné du bouddhisme", qui explique la collusion entre le haut clergé birman et la junte militaire : les fidèles crédules abreuvent largement les pagodes de valeurs placées sur des "comptes d'épargne religieuse",Irrawaddy_Pagodes où se servent grassement les militaires et les hauts dignitaires bouddhistes. Pour construire de nouveaux monastères et accueillir de nouveaux moines (dont le nombre, on l'a vu lors du soulèvement d'août 2007, est conséquent), mais aussi pour vivre bien mieux que le reste de la population (la différence entre les moines et les villageois est très intéressante) et obtenir une source intarissable d'argent... Depuis 1992, l'Etat militaire et les autorités religieuses se sont mis d'accord, les pagodes pullulent (regardez ces berges de l'Irrawady avant d'arriver à Mandalay) et ce système lucratif pour tous, à l'exception notable de la population birmane, perdure. L'autre facette de "mon" problème trouve son origine dans le fait que, comme toute religion, le bouddhisme est un moyen d'oppression, notamment par le biais de la très intelligente transmigration des âmes qui permet de tuer dans l'oeuf tout sentiment de rébellion face à une réalité quotidienne révoltante. "Si tu es pauvre, malade et malheureux aujourd'hui, c'est que tu l'as mérité de ta vie antérieure, donc accepte ton lot avec détachement". Mais j'ai bien conscience que l'on devient moine bouddhiste parce que 1) on vit dans un pays bouddhiste où l'on doit accomplir régulièrement un "service" (Birmanie, Laos), 2) il est difficile d'être à contre-courant d'une majorité et de ne pas suivre les préceptes d'un ordre millénaire établi, 3) à l'instar de ce qui se passait dans l'Europe médiévale et moderne, entrer dans le clergé assure une pitance et un toit.

            Enfin, dans ce même Géo, vous y trouverez aussi d'excellents articles sur l'avenir de Cuba, notamment la résurgence des églises, les conséquences du retour des Cubains exilés, la vie quotidienne à La Havane ou encore la deuxième vie artistique des vieux frigos américains !

Posté par Chouyo à 09:54 - La moufette sort les crocs ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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