Les tribulations d'une moufette...

Coups de foudre du quotidien !

30 juin 2008

De quelques musées... Shanghai (Part Six).

                   Quand je voyage, je ne fais pas que marcher. Je visite aussi des musées.

                   ...

                  Donc je marche, d'accord.

                  Je vous avais déjà parlé du musée des Beaux-Arts, étonnant par sa muséographie et ses sujets. Mus_e_ShangMaintenant, à tout seigneur tout honneur : le musée de Shanghai. L'extérieur est pour le moins étonnant car trône en plein milieu de la place du Peuple un énorme chaudron couleur sable, image d'un tripode Shang (une pièce de bronze dont j'aurai l'occasion de vous parler plus avant...). L'architecte s'en est donc donné à coeur joie, histoire de bien montrer qu'il s'agit d'un musée dédié à l'histoire chinoise à travers ses arts et artisanats. C'est pour le moins original... Toujours est-il que, chose rare en Chine, la mise en scène des pièces exposées est tout à fait agréable et intelligente : progression chronologique, peu de pièces à chaque fois, pas de redondance, des explications générales simples et lisibles, des explications plus précises de temps à autre.

                   Bronze_Shnag_2Les différentes sections sont regroupées selon les catégories artistiques des beaux-arts chinois : pBronze_Shangeintures, rouleaux de calligraphie, céramiques, statues. Ce qui est très pratique, puisque l'on peut donc se concentrer réellement sur un thème et en voir les évolutions d'une seule traite. En fonction de mes préférences, j'ai donc laissé peintures et calligraphie (j'y suis encore imperméable)  pour me concentrer d'abord sur la superbe collection des bronzes depuis l'Antiquité, notamment la période des Shang et des Zhou, où l'art du bronze atteint sans aucun doute sa plus parfaite expression : couleur profonde, modelé parfait, forme générale bien équilibrée et dessins d'une extrême finesse. Je suis fan. J'adore. Mon anniversaire est le 29 février et comme il n'y en a pas avant quatre ans, si vous pouvez faire un geste dès l'année prochaine...C_ramique_Qing_2

                La partie Céramiques est également un régal, présentant les exemplaires les plus fins depuis le néolithique avec peut-être (comme souvent) un peu trop de porcelaines Song et Ming. Et pas assez des Qing, parce que les Qing c'est génial : il y a du rose, du vert pomme, des imitations de gros noeuds, c'est osé, c'est fou. J'adore. Enfin, une section étonnante : le dernier étage est consacré aux artisanats et costumes des minorités nationales. EthniesIci, le bât blesse : quelques vitrines avec bijoux, textiles, C_ramique_Qingobjets de différentes ethnies, mais soyons honnêtes, les 54 minorités non-Han ne sont pas toutes représentées. En fait, ce sont surtout les Ouïgours (minorité nationale musulmane turcophone du nord-ouest, dans le magnifique Xinjiang) ou les Tibétains qui sont surreprésentés, mais aussi les Miao (du Yunnan), par exemple ; c'est-à-dire soit les minorités les plus représentées soit les moins représentées. Et toutes les minorités dans l'intervalle,C_ramique_Qing_3 pas assez lourdes démographiquement ou pas assez "en voie de disparition" sont oubliées... C'est très dommage, évidemment, d'autant qu'il y en a de pures merveilles artisanales qui sont donc occultées. La section se finit en revanche sur une succession de masques de trois théâtres différents, qui sont magnifiques. Pour la route, j'en profite pour vous présenter les marionnettes de cuir que j'ai achetées :

Marionnette_Shaanxi  Marionnette_Shaanxi_2

Marionnette_Shaanxi_5  Marionnette_Shaanxi_3  Marionnette_Shaanxi_4

Fossile               Autre musée, autres découvertes : le musée d'Art contemporain de Shanghai. La structure générale est en verre et procure aux oeuvres un peu de la lumière qui filtre des nuages d'humidité et de pollution qui surplombent la ville. Les oeuvres se regroupent ici autour d'un thème : le regard sur Shanghai, sa vie quotidienne et ses habitants, porté par des artistes locaux. Montages vidéos, peintures, sculptures et photos : les oeuvres sont peu nombreuses mais assz intéressantes ; même si l'innovation n'est pas terrifiante... Jusqu'au restaurant, situé sur le toit : là, des dessous de verre sur les tables absolument étonnant, que j'ai adorés. Je veux les mêmes pour mon salon (pour une historienne, c'est génial) !!!

Fossile_2  Fossile_3

Fossile_8  Fossile_4

Fossile_6  Fossile_7


Mao           Dernier musée, petit par la taille, grand par le sujet et par l'importance d'une telle démarche dans ce pays : le musée des Affiches de Propagande. Il s'agit ici d'un musée privé, fondé par la personne même surveillant entrées et sorties des visiteurs. Le musée est introuvable : dans l'ancienne Concession française, au fin fond d'un lotissement de hauts bâtiments, derrière ces buildings, au sous-sol. C'est dire s'il est mal-aimé... Relégué loin des circuits et des yeux des Chinois, ces affiches montrent l'évolution artistique, thématique et idéologique de la propagande de l'ère maoïste, à travers ces dazibao.

Afrique    Science    R_volution_culturelle

Montrer que la RPC est solidaire des pays en voie de décolonisation dans leur lutte contre l'impérialisme occidental. Le rôle de la science et de la recherche pour faire avancer le peuple et le pays.Les joies de la Révolution culturelle...

                    Un  seul mot : sublime. La seule pièce du musée proposent plusieurs panneaux explicatifs présentant les caractéristiques de chaque période selon les tendances du maoïsme et les éléments internationaux (rapports avec les Etats-Unis, Cuba, l'URSS...) ; les affiches sont des originaux, et les titres chinois des affiches sont traduits à côté : vous pouvez donc interpréter vous-mêmes ce que vous voyez. Un véritable bonheur, je n'avais qu'un envie c'était de subventionner autant que faire se peut ce petit musée d'utilité publique et même d'utilité vitale pour ce pays. Malheureusement, les affiches vendues dans la minuscule pièce servant de magasin au musée sont extrêmement chères, car ce sont des originaux également. J'ai donc du me contenter d'acheter deux catalogues, beuheuheuheuheu !!! Rien n'est expliqué en chinois dans ce musée : je me doutais bien qu'aucun Shanghaïens, touriste chinois ou aucune classe de collège ou de lycée ne vient ici. Et un petit entretien avec le fondateur l'a confirmé : seuls les Occidentaux semblent s'intéresser aux affiches de propagande comme source de compréhension du lavage de cerveau par l'Etat...

                     Conclusion : chose rare en Chine, les musées de Shanghai valent vraiment le coup !!!

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29 juin 2008

Un dimanche à Shanghai. Shanghai (Part Five).

            Que fait le Shanghaïen le dimanche ?
            Moi qui veut comprendre comment vivent les Chinois en Chine, c'est une question de toute première importance. Balade dans la ville donc, pour perdre toutes les calories ingurgitées et satisfaire en même temps ma curiosité...

           Faire du shopping : je sais, je me répète. Mais c'est le sport favori à Shanghai, quelque soit le jour. Et une des particularités en Chine (et en Asie d'ailleurs) est que les magasins sont ouverts tous les jours : l'esprit commerçant règne en maître, et la population, quoique mieux lotie qu'ailleurs, ne roule pas sur l'or. Il ne faut donc pas perdre une journée aussi cruciale financièrement que le dimanche, où lycéens, étudiants, fonctionnaires et autres employés de bureaux arpentent les rues pour faire leurs courses. Donc, vous trouverez beaucoup de Shanghaïens le dimanche dans les shopping malls et les boutiques.

           Visiter le Musée de Shanghai : vue la queue devant le bâtiment (une heure d'attente environ), il semble que l'intérêt pour les vestiges du passé national soit important. C'est une bonne chose, d'autant que ce musée est extrêmement intéressant et la muséographie excellente. En revanche, le musée des Beaux-Arts et celui de l'Art contemporain ne rencontrent pas le même succès. Vous en saurez plus dans le prochain article...

Joueurs_de_cartes            Jouer : cela va sonner comme une vérité anthropologique même si telle n'est pas mon intention, toute personne voyageant en Chine le remarquera, les Chinois sont joueurs. Je vous assure. Pas une ville ou un village où je n'ai vu des groupes de quatre à dix personnes autour d'une table, en train de jouer aux cartes, aux dames chinoises ou au majiang (mah-jong) avec un cercle de spectateurs commentant les actions de chacun. C'est étonnant, alors même qu'il est interdit de jouer dans la rue, on trouve pourtant ces groupes dans les parcs, sur les trottoirs... Les hommes préfèrent les cartes et les dames chinoises, tandis que les dames jouent au majiang sur des tables dans les rues ou dans des salles closes réservées à cette intention (comme pour le bridge en Europe). Cela permet certes de passer le temps, mais surtout cela rapporte : l'enjeu des paris est financier le plus souvent, la mise consistant en jetons ou en billets (vu à Shanghai). Drôle, l'appétit du jeu prend dans ce pays une autre forme, la passion effrénée et absolue pour la bourse et l'investissement financier. Il suffit d'allumer un poste de télévision et de constater que 30% des chaînes sont consacrés aux cours de la bourse (pas pour les cours mais pour les prévisions, les explications...). Et par exemple, le matin dans la petite ville de Suzhou, voici l'occupation de certaines personnes (hum, la salle est bondée...) :

Bourse  Bourse_2

            Bavarder au parc : tous les parcs de la ville sont un lieu de promenade et de détente pour les Shanghaïens le dimanche. De petits conclaves se réunissent, qui de raconter les nouvelles de sa famille, de commenter les mésaventures des voisins, de prévoir les cours de la bourse... Du calme, de la tranquillité ? Non. Le chinois, du fait de la structure phonologique de la langue, de la surpopulation de certaines régions et de la pollution sonore des métropoles urbaines, est une langue qui se parle fort. Très fort. Notamment au téléphone portable. Et tout le monde a un téléphone portable...

            Sortir l'appareil photo : mais que photographient donc tous ces artistes en herbe ?

Photographes

L'éclosion cette nuit des nénuphars...

N_nuphare

            Se la jouer : ceci concerne seulement une partie des jeunes Shanghaïens. Le niveau de vie est notablement plus élevé dans cette ville que dans le reste de la Chine (excepté Hongkong), et il faut bien l'avouer, une certaine jeunesse issue de famillesPropagande très très très aisées se pavane joyeusement et bruyamment dans les lieux huppés de la ville. Ou sur la Place du Peuple le dimanche, dans le jardin qui orne ce lieu central. C'est le paseo. Et l'attitude de ces jeunes est tout à fait nauséabonde concernant les étrangers : il faut dire qu'étant seule, je suis certainement encore plus facilement abordable. Il s'agit en fait de passer en groupe devant un étranger, de rester à distance tout en lui lançant un "Hello ! How-are-you ? Where-do-you-come-from ?", proféré d'un trait sans prendre le temps d'écouter les réponses. Histoire de montrer à ses copains et ses copines à quel point on est fort en anglais et que l'on a le cran d'aborder les laowai. Si ledit laowai répond, le jeune engage la conversation et tente d'enfin avoir son "ami occidental" à lui. Ce nouvel animal domestique est une nécessité absolue à Shanghai pour qui veut passer pour branché... Quinze jours de cette pratique (plus l'expérience de l'année dernière) m'ont rodée : bon, ça passe quand on a quinze ans ; mais vingt-deux ou vingt-trois ans ??? Chez les jeunes filles, cette nécessité absolue d'être au top de la modernitude conduit certaines, alors qu'issues de famille très riches, à se prostituer occasionnellement pour se procurer le dernier joujou technologique à la mode. Une nouvelle génération...Mariage

            Marier ses enfants : en réalité, l'activité la plus étonnante dans ce parc de Shanghai. La pratique du mariage arrangé est typique en Chine des institutions héritées de l'époque impériale, ayant perduré mille ans au bas mot : absence totale de choix, de la part de la femme comme de l'homme, soumission de la femme à ses beaux-parents, concubinage ou polygamie parallèle...  Ce conception du mariage a été fortement remise en cause par deux premières lois (1950 et 1981), même s'il est certain que les campagnes ont évidemment prolongé ces pratiques dont l'objectif était pour les familles dominantes de s'allier, pour rester dominantes. Logique.
Mariage_5            Ce qui est plus étonnant actuellement, ce n'est pas le romantisme crétinesque, pathétique et disneylandien qui conduit nombre de couples à envisager leur journée de mariage dans des conditions hollywoodiennes (robe chantilly à traîne, diadème (il manque la pantoufle de vair...), photo devant des églises catholiques dont on ne sait rien et dont on s'en fiche ou, attention, devant des TGI Fridays et des Starbucks Coffee (so trendy and international !) , si j'en ai vu !!! Ou bien d'aller se marier parmi des milliers d'autres couples pour participer au plus grand mariage du monde...)... Le plus étonnant, d'un point de vue intellectuel, c'est l'apparition (car il ne s'agit pas ici d'une réapparition) des mariages arrangés dans les familles urbaines, mariage non plus fondé sur la dignité familiale mais le salaire de l'épousée...

            Me baladant, je suis tout à coup arrivée à une petite place dans le parc où des dizaines de feuilles étaient accrochés à des fils ou à des arbres, portant textes et annotations. Je m'approche, je lis, évidemment plusieurs personnes se regroupent pour m'observer (le fait de parler chinois n'étonne pas, beaucoup d'Occidentaux le parlent ; le fait de savoir le lire étonne beaucoup plus...). Au vu des indications, je crois comprendre qu'un homme d'un certain âge cherche quelqu'un. Ne connaissant pas la pratique du mariage arrangé dans les métropoles, de manière aussi affichée et publique, j'interroge une dame, lui demandant si ce monsieur recherche quelqu'un (genre "Perdus de vue"), s'il cherche sinon un associé (j'aime émettre des hypothèses farfelues quand je suis presque sûre d'une chose...).
            Non, il s'agit bien d'un homme recherchant sa future épouse. Près de chaque affiche se tiennent des parents, des personnes seules, attendant qu'eux-mêmes ou leur progéniture intéresse quelqu'un. Les critères sont très clairs : il ne s'agit pas comme en Inde d'appartenance à une caste, de clarté de couleur de peau ou même de dignité de la famille. Il s'agit ici d'argent : sur les formulaires (il y a même des formulaires imprimés exprès) sont très clairement indiqués tout d'abord la taille et l'âge, puis viennent les diplômes (pour les jeunes) et le salaire (pour tous), puis les possessions (pour les moins jeunes) : un frigo, une machine à laver etc.

Mariage_3

Des parents attendant l'heureux élu devant les petites annonces matrimoniales accrochées aux arbres.

Mariage_1   Mariage_2   Mariage_4

Dans le premier document, un homme de 65 ans, mesurant 1,72m et pesant 63kg
atteste avoir un revenu de 50 000 yuans par an (ce qui est très correct) ;
il cherche une femme d'une quarantaine d'années.
Le second texte propose une jeune femme de 26 ans, ayant étudié l'anglais à l'université
et disposant de 50 000 yuans (toujours la même somme : une dot...).
Le dernier a, quant à lui, indiqué qu'il possède un appartement et une voiture.

            Evidemment, quelques parents n'ont pas apprécié que je prenne des photos, alors que les mêmes rendent public leur recherche en venant s'afficher ici et en publiant des annonces matrimoniales dans les journaux (oui, autant mettre toutes les chances de son côté) ; je ne me suis pas privée de leur demander pourquoi. Peut-être avaient-ils honte d'en revenir à de telles traditions, fondées sur l'argent désormais, de chercher par tous les moyens (parce que c'est ce dont il s'agit) que leur fille parte enfin de la maison (l'épouse quitte sa famille de manière absolue pour intégrer celle du mari dans la tradition chinoise) ou que leur éducation était un tel échec qu'ils doivent en passer par là pour lui trouver un mari ? Je suis méchante... N'oubliez pas enfin qu'il ne s'agit pas du tout ici de paysans ruraux crevant la faim et cherchant par tous les moyens à vendre leur fille (cela se fait encore dans les campagnes) ou tout au moins de se débarrasser d'une bouche à nourrir...

            Quant aux veufs cherchant une nouvelle épouse, le critère récurrent est qu'elle ait une vingtaine d'années de moins qu'eux...

Posté par Chouyo à 10:18 - Voyages - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 juin 2008

Le petit monde de Qipu Lu. Shanghai (Part Four).

           Je t'arrête tout de suite, lecteur facétieux, tu ne prononces pas "qui pue lu". Non, ça n'a rien à voir, ça se dit "tchi pou lou". Oui, le pinyin est logique, le "q" se prononce "tch". Qu'est-ce donc que cela, te demandes-tu ? Je t'avais dit que le shopping en Chine et à Shanghai était assez décevant : c'est vrai, notamment quand ton corps et tes pieds comptent beaucoup de centimètres. Cependant...
March__sacs            Stratégie : oublier les shopping centres absolument pas intéressants (marques de luxe et marques chinoises au prix du luxe), et tenter de trouver les marchés populaires. Le fameux marché de Xiangyang, réputé pour ses contrefaçons, a été fermé en 2006, donc passons notre chemin ; les petites boutiques de Maoming Nanlu et de Shaanxi Nanlu ont elles presque toutes disparues. Il ne me restait donc plus qu'à aller gambader dans le nord de la ville, dans le quartier de Hangkou, où se trouve le marché de Qipu Lu, successeur de Xiangyang, et spécialisé dans les vêtements, chaussures et sacs à bas prix. Cette rue ("lu" signifie rue) est cernée de grands bâtiments très vétustes, dont chaque étage regorge de toutes petites échoppes, un étage mode féminine, un étage mode masculine et habits sélects, un étage habits pour enfant, et le sous-sol toujours consacré aux sacs et aux chaussures. En gros, tu considères que tu as trois énormes temples de la fringue devant toi. Plus, dans la rue, des vendeurs de sacs et de fringues au rabais. Beaucoup de monde, beaucoup de bruit : mieux vaut faire un tour d'abord, repérer certaines choses, ne pas craquer, et revenir après... Cinq minutes après.

            Les prix sont assez bas, quand tu as marchandé. Car tout est là, dans le marchandage. Le plus simple et rapide en cette matière est de faire comprendre aux vendeurs que non, tu n'es pas un laowai (étranger, mais à connotation négative) et que tu ne te feras pas avoir. Parce qu'une tunique à 25 euros, je peux rester chez moi pour en trouver une moins chère. Et cela, je ne me retiens pas de l'expliquer très clairement : les prix en France sont moins chers qu'en Chine, bizarre non ? Héhéhéhé : cela fait baisser automatiquement le prix de moitié. Et la tunique est finalement passée à 4,50 euros, parce qu'il ne faut pas exagérer. Ensuite, quelques petits trucs : mais bien sûr que ton sac est en cuir... Là, j'ai été heureuse d'avoir appris à dire "briquet", j'ai donc immédiatement demandé un briquet à la cantonade pour vérifier s'il s'agissait de cuir ou de plastique. Le prix du sac a tout de suite été plus attractif. Il est certain que de parler chinois aide un peu. Parfois, on se trouve confronté à une certaine agressivité, et c'est sans doute le plus dur à gérer : la personne en face te fait comprendre ostensiblement que tu n'es qu'un étranger plein de fric et que tu le cracheras. Voire la vendeuse (le plus souvent) le dit très clairement à ses commères, et tu te marres quand son visage se décompose quand tu lui réponds du tac au tac en chinois. Les petits bonheurs... Mais ce type de situation est très rare.

T_shirt            Côté habits, la quantité et la multiplicité des couleurs, des imprimés et des customizations est hallucinantes. Chaque échoppe a deux ou trois présentoirs remplis d'habits, et tu ne trouveras nulle part ailleurs un vêtement semblable. Je ne sais pas comment ils font pour produire autant d'habits différents. Mais très étrange, la mode ne change guère et il y a peu de création : on est toujours dans la même lancée, tunique en trapèze, avec quelques bijoux fantaisie cousus, du satin et des fanfreluches, de petites robes très courtes. Des T-shirts avec des inscriptions souvent extrêmement drôles : celui-ci par exemple, qui va aller sur Mini-Moufette, donne j'en suis sûre la clef pour comprendre le sens de la vie... En revanche, j'ai trouvé une sorte de veste absolument fantastique : bleue, doublée de dentelle à l'intérieur, si douce et confortable que je voudrais me lover dedans pour faire un gros dodo... Les manches tombent au coude, et elle se noue à l'arrière pour faire en sorte que les pans de devant soient écartés, flottant au vent... C'est sublime (c'est la dernière, là).

Tunique_3TuniqueTunique_2T_shirt_2

Tunique_6Tunique_3Tunique_5Veste

Chaussures            Pour les chaussures, cela s'est confirmé : simili-Converse, simili-Crocs et sandales. Logique, c'est l'été. J'ai eu du mal à trouver ma taille, mais finalement, j'ai quand même fait quelques acquisitions. Dans le sens des aiguilles d'une montre, vous remarquerez mes fameuses chaussures chinoises modernisées rouges, puis blanches, puis des tongues avec une rose, des sandales à plateforme rouges à pois blancs, des fausses Crocs jaunes flashy si confortables, d'autres fausses Crocs noires fermées, d'autres sandales rétro à plateformes à fleurs et des tongues dorées à pois blancs. Au milieu, deux petits portefeuilles bêtes. Tout comme les éventails si dessous et les parapluies fantaisie...

Petits__ventails  Parapluies

            Enfin, pour les sacs, une de mes autres grandes passions, je me suis régalée. Le problème en cette matière est le plus souvent celui des contrefaçons :Sacs il est extrêmement, vraiment extrêmement difficile, de trouver un sac qui ne soit pas estampillé d'un logo ou d'un nom de marque. Tout est Levi's, Louis Vuitton, Prada, Hugo Boss, Dolce & Gabana et autres. Il me faut donc parcourir des dizaines de stands, et demander "sans logo, sans marque" (heureusement, je sais le dire...) pour trouver son bonheur. Parce qu'après avoir vu mes bagages fouillés à la douane une fois en revenant d'Asie du Sud-Est (sans problème, heureusement), je n'ai pas envie non seulement de payer la somme réelle qu'aurait coûté un vrai sac bowling Converse mais en plus qu'on me le retire. Donc je fais très attention ; je n'ai donc pas ramené de fausses Crocs, désolée Pivoine (mais tu ne perds rien au change...). Mais j'ai ramené un sac fantaisie avec imprimés colorés, une sacoche imitation cuir, un petit sac au motif de tartan écossais mauve et violet, un sac noir et argent à petites fleurs, et enfin un grand sac imitation cuir marron, superbe, très sport. Enfin, de nombreux stands vendant des bijoux fantaisie, peu chers, je ne me suis donc pas faite prier ; vous en aurez un jour des photos...

Qipao            Pour ce qui est des souvenirs plus chinois, j'ai cédé à la qipao, cette robe chinoise typique de Shanghai ; mais j'ai pris l'originale. Je m'explique : souviens-toi de Maggie Cheung dans In the Mood for Love. Elle porte toute une série de qipao moulantes, festonnées de petites attaches, ouvertes sur la cuisse, au col montant et aux manches ballon. Ce modèle a été créé pour les prostituées de la ville à partir d'une robe beaucoup moins sexy, traditionnelle, en forme de T, manches très larges et taille XXL. Sauf qu'en soie, elle se colle parfois au corps selon les mouvements et suggère plus qu'elle ne montre. Adjugée donc !!! De petits poufs à gonfler, très drôles, des petites figures bêtes en balles de ping-pong (ben oui, je n'aime pas cela d'habitude, mais là...), des boîtes à bijoux, des châles, de petits objets de verre peints de l'intérieur et personnalisés... Mais la grande folie du séjour, je l'avoue, est liée à la découverte d'un petit magasin spécialisé dans les marrionnettes de cuir de l'opéra du Shaanxi,  dont j'ai ramené un large échantillonnage, et j'y ai découvert également une statue de lion modelée à partir d'une sorte de tourbe (heureusement creuse, sinon je ne te raconte même pas pour la ramener). J'ai craqué. J'ai même du aller retirer de l'argent...

Statue

PoufStatuettes

SacochesPetites_boitesVerre

            Enfin, il faut absolument profiter des bas prix en Chine pour acheter notamment des produits de ProduitsbeautéProduits_2 trois à dix fois moins chers qu'en France (les mêmes, grandes marques comprises). J'adore tout particulièrement le savon exfoliant avec petites billes, qui peur s'utiliser tous les jours et qui est tellement agréable : un peu mentholé, on a une impression de fraîcheur très salutaire quand on se balade toute la journée. De même, bizarrement je sais, les Tupperware réellement étanches. Réellement j'ai dit, que tu puisses le trimbaler dans un métro, un RER, deux bus et dans la campagne du Vexin français sans que rien ne coule, et surtout que les aliments ne se mélangent pas à l'intérieur. Et bien pour 1€, j'ai trouvé. Dans un supermarché de quartier de Pudong... Et également ces pots que vous voyez, dont j'avais déjà quelques exemplaires différents à la maison, que tous les Chinois emportent partout avec eux pour avoir du thé à disposition en permanence ; sauf qu'en France, tu n'as pas de l'eau chaude à tous les coins de rue...

            Résultat : je suis partie avec 10 kg de bagage, je suis revenue avec 35kg. Heureusement, j'ai feinté et je n'ai pas payé de surcharge (ils sont intransigeants quand on revient d'Asie, sauf qu'ils vérifient rarement combien pèse ton bagage à main...). La Chine, pour le shopping, ce n'est pas génial donc...

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26 juin 2008

Suzhou sous l'eau !

Suzhou_Canaux_2            Epique équipée que ma visite de Suzhou.

            Cette ville est située à quarante minute en train de Shanghai et fait partie des incontournables du tourisme de la région. Pour tout vous dire, la plupart des groupes ne viennent ici que pour cette ville et pour Hanghzou, un tres beau lac situé un peu plus loin. Suzhou est en effet réputée être la "petite Venise" de Chine ; c'est d'ailleurs fou le nombre de petites Venises dans le monde. A force de récurrence, cette métaphore est un peu lourde ; mais Marco Polo est passé ici et en parle dans son Livre des Merveilles donc, OK, cela peut se comprendre...
            Venise car nombre de ponts et de canaux (enfin pas tant que cela non plus) car le paysage de la région est marqué par les canaux, lacs, mares... Quelques-uns sont parcourus de bateaux traditionnels (à touristes), et c'est effectivement assez pittoresque et picturesque. Mais Suzhou a deux autres intérêts : c'est la grande ville de la soie en Chine, et elle est constellée de pagodes et de jardins anciens vraiment magnifiques pour certains. En y allant tôt, tard ou sous la pluie pour éviter les groupes de touristes, ils sont l'occasion de se détendre enfin de cet Chine urbaine, dans un environnement végétal et minéral, et d'admirer l'art chinois d'aménager l'espace. Pierres dressées imitant les montagnes, étendues d'eau emplies de nénuphares, kiosques propices à la méditation, bosquets et arbres taillés exprimant tous une idée... Et de temps à autre, des kiosques aux toits recourbés et aux parois laquées apportent confort, lieu de méditation face aux curiosités rassemblées par le propriétaire du lieu (rouleaux de calligraphie, bonsaï, pierres...) et abri.

Suzhou_sous_l_eau            Surtout abri. Les restes du typhon passé dans la région quelques jours plus tôt, combinés aux effets des pluies saisonnières et au fait que les prévisions météorologiques sont assez vagues, a rendu la journée absolument folle : dès la descente du train, des trombes d'eau se sont abattues sur moi. J'ai même du acheter un parapluie "spécial typhon" (Tac comprendra : à Taïwan, l'année dernière, nous avons vu ce que c'était...) bien solide (bleu a fleurs, c'est important), car des rafales de vent balayaient mon autre joli parapluie blanc avec des fraises rouges dessus. Puis il a commencé à faire froid, et ce d'autant plus qu'en quelques minutes mes habits étaient trempés. Les routes étant ce qu'elles sont, je patauge dans la boue et arrivée sur le trottoir, le revêtement est tel que je m'imagine glisser et tomber à chaque pas. Infernal. Car j'aurai pu aussi sec (hahaha, sec, très drôle...) remonter dans le train pour Shanghai et revenir un autre jour (le billet aller-retour étant à 4,50 euro, je pouvais me le permettre), mais il n'y avait plus aucune place depuis deux jours avant 19h (en semaine pourtant) et on ne peut plus monter comme cela et rester debout comme dans d'autres pays s'il n'y a pas de place : c'est un train express, tout beau, tout neuf, donc il faut respecter les consignes de sécurité !

            Me voila donc, progressant avec peine dans les rues (on oublie les taxis et les bus, tous pris d'assaut), me réfugiant de lieu en lieu : musée, temple, jardin avec kiosque, MacDo, magasins de chaussures... J'ai du écourter la journée et finalement attendre des heures avec nombre d'autres personnes (on n'est jamais seul en Chine...) dans la gare, que le train me ramène enfin à Shanghai. De la soupe de Moufette donc. On ne rigole pas. D'autant que mes pieds ont mis trois jours à se remettre des frottements des chaussures trempées. Mais, héroïquement, j'ai tout de même trouvé la possibilité d'extraire mes petons meurtris de leur gangue pour essayer et acheter de splendides chaussures chinoises traditionnelles revues a la mode. Sublimes. Totalement superbes. Je vous mettrai des photos a mon retour... Malgré la douleur, je suis vaillante pour les bonnes causes.

Chine_Chaussures   Chine_Chaussures_2

Suzhou_Pagode            Coté culture, le Musée de la Soie présente une histoire de la séréciculture (comme c'est beau) des premières royautés à la dernière dynastie (sur 3000 ans, en gros) avec7 des reproductions jusqu'aux Ming puis des pièces historiques ensuite ; l'évolution technique est évoquée ensuite, à travers l'exposition de différents métiers à tisser. Mais il est étonnant d'ailleurs de constater que rien ne concerne les motifs, leur evolution, les changements et les permanences. On reste vraiment sur l'idée de la soie comme matière, comme artisanat mais pas comme art. Heureusement, j'ai pu admirer les bestioles dans toutes leurs étapes de vie, même des vraies batifolantSuzhou_Canaux dans les paniers : le ver à soie dans toute sa splendeur ! Drôle, la salle où les vers vivants produisent de la soie sent très fort, entre le chien mouillé (mais peut-être ceci était ma propre odeur vu mon état...) et la cage des fauves dans un zoo. Le reste du musée est consacré à une mise en scène kitsch et minable, soyons réalistes, d'une pseudo rue Ming de marchands de soie : aucun intérêt. Tout comme le magasin final. En fait, rien ne permet de faire ce que tout le monde souhaiterait faire ici : toucher, comprendre par ce sens quelles sont les différentes qualités de soie, voir également les symboliques attachées aux couleurs et aux motifs... Mais je sais : il ne faut pas trop en demander.
Suzhou_Jardin_2            En revanche, les jardins sont magnifiques, je ne peux pas le nier. Le Jardin du Maitre des Filets ou celui de l'Humble Adminstrateur, sont tout sauf humbles : méandres façonnés de la main de l'homme mais reproduisant la nature sauvage,Suzhou_Jardin_3 même la pluie tombant dru n'arrive pas à leur ôter ce charme du "jardin du sage asiatique". Je regrette de ce fait d'avoir du écourter mes visites et n'avoir pu voir deux autres jardins réputés. Mais j'étais à bout de forces : une prochaine fois donc, avec le soleil si possible. Quant au Temple des Mystères, c'est un temple taoïste. Voilà : des statues, de l'encens, mais rien de particulier qui le distinguât des autres temples taoïstes.

Suzhou_Jardin    Suzhou_Kiosque

            Je ne vous cache pas m'être écroulée au retour...

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23 juin 2008

"Je marche seule, tadadadada..." : ou pourquoi je porte des fausses Crocs. Shanghai (Part Two).

                   Le super cafe Internet en face de mon hotel ne me permet pas d'acceder a la partie "administration" de mon blog : comme c'est pratique... D'ailleurs, nombre de medias ont du mal a charger voire ne chargent pas du tout ici. Je vous en toucherai un mot plus tard. Et pour couronner le tout, impossible d'acceder a mes photos car soit les unites centrales soit les ports USB sont bloques...

                 Apres 15 km par jour en plus dans les pattes, je suis un peu fatiguee... J'ai donc saute sur l'occasion d'un wang ba sur ma route pour dorloter mes pieds un peu en compote et vous raconter quelques petites choses. Premiere question : pourquoi marcher autant ? Parce que. C'est une bonne reponse, n'est-ce pas ? En realite, comme dans beaucoup de villes asiatiques, le metro est excellent (je vous en dirai plus sur celui de Bombay dans une dizaine de jours...), propre, pratique et des petites boutiques soignees vous proposent de quoi vous sustenter (et c'est important de se sustenter) ou vous habiller ; c'est tout a fait charmant. Mais le probleme est dans la desserte. En gros, l'ecart entre les stations est gigantesque et le trace des lignes se cantonne le plus souvent aux trajets nord-sud et est-ouest. Quant aux bus, c'est un peu le hasard : il n'existe pas de carte des lignes et il faut parvenir a lire les caracteres inscrit sur le devant a travers une vitre sale, comprendre dans quel sens le bus va, et prevenir le controleur qu'il doit vous hurler l'arret ou vous descendez. C'est assez drole, mais on s'en lasse vite... Si vous avez les moyens, vous prenez le taxi, c'est beaucoup plus simple : et a Bangkok, Taipei et Pekin, vous n'hesitez pas vu le prix. A Shanghai, ils sont un peu plus onereux et comme je suis encore vaillante, je marche... En parlant de transports, j'ai oublie de vous dire qu'en arrivant a l'aeroport j'ai pris le Maglev !!! J'ai l'impression que cela vous laisse de marbre. Mais si !!! Le train a suspension magnetique, invente par les Suisses, construit par les Allemands et installe a Shanghai ! Il est vraiment tres chouette et agreable, l'interieur ressemble au Shinkansen japonais, tres large et bas sur patte donc stable et spatieux, et il grimpe a 430 km en 4 minutes ! Si c'est pas beau, tout cela...

                Le personnel en charge des transports est plethorique : des controleurs dans le metro, en pantalon gris clair et chemise rose pale (sublime ! Les Shanghaiens sont reputes en Chine pour etre a la pointe de la mode et ce, meme dans le metro !), que j'ai meme vus faire un show en musique sur une estrade dans la grande salle de la station centrale. Le lendemain, l'un d'entre eux portait une echarpe rouge : a-t-il ete elu le plus efficient des employes ? le plus sexy ? le plus gentil ? Aucune idee, je n'ai pas reussi a dechiffrer les caracteres. Et a chaque coin de rue, un employe morose mais utile controle les traversees de pietons et lance de grands coups de sifflet stridents : il faut dire que la circulation est un peu fantasque, et qu'un feu rouge ne veut pas dire "stop". Tous nos apprentissages sont donc a revoir ici !

                  "Je marche seule, tadadadadada" : effectivement seule et cela me fait beaucoup de bien, physiquement et moralement, meme si je regrette souvent de ne pouvoir raconter plein de blagues a Tac ; mais je les garde au chaud dans un coin et les lui raconterai par le menu a mon retour. Pour l'instant, pas de besoin effrene de rencontre d'autres Occidentaux : il faut dire en plus que les touristes ne sont pas legion ici, Shanghai etant effectivement une etape rapide voire facultative dans les sejours en Chine. Je m'attendais a trouver au moins des touristes a foison dans mon hotel, et bien que nenni ! Meme dans les endroits plus propices au tourisme, musees et temples, il est rare que j'ai vu beaucoup d'Occidentaux : je m'attendais notamment a ce que les expatries soient beaucoup plus nombreux, mais ils sont sans doute noyes dans la masse des Shanghaiens, a la difference de Hongkong ou ils sont plus visibles. On croise surtout des Occidentales seules ou avec enfants (les epoux travaillent) ou quelques artistes... Jeme suis d'ailleurs fait offrir un CD de percussions congolaises. Oui, absolument. En revanche, beaucoup des Occidentaux que j'ai croises parlent chinois, meme tres bien ; rien a voir avec ceux de Pekin ou de Hongkong. Sans doute reste-t-on plus longtemps a Shanghai ?

             Qui dit marcher dit chaussures : mais quelle grande deception de ce cote-la !!! Evidemment, le premier probleme est la taille : je n'ai pas de grands pieds vue ma taille, mais pour la Chine cela reste malgre tout grand ; je n'ai donc pas encore trouve de choses interessantes de ce cote-ci mais j'ai tout de meme fait l'acquisition de... ben oui, mais tout le monde en porte ici... et cela avait l'air tellement confortable... des Crocs. Oui, ces enormes chaussures en plastique de couleur vive avec de petites babioles a accrocher dessus. Ce sont des fausses, evidemment (mais sans logo, je dois donc pouvoir les rapporter), jaunes flashy avec des babioles roses : oui, j'ai des gouts chinois, je sais ! Et elles m'ont coute 1,50 euros !!! Pivoine, si tu preferes, je me ferai un plaisir de t'en rapporter. Des roses (d'ailleurs, pour l'instant, pas de tongues a l'horizon). Je suis tres contente de mon acquisition : mes pieds paraissent encore plus enormes, mais pour une bonne raison ; on les voit bien quand le metro est bonde, donc si on me marche sur les pieds cela signifie que c'est volontaire ("comment cela tu ne m'avais pas vue ? Avec cela aux pieds ???") ; enfin, l'eventuelle transpiration (moi, transpirer des pieds ???) s'evapore tres vite par les trous, le pied est aere et de petits picots massent la plante pendant la marche !

              Enfin, une des grandes donnees du paysage urbain de la Chine actuelle, ce sont les travaux. On ne peut y couper. Mais comme je vous l'avais deja dit, les chantiers sont moins envahissants a Shanghai qu'a Pekin : ce sont surtout quelques grandes avenues qui sont touchees, et pas les ruelles et rues, et dans les quartiers un peu excentres. Le centre n'est touche que par des travaux de renovation ou de rehabilitation de certains immeubles ; quant au centre touristico-commercial, il est flamboyant. Cela dit, le probleme de ces rehabilitations est la disneylandisation des quartiers destines aux touristes chinois et etrangers. Deux cas typiques ici a Shanghai, et j'avoue y etre allee presque par acquis de conscience car je craignais deja le resultat. Les fameux jardins Yu, situes dans la vieille ville chinoise, constituent un ensemble de batiments de style Ming refaits a neuf, dont le rez-de-chaussee est consacre aux boutiques a touristes. Cela en devient grandiose de chantillysation (concept de neo-urbanisme moufettien), la se trouvent les groupes de touristes regroupes devant le Starbucks Coffee et en face du KFC ; mais les Chinois eux-memes sont tres heureux de ce "Mingland". Second exemple (je sais, en une journee, j'ai cumule les deux...) : le quartier de Xintiandi, rehabilitation des shikumen, cet habitat shanghaien traditionnel fait de maisons en briques et de ruelles. S'y sont installes de nombreux restaurants et bars branches, et la rue principale du quartier s'ouvre sur un Starbucks Coffee, evidemment, et un Paul !!! C'est vous dire comme le caractere traditionnel est respecte...

                Allez, je retourne marcher, j'ai une tartelette de chez Paul a perdre...

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12 juin 2008

Visiter Cuba !

            Ahahahaha !!! Je vous ai pris par surprise, vous croyiez que j'avais oublié, et bien pas du tout ! Je peux maintenant vous dévoiler les grandes étapes d'une visite presque complète de l'île. Préparez-vous, il y a des kilomètres, de la beauté, de la splendeur et de la beauté encore. Tac en revient, toujours aussi émerveillé (et pourtant, c'était professionnel cette fois-ci).

Pinar            Tout d'abord, la partie occidentale de l'île : on y accède depuis La Havane par une route tout à fait bonne (c'est suffisamment rare pour le souligner) ; vous y êtes seul, vraiment seul, traversant des paysages magnifiques, champs et rizières parsemés de palmiers royaux (typiques de Cuba, au tronc très haut, très droit et blanc).

            Pinar del Rio est une toute petite ville, esseulée et peu prisée des touristes car étape sur la route de Viñales : pourtant, c'est un lieu extrêmement intéressant pour comprendre la vie cubaine. A la fin de l'après-midi, les gens se promènent dans les rues, sorte de paseo local, et s'assoient sous les colonnades qui bordent tous les maisons. Celles-ci sont de couleur pastel, le plus souvent, ou grises et la galerie en est le lieu de vie par excellent comme partout à Cuba ;Pinar_2 dans la rue principale, les magasins sont vides. Au détour, une visite à la bibliothèque révèle des aspects plus profond du régime castriste : accent sur l'éducation et la lecture, une des livres nombreux donc, mais soumis à la censure et au blocus ; ainsi, les livres datent au plus tard des années 1960. Des bibliothécaires tout à fait aimables nous ont expliqué que les livres sont donnés par des Cubains ou des pays frères, mais sont triés d'abord à La Havane. Ne percent donc que la vulgate autorisée... Beaucoup de romans classiques français, en espagnol ou en français d'ailleurs, mais aussi une section consacrée à l'"Union soviétique". Mouahahahahahaha !!! En tout cas, la qualité du français parlé par de nombreuses personnes dans les rues prouve le dynasmime de l'Alliance française locale. Une petite ville qui ne paye pas de mine, mais où l'on apprendra beaucoup sur Cuba...

            A une heure de route de Pinar del Rio se situe Viñales, petit village connu pour ses cigares et ses mogotes, de superbes formations géologiques identiques aux pains de sucre de Guilin en Chine ou de la baie de Rio de Janeiro : ces collines escarpées, surmontées d'un végétation luxuriante,Fresque ponctuent le splendide paysage. J'avoue être restée bouche bée, quelque chose d'originel se dégageant de ce panorama hors du temps. Quelques fermes aux toits de feuilles parfois, quelques routes discrètes contournant les champs de tabacs... La visite du lieu vaut la peine, pour la production des cigares (j'en avais déjà parlé), les fruits tropicaux vendus au bord des routes, les mogotes ou des moments plus drôles comme la fresque préhistorique commandée par Fidel Castro et peinte sur l'aplomb rocheux d'un mogote. Drôle, notamment parce que les couleurs sont vraiment laides, qu'on y voit des humains et des escargots... En revanche, vous croiserez un peu de touristes ici : les cars font l'aller-retour dans la journée à partir de la Havane, et certains étrangers passent quelques jours dans les chambres d'hôtes du village qui se multiplient. Bon, en même temps, on n'est pas non plus à Angkor ou au Louvre...

Vinales_2

            Intéressons-nous maintenant à la partie orientale de l'île, très allongée donc des kilomètres et des kilomètres sur des routes au moins cahoteuses, au plus cahotiques (hahahahaha !!!). Les paysages sont partout magnifiques, successions de champs et de vergers, régions montagneuses où les vallées sont ponctuées de superbes palmiers, peu de zones urbaines et industrielles, habitat rural ponctuel... De plus, les routes sont dans un tel état (et l'autoroute n'est pas la mieux lotie !) qu'il faut s'octroyer des pauses : autant en profiter pour admirer la beauté des panoramas !

Paysage

M_morial

            La côte nord recèle quelques beautés dans de petits villages, mais elle est grand-chose puisqu'elle est surtout marquée par les resorts balnéaires de Varadero notamment (grands hôtels, tourisme de masse),Che celles des cayos et de Guardalavaca (plus retirés, parfois très sélects).
            Santa Clara donne une image assez fidèle des villes de l'intérieur : plane, toute en angles droits, aux rues pleines de monde en journée, avec quelques petits musées (l'Etat castriste est un régime muséificateur : le nombre de musées sur tout et n'importe quoi au km² est hallucinant), mais on vient surtout à Santa Clara pour sa Plaza de la Revolucion et son Mausolée du Che. C'est en effet ici que les restes (retrouvés miraculeusement trente ans après sa mort dans la jungle bolivienne... ahem...) du Che sont révérés, dans une sorte de grotte reproduisant l'endroit où Il est tombé. Une statue gigantesque, des hauts-parleurs les chants guévaristes, et un musée rassemblant quelques reliques (le fameux béret)... Un détour qui permet de comprendre à quel point la magie de l'image opère encore ; et dans ce genre de lieu vous ne trouverez, outre les écoliers cubains, que quelques touristes...Cienfuegos Français, toujours français les touristes qui visitent ce genre d'endroit...

            Au centre de l'île, Cienfuegos est une étape intéressante : ville prospère au XIXème siècle, ses rues et son centre colonial de Pueblo Nuevo en ont gardé la trace. Ici, les bâtiments sont en meringue pastel, un petit écrin pour touristes, mais dès que vous quittez le quartier central, des bâtiments plus décrépis mais plus intimes s'offrent à votre regard. Enfin, la Punta Gorda, péninsule qui prolonge la ville, est extrêmement intéressante et magnifique : s'y lovent nombre d'anciennes demeures aristocratiques, reconverties parfois en hôtels ou en clubs. C'est le cas notamment du Palacio del Valle dont l'architecture et la décoration allient styles néo-mudejar et néo-gothique. Et quand c'est néo-néo, cela ne peut qu''être très olé-olé...

Cienfuegos_2  Punta_Gorda

Trinidad_3Trinidad_2

           Une des trois perles cubaines (dans mon classement personnel) est Trinidad : le joyau colonial, lové entre ses montagnes sèches et à quelques jets de pierre seulement de la mer des Caraïbes. Il fait d'ailleurs plus chaud ici, et l'atmosphère devient plus nonchalante. Cette toute petite ville endormie est constituée d'un ensemble architectural magnifique et extrêmement soigné de palais et églises du XVIIIème siècle. Classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO, Trinidad fascine car on y admire, au détour d'une rue, lors d'une tranquille promenade, d'anciens couvents, l'intérieur des maisons coloniales devenues musées ou les ruines de l'Iglesia Nuestra Señora de la Candelaria qui domine la ville. Un petit bijou...

Trinidad  Trinidad_4

            On retrouve cet esprit à la fois colonial et nonchalant à Sancti Spiritu, où l'on comprend qu'une des visites récurrentes d'un séjour à Cuba est celle de maisons coloniales devenues musées comme le Palacio del Valle-Iznaga (Museo de Arte Colonial). Les ressemblances entre toutes ces maisons sont évidentes, les imposants (voire lourds) meubles en bois, les pièces de porcelaine ou de verre importées d'Europe... Parfois, quelques-unes ressortent pour leur extrême bon goût ou leur fantastique mauvais goût ! Cela vaut le coup d'en visiter quelques-unes, notamment dans les endroits plus reculés.Camag_ey_2

            Toujours au centre de l'île mais plus au sud, Camagüey offre un spectacle urbain encore différent : un lacis de petites rues, pavées parfois, et bordées de grandes fenêtres et portes grillées surmontées de décorations Art Déco. Camagüey est la ville natale d'un des grands poètes cubains, Nicolas Guillén,  et les tons pastels des maisons comme la succession de petites places et d'églises confèrent une sérénité à la ville toute entière, ce dédale de maisons coloniales décrépies prenant des aspects mystérieux au crépuscule...

Camag_ey_3     Camag_ey

Santiago_5            A l'extrémité sud de l'île, Santiago de Cuba est la seconde perle de Cuba : la Perle des Caraïbes sur son écrin escarpé. Y sont venus nombre d'immigrants caribéens, et la population locale reste très métissée. L'ambiance est nettement différente ici : grand port, l'interlope y croise le mondain, les milieux se mélangent, la séduction fait rage...
            La ville s'organise autour du Parque Céspedes, une superbe place ombragée où s'asseoient les habitants pour bavarder. Elle est entourée de l'imposante cathédrale rose et crème, du très étonnant hôtel Casa Granda blanc, de l'hôtel de ville néo-classique bleu et blanc, et surtout de la superbe Casa de Diego Velazquez en bois foncé. Sans doute la plus belle maison coloniale que j'ai visitée en Amérique latine, c'est dire :Santiago_4 une architecture étonnante avec une succession de pièces aux niveaux décalés, un premier étage formé autour d'un patio de bois foncé et des sortes de moucharabiehs, des meubles et des objets plus anciens que dans les autres demeures (XVIème et XVIIème siècles) : un endroit sublime donc, à visiter absolument ! Cette place est aussi une occasion unique pour voir et comprendre la vie locale, un centro recreativo propose des activités aux habitants à l'angle de la rue (des échecs, notamment), la galerie du "Casa Granda" permet de siroter un cocktail (décevant) tout en regardant les Cubains bavarder, séduire ou rire ; le même établissement possède une terrasse d'où la vue sur les toits de tuiles de la ville est superbe.
            Dans les autres quartiers, Santiago offre un dédale de rues décrépies, mais qui gardent les traces de son prestige passé et un charme certain : anciennes villas, parfois rénovées, un très intéressant marché local également. Les quartiers les pus vétustes sont situés en contrebas du Parque Cespédes, et plus en amont, notamment autour de la Plaza de los Dolores, les bâtiments sont restaurés et abritent les musées de la ville.


Santiago_2  Santiago Santiago_3

Santiago_6            Les quartiers extérieurs égrènent des lieux prépondérants de l'histoire cubaine : la fameuse caserne de la Moncada, tout de jaune peinte, où Fidel Castro lança son premier assaut par exemple.Santiago_11 On peut encore y voir les orifices causés par les balles tirées alors mais... ils ont été reformés après que Batista les eût faits combler !!! Ce quartier a un visage solennel, avec le Parque Abel Santamaria et son cube de granit surélevé, puis la Plaza de la Revolucion et son immense statue d'Antonio Maceo à cheval au milieu d'une forêt de pieux métalliques. Vous aboutissez ensuite au cimetière de Santa Ifigenia où reposent nombre de héros de l'histoire cubaine (José Marti, carlos Manuel de Déspedes...). Cet endroit vaut surtout le détour pour la relève de la garde du mausolée de Marti... un grand moment de solennité...

            A quelques kilomètres de Santiago se situent deux endroits qui valent le détour pour leur intérêt paysager et culturel. El Morro tout d'abord est un fort  espagnol dominant la baie de Santiago ; de là-haut, on peut admirer le panorama de la ville, son port se détachant sur les montagnes de la Sierra Maestra et la côté caraïbe. Santiago_10A une trentaine de kilomètres se trouve le sanctuaire de la Vierge du Cuivre, El Cobre. Ici se seraient produits plusieurs miracles dus à la Vierge, souvent révérée de manière syncrétique avec la déesse Ochun dans la santeria, religion animiste locale. L'architecture de l'église n'est pas magnifique, c'est plutôt le cadre qui est superbe : un édifice à bulbes rouges se dressant dans un écrin de verdure au sommet d'une colline. A l'intérieur, le plus émouvant se trouve dans une des chapelles situées à l'arrière du choeur : Santiago_11on y trouve entre autres suppliques celles adressées à la Vierge par les familles des réfugiés politiques aux Etats-Unis ou des prisonniers politiques à Cuba, priant pour la paix dans leur île et le retour des leurs. Le pouvoir laisse ici s'exprimer des revendications et des critiques nulle part ailleurs autorisées ; et ce, non par respect pour la religion catholique, qui importe peu aux castristes, mais parce qu'un exutoire aux mécontents est toujours nécessaire. Très émouvant, réellement...

Santiago_9   Santiago_8

La_Havane           Enfin, voici la troisième perle de Cuba, sans doute la plus magnifique et représentative de l'île : La Havane. Cette ville n'est pas facile à décrire, c'est une ambiance, une sensation. Bien sûr, de nombreux endroits incontournables justifient de se promener à pied dans tous les quartiers de la ville : des musées plus ou moins bien tenus, des expositions d'artistes connus et inconnus (j'ai ainsi découvert les toiles dérangeantes et saisissantes du peintre équatorien Guayasamin, notamment un sublime portrait de Fidel Castro ; malheureusement, le musée consacré à Wilfredo Lam était en rénovation).
            C'est par le quartier de La Habana Vieja qu'il vaut mieux commencer : rues pavées, immeubles restaurés, la superbe Plaza de Armas, l'église et le couvent de San Francisco de Asis et l'étonnante façade de la cathédrale. Tout au long des rues de ce quartier s'égrènent d'anciens palais, d'anciennes maisons aristocratiques, souvent à l'abandon.La_Havane_3 Mais la rénovation est en marche (comme la révolution... !) : les bâtiments sont restaurés, peints en couleurs pastel... C'est donc le seul endroit où vous croiserez beaucoup de touristes ; mais tous les efforts sont faits par le gouvernement pour qu'il n'y ait pas de gentryfication. Ainsi, le centre touristique est habité par des Cubains implantés dans le quartier depuis des décennies. Malgré tout, on ne peut empêcher une ville touristique de changer de visage, et l'on regrette déjà ce qui va sans doute se passer prochainement : la muséification du centre... Enfin, il ne faut surtout pas hésiter à pousser la promenade au-delà de la Plaza Vieja et derrière le port pour se perdre dans des rues moins pimpantes et plus poussérieuses : c'est ici que vous verrez La Havane d'il y a quelques années, avec ses quelques marchés.


La_Havane_5            La quartier autour du Parque Central et du Parque de la Fraternidad est tout autre, mais aussi passionnant : la ville est ici en pleine représentation, c'est une succession de bâtiments pompeux parfois mais toujours magnifiques, officiels ou culturels comme le sublimissime Grand TeatroLa_Havane_2 ; ils manifestent la période faste de Cuba dans la première moitié du XXème siècle. La promenade du Prado, ombragée, permet d'admirer les façades décrépies des maisons à colonnades et à superbes encadrements de fenêtres qui bordent la rue. Les arcades sont omniprésentes et confèrent un aspect majestueux à la ville.

            Enfin, les quartiers plus excentrés du Vedado, de Miramar et de Cubanacan sont plus résidentiels et l'on parvient en les traversant à imaginer ce que devait être la ville et sa population aux moments des fastes pré-révolutionnaires : grandes villas, avenues majestueuses et calmes bordées d'arbres... La sortie de La Havane pour prendre l'autoroute (qui n'est jamais indiquée et qui ressemble à tout sauf à une autoroute !) permet notamment d'admirer diverses ambassades : comme celle de la France, avec son bâtiment néo-vénitien, ou encore l'imposant édifice soviétique de l'ancienne ambassade d'URSS que la Russie a conservé...

            Trois perles majeures dans cette île de Cuba, mais aussi nombre de petites villes et de villages qui recèlent des trésors de beauté, constituant autant de petites joyaux !

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21 mai 2008

Cuba : le reliquaire castriste de l'Amérique des Fifties.

            Cuba, enfin !!!Carte_Cuba

            Préparez-vous, parce que c'est du lourd : des articles tellement énormissimes que vous allez devoir sortir les bésicles pour les lire, et tellement hyper condensés que ton taux de concentration va dépasser celui du sucre dans le Coca-Cola. Oui, je suis en forme : 500 caractères de chinois, ça te réveille une moufette !
            Quelques données préalables tout d'abord pour être bien sûr que l'on parle de la même chose : cette île située dans la Caraïbe a la forme d'un crocodile, long de 1 000 km et large d'environ 200km, avec une chaîne de montagnes dans le sud qui culmine à 1 900m. On ne ricane pas au fond, c'est important pour la suite... Tsss...

            L'arrivée à Cuba est un pas dans un autre monde : les structures métalliques de l'aéroport sont rouges. Et l'aéroport s'appelle José Marti, un des grands héros de l'indépendance cubaine de 1898. Vous le verrez partout. Vraiment partout, à l'instar de deux autres visages que l'on voit absolument partout : Ernesto "Che" Guevara et Fidel Castro. Parce que l'on vit ici évidemment à l'ère de la Révolution, toujours en marche, de la gloire cubaine, du non-alignement de l'île sur... quoi que ce soit d'ailleurs. Le castrisme se veut bien portant, se montre tel, au contre-exemple de son inspirateur Fidel Castro qui s'éteint progressivement ; sa relève guette, précédée par le frère Raul et les fidèles lieutenants. Pendant ce temps, le pays continue de vivre socialistement : et c'est important, parce que concrètement, en tant que touriste vous en verrez et en subirez partout les avantages et les inconvénients.
            Les premières choses que le touriste remarque le long de la route conduisant de l'aéroport à La Havane, ce sont les dizaines de personnes marchant le long des routes ou faisant du stop, les maisons austères, semblables mais "en dur" de la "banlieue" et enfin, l'absence absolue de panneaux publicitaires. CheDans les villes comme dans les campagnes, il n'y en a vraiment aucun (pour tout dire, même en Birmanie, il y en avait plus...) : la publicité est remplacée par des affiches toutes différentes à la gloire du peuple cubain, du Parti, de Castro et surtout de l'inestimable, omniprésent et divinisé Che Guevara. D'un point de vue visuel, j'avoue que c'est un très agréable soulagement que JCDecaux ne soit plus sous mes yeux ; humainement, la propagande et le lavage de cerveau font rire, ahurissent (si ce verbe est transitif) puis agacent : les slogans sont porteurs de valeurs qui souvent me sont très chères, de plus elles me permettent de faire progresser ma pratique de l'espagnol comme ma compréhension des ressorts de la propagande castriste également (quand vous arrivez dans n'importe quel hameau, vous êtes accueilli par le panneau du comité populaire du coin...). Mais les icônes... au bout de trois images répétant sempiternellement les mêmes traits, les mêmes yeux tournés vers l'avenir, vous avez peur : Cuba s'est-elle figée dans le culte de la personnalité ? Oui, c'est un premier point bien établi, vous LE verrez partout. Le leitmotiv du Che est un moyen aisé pour soutenir la propagande castriste, au détriment des réalités peu glorieuses de l'histoire de Guevara, icône pratique pour Castro car 1) le Che est mort, donc plus facile à diviniser ; 2) la photo retouchée qui a fait le tour du monde le présente sans aucun doute sous son meilleur jour, et sous le meilleur jour qui soit pour camper le révolutionnaire aspirant à un avenir meilleur pour l'humanité.
            Parmi tous ces panneaux et slogans, sur la révolution, contre le blocus américain, pour le bien de l'humanité, la révolution énergétique ou l'éducation comme priorité, j'ai eu beaucoup de mal à choisir le panneau à vous montrer : j'en ai 448 en photo... Mais le plus beau est sans aucun doute ce "Vamos bien !" (Nous allons bien !) clamé à la face du monde :

Vamos_bien

            
Magasin            Autre aspect éminemment lié au castrisme, c'est l'absence d'approvisionnement de l'île : à l'exception des quelques chaînes hôtelières étrangères installées sur les plages et autorisées au compte-goutte par l'Etat à s'approvisionner par elles-même (mais vous en saurez plus dans l'article sur la gastronomie cubaine), vous ne trouvez RIEN. Bien seule depuis la chute du Grand Frère soviétique, Cuba tente de subsister, de produire ses propres denrées et biens de consommation tout en justifiant le manque par le refus de la société de consommation... Il est évident que le blocus américain, bien soutenu par le lobby cubain grassement installé en Floride, n'arrange pas du tout les choses, et la vie quotidienne des Cubains s'en ressent : vous ne trouverez donc à Cuba absolument aucun magasin de marque étrangère, presque aucun magasin d'ailleurs (et quand il y a un, les vitrines et les rayons sont vides) si ce n'est quelques boutiques de tableaux pour les touristes. Absolument rien d'autre. Aucun artisanat ou très très très rare. Et les prix ne sont pas bon marché, évidemment, vues les difficultés pour s'approvisionner : alors, si c'est pas donné pour une touriste, qu'en est-il pour les Cubains !!!
            Ici, le revenu moyen est de 15€ par mois... mais attention, il faut considérer ce que cela représente réellement : je pense qu'il s'agit ici en réalité de "l'argent de poche". Je m'explique : les "avantages" d'un Etat socialiste (ou du Qatar, mais c'est une autre histoire) sont de fournir à ses citoyens éducation et santé gratuits, tout comme le logement (et j'imagine l'eau et l'électricité : d'ailleurs, concernant celles-ci il semble que toutes les maisons en soient pourvues) et une partie des repas si l'on travaille. Le problème est donc de trouver du travail... L'habitat est bien plus salubre et correct que dans nombre d'autres pays, et l'on ne peut même pas parler de quartiers "pauvres" ou "riches" puisque tout le monde a le même niveau de vie, le même type de logement ; seuls peut-être les quartiers historiques sont un peu différents. Pour changer de logement à Cuba, pas d'achat, de vente ou de location : on laisse une affichette où l'on explique que l'on veut permutar : "j'ai un trois pièces au deuxième étage, je cherche un quatre pièce à n'importe quel étage. Qui peut échanger ?". Cela rappelle les kibboutz, mais à une échelle de 11 millions d'habitants... Enfin, pas du tout de banlieues, pas de longue étendue urbaine : on passe directement des logements et des rues du centre à la campagne. très étonnant, le communisme sans l'urbain : un peu comme au Laos...
            Ainsi, la population n'a pas l'air en très grande détresse physique, les gens se portent même très bien en terme de poids, et Cuba est en train de devenir une destination majeure du tourisme médical (spécialisé dans l'ophtalmologie) tout comme elle envoie ses médecins gratuitement aux pays amis qui en ont besoin (Haïti). Pour les prochaines années et une réintégration du monde libéral, l'industrie pharmaceutique est une des voies à privilégier, car l'île est déjà très bien placée en cette matière (recherche scientifique, hautes compétences) et pourrait permettre un développement de qualité sans passer par les écueils qui guettent : prostitution, drogue, jeux, armes...Cariole

          Concernant la vie du touriste ici, voici quelques informations : pour se déplacer et faire en sorte de voir un peu plus que La Havane, il faut louer une voiture et ne compter ni sur les bus locaux (assez chers) ni sur les trains (quasi non utilisés pour les personnes). Quant aux autres moyens de transports, ils sont majoritaires ici et vous les croiserez sur votre route : calèches, carrioles tractées par des boeufs ou des chevaux, cyclopousses. Et attention, ici, cela n'a rien à voir avec une quelconque attraction touristique, puisque les touristes n'ont pas le droit de les prendre... Explication : Cuba fonctionne selon un subtil système de double monnaie, les touristes payant en CUC (peso convertible), tandis que les Cubains payent en CUP (peso non convertible). Cela n'a aucune incidence pour le touriste, sauf que les Cubains essaient le plus possible de se procurer des CUC plus intéressants. Le conducteur paye sa licence à l'Etat en CUP, donc il ne peut être rémunéré en CUC sinon il s'en mettrait plein les poches ! Et ça, ça craint... Voici donc sans doute le seul pays où, hors de La Havane (ville où le tourisme est roi), les calèches, carioles et cyclopousses sont exclusivement réservés aux locaux. Mention spéciale ici aux voitures : à Cuba, les rares automobiles récentes sont celles de location, pour les touristes ; les autres sont des taxis collectifs et se matérialisent en de superbes voitures américaines des années 1950, bichonnées, soignées, magnifiques... On passerait des heures à les admirer, j'avoue avoir un faible pour les bicolores ; vous pouvez en acheter une, mais pas la sortir du territoire puisque Fidel les a déclarées patrimoine national !

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Carriole            Quant aux Cubains, ils se déplacent donc essentiellement à pied, le long des routes, afin de rallier un point de passage (ce qui explique ce que j'avais vu sur la route de l'aéroport) où ils feront du stop : aux carrefours, sous les ponts, pour trouver un bus (peu nombreux), un camion, un taxi collectif ou une rare voiture particulière. Mais ils ne seront pas seuls : non contents d'être toujours une vingtaine, ils sont accompagné d'une "préposé au stop" (habillé de jaune) qui tient le registre des arrivées d'auto-stoppeurs et arrête les voitures et camions pour leur imposer de prendre un auto-stoppeur. Oui, vous avez bien lu : nos voyages en France comme en Europe pourraient s'organiser bien plus simplement avec cette méthode...

Autoroute            Enfin, un point Bison Futé est nécessaire : les routes cubaines... Hum... Vous serez obligés de les éprouver pour visiter l'île, les "éprouver" j'ai bien dit. Nous avons fait plus de 2000 km pendant ce voyage et nous avons vu les pires autoroutes et routes nationales que nous ayons jamais vues (et pourtant : nous avons tous quatre beaucoup voyagé... Seule une route birmane me paraît du même calibre...). Les autoroutes ont été construites sous Battista dans les années 1950 : 1) cela rappelle à quel point à cet époque Cuba était en passe de devenir un Etat américain supplémentaire ; 2) elles n'ont pas été retouchée depuis sauf pour boucher de temps à autre un bache, nid de poule. Sauf que ces revêtements se chevauchent, les camions et bus roulant à toute vitesse en ont détaché des bouts, et qu'il s'agit maintenant de nids d'autruche...
Autoroute_2            Prendre l'autoroute est donc une aventure fort sympathique : vous y serez désespérément seul, avec votre voiture ; autour de vous, de loin en loin, une carriole en sens inverse ; des boeufs traversant la route ; des auto-stoppeurs. Souvent la double voie n'existe pas et la voie contraire disparaît : aucun panneau ne vous le signale, votre voie s'arrête tout à coup et vous devez tant bien que mal basculer sur la voie de gauche. C'est super fou. Le plus beau tronçon est sans aucun doute situé à Santiago de Cuba : l'entrée dans l'autoroute est splendide, des bosquets, des fleurs, une double voie avec chacun son sens pendant... 50 mètres. Après on revient à l'autoroute à la cubaine. Les routes nationales sont correctes (la carretera centrale traverse heureusement le pays presque en entier), mais nombreux sont les nids de poule et les problème de revêtement ; pour finir, certaines routes sont dans un état bien pire que les pistes africaines (et pourtant, j'étais avec deux connaisseurs du continent africain) du fait du revêtement goudronné : 16km en 1h30, sans savoir comment les essieux, les amortisseurs et mes cervicales ont tenu le choc. Effectivement, l'emploi du cheval est fortement conseillé...

Florida            Concernant les hôtels et les restaurants, on se retrouve aussi devant les conséquences de la main-mise de l'Etat. La Havane, toujours, est à part : le tourisme y est un peu plus visible qu'ailleurs (la plupart des groupes y font une pause, puis vont se dorer la pilule sur les plages), et quelques très belles maisons coloniales ont été restaurées avec beaucoup de goût et accueillent les touristes pour une somme assez rondelette tout de même (70€ à deux) ; c'est évidemment la meilleure manière d'être au coeur de la ville et bien logés. Quelques grands hôtels comme le "Nacional", des années 1930, est dans le même ordre de prix. Et pour le reste, il faut aller dans des pensions, ou casa particular, tenues par des Cubains. Eux ont tout intérêt à les remplir, parce qu'ils payent une taxe à l'Etat très élevée quelque soit le remplissage, et pour le touriste c'est l'occasion de contacts bien plus chaleureux et intimes avec la population. Même chose pour les restaurants H_tel_Melia: le restaurant du grand hôtel de la ville ("grand hôtel" qui se résume parfois à un deux étoiles soviético-vieillot : mais c'est tellement plus drôle !) mal approvisionné et décevant par son no hay récurrent, et les paladares, restaurants privés autorisés depuis quelques années et qui sont des tables d'hôtes. Nous avons essayé la formule, 18 CUC le dîner (salade, riz blanc, grillade de la mer dont langouste congelée sans aucun doute malgré les dénégations..., café et ananas) : un peu décevant du point de vue gustatif, mais très enrichissant du point de vue humain. On pose des questions sur la vie quotidienne, les enfants, le travail, la fréquentation du lieu...


H_tel_Melia   H_tel_Melia_2

Ben oui : on ne s'en fait pas !!!

                       Quant aux touristes... Que dire...
            Vous en verrez quelques-uns à La Havane, en groupes parfois, par deux ou trois parfois ; vous sortez de La Havane : vous n'en verrez plus aucun, sauf si vous allez sur les plages du Nord où sont concentrés les stations balnéaires tout compris, deux en un (plage+nourriture). Vous pouvez tenter cette expérience, je l'ai fait moi aussi dans deux stations, à Guardalavaca ("Garde la vache" : mouahahaha, j'adore !) dans un complexe touristique 4* pas mal, puis à Cayo Santa Maria dans un 5*. Oui, on ne s'en fait pas. Dans le premier, vous passez votre temps à maudire les gamins qui hurlent dans la piscine, qui vous empêchent de siroter votre fade cocktail gratuit et vous lisez, vous mangez (tout est compris, donc tout est gratuit et à volonté). Dans le 5*, vous faites la même chose mais en plus sélect : celui que nous avions choisi était interdit aux moins de 18 ans... Tranquilité, spa et massages, buffets gigantesques (un peu mieux approvisionnés, chaîne hôtelière étrangère oblige !), piscineS (oui, plusieurs), plage splendide, restaurants. Tout est ceci est idéal pour se repose, se resourcer, rencontrer l'âme soeur peut-être mais en tout cas rencontrer des Canadiens (ils forment le premier contingent de touristes à Cuba, car eux, à la différences des Américains, ont des vols directs pour l'île et n'ont pas la Floride pour les plages...). Avantage certain de la présence des Canadiens et du personnel cubain : personne n'est mince, donc on oublie son poids... Tout cela va bien deux jours ; non, trois jours plutôt. Puis, on s'ennuie. Et on se dit que tous ces gens ne sauront absolument rien de Cuba en repartant. Et c'est bien dommage.

            Car ceci doit être dit : cette île est exceptionnelle, historiquement, politiquement. J'en parlerai dans quelques jours, mais les paysages sont sublimes, les villes coloniales assoupies et splendides, les petits villages plein d'intérêts. Et ce pays est très... loufoque, sur un grand nombre de points.
            Faites vite, allez-y avant que la main ne passe à d'autres, plus réalistes politiquement sans doute (et la population pourra souffler un bon coup pour sa liberté politique ; qu'en sera-t-il des conditions de vie, en revanche : je ne suis pas sûre qu'elles aillent en s'améliorant, en tout cas au début...) et surtout avant que les Américains n'y mettent le pied. Car sans verser dans l'anti-américanisme primaire, le risque est là : quand Castro aura définitivement passé dans l'autre monde, les Etats-Unis feront tout pour régler le différend territorial qui les oppose à l'île et reprendre pied fermement par des achats immobiliers, des installations, un mode de vie et un mode d'être qu'a déjà connu l'île, lorsqu'elle était le "bordel" des Etats-Unis au milieu du XXème siècle.

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06 avril 2008

Malte : l'italianitude britannique.

            Allez, un troisième séjour à Malte et ça se confirme, je m'y amuse bien même si ça n'est pas facile d'y conserver et son teint blanc gothico-pâlichon et son tour de taille de guêpe...
            Malgré les récentes publicités dans le métro, commises par Air Malta et l'Office du tourisme de Malte, pas de paillettes, pas de flonflons et finalement pas de hausse spectaculaire d'un tourisme de masse venu chercher les plages de sable. Un tourisme familial essentiellement, parce qu'ici, tout est simple. Et voici quelques indications pour comprendre le charme tranquille de cet écrin méditerranéen.
Mdina            Un héritage historique récent follement drôle, tout d'abord, et qui se manifeste dans la gastronomie, les coutumes, la langue ou les paysages : le principe du millefeuille appliqué à l'histoire... Succédant à une longue période sicilienne puis arabe, une très brève période française puis cent cinquante ans de colonisation britannique soldées par une indépendance en 1964 : voici les ingrédients du mélange culturel. Le paysage visuel et sonore est clairement italien : l'impression donnée par les ex-votos présents à chaque porte, les églises emplies jusqu'à ras bord et le fait que l'on ne fait rien sans aller voir un prêtre. P_tisseriesCloches et messes donc, mais aussi chant de la langue maltaise aux nombreux emprunts italiens, et consommation forcenée (oui, forcenée !) de délicieuses glaces à l'italienne, de pâtes et de pizzas. Cette italianitude est complétée de réminiscences arabes : maisons blanches assez austères aux toits plats, en grappes le long des routes et autour des citadelles, sonorités et construction grammaticale de la langue, pâtisseries aux dates, figues, fruits secs et miel... Le britannisme ornemente encore tout cela : tout le monde est anglophone ici, avec un accent rare, rond, rebondi et traînant, et se délecte de nombreux us de la british way of life : l'amour du foot, également italien (et quelle difficulté pour les Maltais lors d'un match opposant Anglais et Italiens !), infrastructures et organisation sans faille, muséographie parfaite, les trois "té" (ponctualité, propreté, sécurité) et bien sûr la tradition des chips