30 mars 2008
Retour à E. M. Forster.
E. M. Forster. Le charme de deux initiales mystérieuses...
Edward Morgan fait un retour en force ces derniers jours grâce à Arte (mais pas en VO : quelle idée saugrenue !). Retour en force cinématographique qui, je l'espère, vous donnera envie de vous plonger dans les textes originaux.
Parlons d'abord de cinéma : les adaptations des différents romans de Forster sont le plus souvent excellentes (je dis ceci du haut de mes quatre films vus sur cinq...) : direction d'acteur, choix artistiques, photo, costumes et dialogues toujours impeccables. James Ivory nous régalait il y a quelques jours du subtil Retour à Howards End (Howards End, 1910) sorti en 1992 avec Anthony Hopkins, Emma Thompson et Helena Bonham Carter ; et hier soir, le même nous livrait l'adaptation d'Avec vue sur l'Arno (A Room with a View, 1908), intitulé Chambre avec vue (1986) et qui rassemble les inénarrables Maggie Smith, Daniel Day-Lewis, Helena Bonham Carter et Rupert Graves. Enfin, ce soir, Maurice, délicat et tout en finesse, avec Hugh Grant, James Wilby et Rupert Graves, toujours dirigé par le même réalisateur, James Ivory, secondé du même producteur, Ismail Merchant. Du lourd, donc...
La rediffusion de ces chefs-d'oeuvre extrêmement bien
menés, délicats et raffinés, aux acteurs d'une rare sobriété,
essentiels mais pas envahissants, pose tout de même une question importante : est-ce une bonne idée de les voir tous à la suite ? Leur univers culturel, visuel et intellectuel est tellement homogène qu'une certaine lassitude pourrait s'installer... Conclusion : enregistrer et visionner séparément... J'ose espérer en tout cas que cette série se poursuivra avec la diffusion
bientôt de La Route des Indes (1985) de David Lean qui, pour sa part, détonne totalement : adaptation avec Judy Davis de A Passage to India
(1924), roman profond et intrigant dont je vous touche un mot dans quelques instants. Enfin, non encore vu mais ardemment recherché, Where Angels Fear to Thread (1992) de Charles Sturridge, avec Helena Bonham Carter, Rupert Graves, Judy Davis et Helen Mirren vue plus récemment dans The Queen. La conclusion à tirer de tout cela est que l'on retrouve finalement toujours les mêmes acteurs autour du même romancier : je ne suis pas friande de ce type de "coïncidences", d'habitude, mais quand le talent est au rendez-vous...
Tout ceci devrait, je l'espère, vous engager à lire les romans de E. M. Forster, d'autant que vous connaissez désormais la signification de ces deux initiales. Et d'abord, tâchons d'éclaircir le pourquoi d'un tel engouement cinématographique pour ses romans. En fait, cet auteur respecte une technique idéale pour le film : unité de temps et unité de lieu réduites, et unité "familiale". Pas besoin donc de multiplier les espaces et les personnages. La bienséance est questionnée en permanence,
la femme cherchant et revendiquant son indépendance envers sa famille et la société (Howards End, Avec vue sur l'Arno), et la jeune femme ou le jeune homme découvrant l'amour (Maurice, Howards End, Avec vue sur l'Arno). Ceci décrit avec le style classique britannique, maîtrisé et contenu, à l'image des propos et gestes de ses personnages, et qui brille en quelques occasions bien choisies de fines réparties et de dialogues piquants. Devant une telle maîtrise, on n'a qu'une envie : se plonger dans Aspects du roman écrit par Forster en 1927, histoire de voir comment il théorise sa propre pratique et celles d'autres romanciers.
Encore fortement teintée de conventions et de morale victoriennes, la société anglaise que Forster décrit est ambivalente : elle décrète un rôle de représentation aux épouses et de bienséance aux jeunes filles, mais tient compte et valorise (le côté "bohème" a toujours été à la mode chez les élites, même si elles affichent un rejet bon teint) un esprit plus indépendant, les connaissances culturelles et linguistiques, le voyage et la participation aux salons... Les suffragettes ne sont pas loin. Tout le problème est de concilier les deux. A mon goût, Forster peint avec une plume encore rarement égalée les ressorts culturels et sociaux sur lesquels fonctionne cette société, la manière dont le temps passe avec lenteur, la désagrégation des idéaux et des relations, et surtout la nécessaire porosité des barrières sociales et les difficultés, parfois si rapidement surmontées voire balayées, pour les franchir.
Une partie de l'oeuvre de Forster pourrait être intitulée "la découverte de l'amour" : Howards End, Avec vue sur l'Arno et Maurice explorent tous les différentes étapes dans la découverte de l'autre et surtout de soi. Helen Schlegel et Lucy Honeychurch représentent la jeune fille idéale, passionnée et têtue, tandis que la douce Margaret Schlegel croise plus sereinement le chemin de l'amour, et parvient au bonheur avec douceur mais insistance.
Plus éloigné, A Passage to India
(1924) s'intéresse moins à l'amour qu'à la confrontation des civilisations : une jeune Anglaise, partie épouser un fonctionnaire
installé en Inde, s'éloigne des conflits de l'époque pour
découvrir l'Inde qui l'entoure, et notamment les grottes de Marabar. Je
ne vous en dis pas plus (c'est rare, profitez-en), je préfère conserver
toute la tension de l'intrigue, qui met cette jeune institutrice face à
la violence, la moiteur, la sensualité indienne. Racisme, préjugés et
rencontre Orient-Occident... Quant à Maurice, c'est le jeune homme qui est matière à roman ici : Forster explore les méandres difficiles de la révélation, à soi-même surtout, de l'homosexualité. Tout d'abord au sein de l'université, au gré des connivences et des amitiés, puis dans sa vie d'homme où l'attirance partagée est effacée, réprimée et comprimée par les familles et les conventions. La description des affres de l'amour, du délaissement et de la force puisée en soi sont peints avec une rare finesse et beaucoup de sensibilité. En un seul mot : un respect rare exempt de voyeurisme et sans prétendue "tolérance".
Quel mot horrible... Ne serait-il pas préférable, au lieu d'être "tolérants", d'être plutôt indifférents à la sexualité des autres (qu'elle soit juste épanouie !) et heureux du bonheur de chacun ?
Le recueil de nouvelles De l'autre côté de la haie édité à l'origine en 1947 entrouvre une porte sur un univers étrange, à l'écart de celles développées dans les romans. A découvrir, donc, pour bien comprendre à quel point Forster n'écrit pas de la "littérature pour jeunes filles". Quant à Monteriano, intitulé en anglais Where Angels Fear to Tread (1905), je ne l'ai pas encore lu : il m'attend sagement sur la table de chevet, dans une vieille édition anglaise rapiécée achetée dans le sublime village de Hay-on-Wye. Un jour, je vous parlerai de ce temple du bonheur de la moufette...
En parlant d'initiales, il faudra un de ces quatre matin évoquer J. R. R. (Tolkien) à l'occasion de la sortie des Enfants de Hurin.
29 mars 2008
Worst Academy : ça continue et ça fait mal...
La Worst Academy a commencé, initiée par MaO et poursuivie par Pivoine ; et pour le bonheur de vos oreilles, je prends le relais...
La première chaîne de blogs de la chanson improbable
Le principe:
former une chaîne qui de blog en blog nous fera redécouvrir les perles oubliées de l'industrie musicale.
La
chanson doit impérativement avoir fait l'objet d'un disque (cd, vinyle:
33, 45 voire 78 tours) vendus chez ton disquaire favoris. Pas de
chanteur amateur donc.
- Tu vas sur le dernier blog de
la chaîne à avoir publié une vidéo: par le jeu des liens, tu cliques
sur "vidéo suivante" de blog en blog jusqu'au dernier, quoi.
- Tu postes un commentaire dans lequel tu préviens que tu es le prochain maillon et tu colles dedans le lien vers ton billet. Vers TON BILLET j'ai dit, pas vers l'adresse générale de ton blog.
- Dans ton billet à toi: tu mets un lien vers la page
du blog précédent où il y a la vidéo, tu mets ta vidéo à toi et tu
attends sagement qu'on te mette un commentaire pour mettre un lien vers
la page du blog qui prends la suite de la chaîne.
J'insiste: les liens doivent pointer vers la page du blog où se trouve le billet avec la vidéo. Je répète: LA PAGE, pas l'adresse générique du blog.
Je sens bien que tu n'as rien compris, mais tu vas voir, c'est facile en fait.
Enfin, tu n'oublies pas de mettre la bannière Influenceurs.
Et si possible tu recopies les instructions.
VIDEO PRECEDENTE : Pivoine
MA CONTRIBUTION :
Basile Boli, un grand footballer ; chanteur ??? Euhhhh...
Vous vouliez de l'improbable, c'est de l'improbable. Et en plus, je prouve qu'il y a eu un disque : 
A vous de dénicher la perle rare maintenant !!!
VIDEO SUIVANTE : chez Ratounette !
28 mars 2008
Si tu es à la BNP...
...frappe dans tes mains !!! Oui, chante, danse, roule des hanches et sois heureux !!!
Non pas que j'ai des informations confidentielles sur de quelconques transactions, fusions, OPA ou cession d'actifs (comme que je te cause bien la finance alors qu'j'y comprends que tchi...).
Mais plutôt parce qu'il y a un souffle nouveau à la BNP. Et que si ton conseiller ne s'évente pas avec des liasses de billets, ne t'amène pas de délicieux ladoos ou qu'il n'a pas deux téléphones collés à l'oreille tout en serrant des mains à qui mieux mieux avec un sourire étincelant, change d'agence et choisis celle de Bombay. BNP-Paribas a l'air vachement mieux là-bas...
27 mars 2008
Rions un peu avec Jésus !

Ivan Grozny... pardon Nicolas Sarkozy "le Terrible" se fait
oublier en promenant Jackie... oups, Carlitabruni. Il en profite pour
démolir tranquillement l'alliance franco-allemande à coups de "le partenariat franco-allemand n'est plus suffisant".
Et clôt son superbe parcours protocolaire en Albion (toujours précédé
de l'adjectif "perfide" ou de l'adjectif "blanche" comme le rappelle
Flaubert) d'un transcendant "it is magnifical" à la reine francophone. Et je m'interroge perfidement de mon côté : mais où est passée la robe de Rachida Dati ???
Laissons-là ces persiflages pour se tourner vers... Jésus.
Qu'est-ce ? Un subit accès de religiosité ??? Non, je m'esclaffe en
réalité allègrement à la lecture d'emails reçus, dont j'avais déjà
touché un mot précédemment...
Voici le fin mot de l'histoire : dans un moment de grande solitude, je
m'étais inscrite sur un site dédié aux tests psychologiques, histoire
de voir si ma rage à mordre les gens provenait de moi-même ou du monde
qui m'entoure. Réponse : elle est provoquée par les autres, évidemment
! Mais là n'est pas la question : ne souhaitant pas faire apparaître
mon vrai nom ou mon "vrai" pseudo, je m'étais inscrite sous celui de
Jésus. Me disant qu'il avait déjà été suffisamment utilisé à mauvais
escient depuis tant de siècles qu'un peu plus, un peu moins... Et je
n'ai pas eu tort, au bout du compte, car de délicieux moments en ont
découlé.
Je reçois désormais régulièrement des mails
adressés à Jésus. Et comme il n'est pas là pour les consulter, je me
permets de les lire et de noter les éventuels messages... La teneur en
est le plus souvent tout à fait croustillante. Ainsi "Jésus, aimez-vous
votre image ?" : mais c'est une grave question ! Et personne n'a jamais
pensé que Jésus pouvait avoir besoin d'une introspection lacanienne ou
que sais-je encore, alors qu'un abandon du père et une névrose liée à
un transfert compassionnel, ça laisse des traces !!!
Heureusement
(voire "grâces en soient rendues à Dieu" ?), Psychologie.com l'a fait
pour lui, pour moi, pour vous, pour nous tous donc !
Autre grand moment, "Jésus, êtes-vous à l'aise avec votre sexualité ?" : cette question est essentielle !!! D'autant qu'il a été marqué, j'en suis sûre, par tout ce qui a été dit à ce propos, ses pensées les plus intimes ont été sondées tout comme sa relation avec Marie-Madeleine, j'en passe et des meilleures. Soumis à la médisance des peuples pendant deux mille ans, Jésus avait besoin que quelqu'un s'intéresse enfin à son vécu, à son ressenti.
Heureusement, même s'il est difficile de résister aux pressions qu'il a subies, sa philosophie de la vie est très positive et il sait toujours voir le bon côté des choses.
26 mars 2008
"Blood Diamond" : l'Afrique redécouverte par Hollywood.
La Sierra Leone devrait être un paradis. Mais, pendant ces quinze dernières années, ce fut loin d'être le cas. La presse française avait plutôt bien accueilli Blood Diamond d'Edward Zwick, et quand j'ai pu l'acheter à bas coût dans un pays où les droits d'auteur sont tout à fait bafoués mais où le portefeuille du spectateur y trouve son compte, je me suis dit : "pour 100 bahts (2,50 euros), pourquoi pas ?". Malgré mes réticences à l'égard des films leonardodicapriens, j'ai finalement visionné la chose le week-end dernier.
Le sujet est accrocheur, car participant du soudain engouement cinématographique pour l'Afrique de ces quelques dernières années. Intérêt accru car "oh, mais oui ! On pourrait écrire un nombre incalculable de scénarios (j'ai appris que scénarii n'était pas des plus corrects) avec les "tragédies africaines" !".
Sauf bien sûr à propos du SIDA et du paludisme, c'est moins vendeur... D'autant qu'à part taper sur les laboratoires pharmaceutiques et les divers gouvernements, il est plus difficile de faire culpabiliser personnellement le spectateur. Il faut du lointain et de la proximité à la fois, du concret et de l'abstrait. C'est pour cette raison-même, d'ailleurs, que Syriana de Stephen Gaghan (avec George Clooney et Matt Damon) sur les magouilles pétrolières entre les Etats-Unis et certains Emirats, n'a pas eu le succès escompté auprès du public car trop complexe, trop politico-financier, trop lointain et abstrait donc.
Hollywood se concentre donc sur des sujets plus émouvants et vendeurs : les diamants, par exemple. Sous prétexte de faire prendre conscience aux spectateurs qui dépensent quelques centaines de milliers de dollars pour une babiole en diamant que, oui, des petinenfants sont mort pour ton bracelet, et des adultinnoncents se sont fait taillader pour tes pendants d'oreille...
Blood Diamond présente au public déjà larmoyant les trafics de diamants entre la Sierra Leone, le Liberia et la Grande-Bretagne. Leonardo Di Caprio joue le dingue du diam's, ancien mercenaire sud-africain passé par la guérilla angolaise, achetant, volant ou négociant les diamants avec les joyeux égorgeurs qui tiennent le pays sous leur botte ferrée. Cela manque d'amour, me direz-vous... C'est certain : il faut donc une jolie journaliste qui enquête là-dessus, avec persévérance et professionnalisme, et qui parvient parce qu'elle ose prendre des risques à entrer dans le coeur (c'est-à-dire le carnet de contacts) de ce bourreau de Leonardo. Pour autant, on n'apprend rien au fil des scènes et des dialogues, puisque tout le trafic est explicité au début du film : ces diamants, teintés du sang des Sierraléonais, passent clandestinement au Liberia, y sont "blanchis" puis sont expédiés à de grands argentiers de la City londonienne qui les mettent en sommeil avant de les ressortir sur le marché légal. Pas de scoop donc, juste un article au final qui fait tomber quelques têtes. Les quatre premières minutes du film sont donc les plus intéressantes, voire les seules nécessaires...
La narration est un peu... linéaire, c'est le moins que l'on puisse dire. Les prises de vue sont belles, mais cela tient plus au lieu du tournage (Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud) qu'à une quelconque volonté artistique ; et la prestation d'acteur est un néant aussi profond que la fosse des Mariannes : Leonardo joue ce que l'on attend de lui (beau et ténébreux) et Jennifer Connelly est jenniferconnellyesque (pugnace, concernée et tendre à la fois). Quant à Djimon Hounsoun, il campe l'Africain par excellence : pas trop folklorique (pas de grigri), mais jouant très bien au foot, pauvre et aimant ses enfants. On croise avec une régularité métronomique des villages dévastés et des corps lacérés à la machette, des enfants-soldats camés et fanatisés, des colonnes de réfugiés et une milice mercenaire sud-africaine suréquipée. Histoire de bien rappeler au spectateur inattentif que la guerre, c'est sanglant et dévastateur, et que certains n'y jouent pas un très beau rôle ; certains l'avaient peut-être oublié ?
Blood Diamond évoque donc un sujet qui va nécessairement faire pleurer dans les chaumières sous un prétexte de visée morale. En contrepoint, sur le trafic d'armes avec les pays africains, Lord of War d'Andrew Niccol a l'immense mérite de ne pas sombrer dans la sensiblerie et la compassion envers le personnage principal, pourri jusqu'à la moëlle et admirablement joué par Nicolas Cage. Quant à Hôtel Rwanda de Terry George, il assume entièrement le côté larmoyant et personnalisé, car inspiré de l'histoire réelle d'un employé du grand hôtel de Kigali au début du génocide rwandais. Les choses sont donc bien plus claires dans ces deux films et, surtout, bien plus honnêtes avec le public.
Finalement, Blood Diamond a l'étonnant effet secondaire de vous donner l'envie de relire immédiatement Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma, chef d'oeuvre d'une lucidité et d'une pertinence rare sur les guérillas africaines, abordées sous l'angle des enfants-soldats. Aucune sensiblerie ici...
Prochaine visionnage : Le dernier roi d'Ecosse de Kevin Macdonald, avec Forest Whitacker dans le rôle du dictateur ougandais Idi Amin Dada.
25 mars 2008
Hypocrisie : être sous le masque de loin, de près...
C'est fatiguant !!! La valse hypocrite continue : nous voguons entre les "tuons, mais avec retenue" et les "potentiellement, j'envisagerai
quelque chose un jour, rien n'est ouvert, rien n'est fermé" de notre Omniprésident. Nous verrons donc ce que nous verrons... mais plus tard, après une répression chinoise comme la RPC sait si bien les faire et quand il n'y aura plus rien à condamner. Juste déplorer et pleurer, d'autant que la présidence de l'UE sera française et qu'il faudra serrer les fesses... L'autre président, rogue et Rogue à la fois, est soutenu par les présidents des Comité nationaux olympiques dans sa conduite prétendument a-politique : il faut agir, mais au meilleur moment. S'il gère cette crise avec la même dextérité avec laquelle il a passé l'accord
de 2001 accordant les Jeux Olympiques à la Chine contre un respect accru des droits de l'homme, on peut être dans une totale zénitude quant à la suite des opérations... Enfin, parce qu'on en apprend tous les jours, les trois militants de
Reporters sans frontière qui seront jugés en mai en Grèce, le seront sur la base
d'une violation d'un article stipulant la sacralité des emblèmes
nationaux. Et, fou !, alors que tout le monde s'évertue à dire que les
JO sont apolitiques, on découvre que les cinq anneaux
entrecroisés sont en réalité un symbole national grec. Il reste donc la menace, prononcée par Daniel Bilalian, de ne pas diffuser les JO s'il s'avérait que la Chine réclame un différé dans la diffusion des images... A suivre donc.
En parlant d'hypocrisie, je continue de mon côté les révisions car l'examen de
chinois a finalement été divisé en deux sessions (hum, je l'ai su la veille...), et cela me fait penser (en plus de la lecture chez Jelaipa sur les luttes internes à certains services) que je ne vous ai jamais raconté à quel point c'est le bordel par chez nous. Non, pas dans l'Education nationale (je rédigerai un jour une encyclopédie à ce propos) mais chez les étudiants de chinois d'un certain endroit.
Au-delà des difficultés propres à toute langue (le chinois compense la difficulté d'apprentissage des sinogrammes par une grammaire plutôt simple), "chez nous" les choses sont compliquées par des querelles intestines. Deux choses : un nouveau cursus a été créé cette année, fonctionnant avec une nouvelle méthode, prétendue révolutionnaire, qui l'est sur certains aspects, mais qui a nettement besoin d'améliorations sur d'autres. A peaufiner donc, comme toute expérimentation pédagogique. Mais c'est sans compter certaines résistances, réticences et arrogances. Car ce nouveau cursus se pose comme une révolution face à l'ancien cursus, et ça, la révolution, ça ne pardonne pas en chinois... Frictions, autojustifications et prétentions donc. Un climat d'apprentissage idéal qui me rappelle bien des choses, vécues en tant que prof.
Et parce qu'il faut toujours en rajouter, je suis aussi déléguée des
étudiants du département de chinois. C'était
résolument stupide, je sais. J'ai accepté cette proposition de participer à la liste à un moment où mon ECG devait être très très très plat. Et malheureusement pour moi, l'élection était gagnée d'avance : une vingtaine de votants, dont au
moins la moitié était sur la liste comme délégués ou suppléants, alors que nous sommes 1 500 au bas mots inscrits en chinois. Réflexion subséquente : la conscience politique d'un étudiant actuel semble être inversement proportionnelle à sa capacité à parler en
plein cours, interrompre le prof et se plaindre d'avoir trop de travail...
Toujours est-il que je pensais me la couler douce : régler en
tant qu'étudiante ce qu'il fallait régler quand j'étais prof (enfin, je
le suis toujours mais j'ai encore quelques mois de répit). Querelles
d'emplois du temps, de salles, questions pédagogiques en lien avec le
déroulement des cours et des examens, les problèmes de maquette et de
rodage du passage à la LMD, les chiffres d'échec et de succès, les
attributions de bourses et les critères de sélection à leur
appliquer... Et, bien sûr, les revendications, bien peu nombreuses en
réalité, de mes petits camarades. Mais c'était sans compter qu'ici, c'est Verdun : deux
clans rivaux aux propos dévastateurs s'affrontent et se déchirent à coup de méthodes pédagogiques, d'ambitions
personnelles et de déclarations d'intention. Tout ceci pourrait être accompli en dressant l'oreille, notant et
jouant des ambiguïtés pour faire passer les intérêts des étudiants avant les querelles de
personnes.
Croyais-je.
Et là, première réunion : une empoignade
comme jamais vue. Et moi, assise à côté de l'un des deux belligérants, ancienne élève du premier, M. Psychorigide*, et élève actuelle de l'autre, M. Arrogant*, me
voilà embarquée, visée personnellement et incluse dans un combat qui
n'est pas le mien. Et parce que ce n'était pas suffisant, au moment où je me défends et tente de trouver un terrain d'entente pour dépasser le problème, un de mes colistiers, M. Effetsdemanche*, m'interrompt pour clamer qu'il n'est pas du tout d'accord avec
moi, qu'il ne me soutient pas et qu'il s'inscrit en faux par rapport
à mes propos. Ce même colistier qui avait tout fait pour m'inclure sur la liste, et qui tente avec forces rodomontades et flatteries grasseyantes de pousser les intérêts de gens qui lui sont proches (il me l'a même écrit noir sur blanc...).
Conclusion : toi, t'va
voir ta gueule à la récrée...
* Les noms ont été modifiés. Enfin, pas tant que ça.
Beaucoup de tensions pour pas
grand-chose donc, ou plutôt si : pour découvrir que ce que je croyais être
une liste sereine et intelligente est en réalité noyautée, et qu'un des
délégués y fait preuve d'un entrisme rarement vu depuis la Guerre froide... Je me découvre encore fort innocente.
Que faire maintenant ? Démissionner, laisser mon suppléant prendre le relais sous des prétextes fallacieux ? Continuer le combat, en tentant de protéger les intérêts d'étudiants qui s'en fichent totalement (tant que cela ne concerne pas leur notation personnelle) ?
Ou partir créer une guesthouse dans la campagne thaïlandaise, monter une école en Birmanie et écrire un roman au Pays de Galles ?
24 mars 2008
Week-end pascal made in Taiwan.
Flocons de prunus...
Week-end pascal très convivial mais fort inhabituel... Moi qui le passe d'habitude seule à m'empiffrer joyeusement de chocolat devant la télé, tout en corrigeant d'infâmes copies ou en feuilletant des livres sans aucune image (beuhhhh...), en attendant que mon cher et tendre rentre de sa famille, cette fois-ci c'était réunion générale avec la famille du cher et tendre pré-cité. Et parce que plus on est, plus mieux c'est, nous y avions convié deux amies taiwanaises de passage.
Inhabituel donc parce que je révisais du chinois pendant que tout ce beau monde allait se promener dans les bois, les champs et les chemins... Et moi, malgré la température, c'est un truc que j'adore parce qu'il y a toujours plein d'animaux dans cette région-là : et j'aime les animaux. Surtout quand j'ai faim. D'ailleurs, on a vu un troupeau de Bambis très appétissants dans la forêt de Retz...
Inhabituel aussi parce que le temps picard, mais pas seulement semble-t-il, oscillait entre printemps et brusque retour de l'hiver. Un paysage très japonais donc, les fleurs de cerisier (de prunus, ici) se confondant avec les flocons de neige : je ne vous raconte même pas l'effet sur les Taiwanaises...
Et parce que décidement Taiwan était à l'honneur ce week-end, Ma Yingjiu a été élu samedi président de la République de Chine, nom officiel de Taiwan. Qui ferait mieux de s'appeler Formosa tellement cela lui va mieux, d'ailleurs... Conséquences de cette élection ? Déjà la preuve qu'il s'agit d'une véritable démocratie puisque l'alternance des partis au pouvoir est respectée : à Chen Shuibian du DPP (parti pro-indépendance, pour faire très vite) qui a été président pendant huit ans succède Ma du KMT (Kuomintang, parti pro-dialogue avec la Chine, originellement celui de Chang Kaishek venu se réfugier dans l'île en 1949 pour... reconquérir le continent !!!).
Puis, cela signifie que le partenariat commercial et économique avec la Chine pop' va être reconstruit, consolidé, en espérant que cela ne donne pas d'ailes à Pékin dans ses visées sur l'île considérée comme sécessionniste... De toute manière Ma va devoir aussi gérer l'héritage de la taiwanisation de ces dix dernières années, où l'île s'est construit une identité réelle et absolument distincte de la RPC.
Conséquence personnelle ? Ma thèse va être encore plus intéressante... et portera jusqu'en 2012. Ce qui est super fou pour une thèse de sciences politiques certes, mais aussi d'histoire, héhéhé !
23 mars 2008
Noël en nougatine, Pâques aux Philippines !
Lu dans l'article "Allô, Houston, ici Romy", répond Jésus", de Sylvie Kaufmann dans Le Monde (édition datée du 25 mars 2008).
"Si les catholiques philippins, qui ont coutume de se flageller et de se
faire crucifier le dimanche de Pâques pour la rémission de leurs
péchés, se réveillent ce matin avec des plaies infectées, ce ne sera
pas faute d'avoir été prévenus. Les autorités sanitaires de Manille
leur ont spécifiquement demandé de vérifier l'état de leur vaccination
antitétanique et de prendre soin de désinfecter clous et fouets avant
usage."
On n'est, en effet, jamais trop prudent...
21 mars 2008
Et la purée de chocolat, ça marche aussi ?
Quelques jours de répit tu vas avoir, lecteur chanceux !
En effet, je pars quelques jours me bourrer de chocolats en Picardie, parmi les collines boisées, les champs et les lapins. Des milliers de lapins : car le Tardenois est une véritable lapinière en plein air, depuis que Chou-gris, le lapin de mon cher et tendre lorsqu'il était enfant, s'est fait la malle. Et la nature a fait le reste...
Et qui dit milliers de lapins dit milliers de chocolats de Pâques, naturellement.
Bon, après ces agapes pascales, je serai de retour mercredi sur ces pages, pas mardi : mardi, c'est examen de chinois de folie.
Et mercredi, ce sera purée.
Et jeudi, ce sera purée.
Et vendredi aussi.
Si vous ne savez pas pourquoi, allez faire un tour chez Pivoine !
20 mars 2008
Vikram Seth, "Un garçon convenable" : l'Inde des transitions.
Transition. Voici le fin mot d'Un garçon convenable de Vikram Seth.
Mais commençons par le commencement : deux pavés de 900 pages chacun, pour l'édition en livre de poche. Et
l'inquiétude gagne le lecteur harassé par tant de romans, journaux et blogs lus, à lire (et à écrire ?) : sera-t-on capable d'aller jusqu'au bout sans
s'endormir, mourir d'ennui ou bailler à retrouver des molaires que l'on
croyait avoir égarées ? Et bien, la réponse est simple et peut se
résumer en un seul mot.
Mais comme je suis folâtre, je vous la donne en
quelques lignes. Tout est dans le "quelques", d'ailleurs, vous me
connaissez.
La question de l'union constitue le commencement et l'aboutissement de cette fresque familiale, et son sujet véritable. L'union matrimoniale, tout d'abord, parce que dans la lignée d'autres romans indiens contemporains, le lecteur se trouve embarqué dans une saga familiale intimiste où la quête principale est le mariage convenable. Ainsi, déroulement chronologique et alternance classique des récits familiaux, auxquels s'ajoute une basse continue qui roule une thématique politico-religieuse.
Transition tout d'abord, parce que l'on suit une étudiante, Lata Mehra, dans son lent et difficile passage au monde adulte. Transition féminine, de la jeune fille qui devient femme et découvre les difficultés de lire dans son coeur et dans celui des autres, de la fille revêche à la fille compréhensive quand il s'agit pour elle d'entendre sa mère qui veut lui imposer un "garçon convenable" pour son mariage, de l'étudiante à l'épouse enfin. Nuance encore dans les amitiés et les amours : la caste n'importe plus théoriquement, mais elle reste le référent intellectuel de tous, et progressivement la religion apparaît comme un critère. Lata se débat alors entre son amour pour un jeune musulman et des réticences qui ne seront jamais révélées par l'auteur parce que son personnage ne se les avoue jamais. On regrettera toutefois que la jeune fille retombe dans les conventions sociales, mais difficile de faire autrement. Alors, comme aujourd'hui. Se conformer malgré tous ses idéaux au attentes de la famille et des autres...
L'autre union est celle de l'Inde, dont la transition est tout aussi difficile et passionnelle. Cette Inde de l'année scolaire 1951-1952, juste émergée d'une indépendance encore mal assurée dans les esprits et ressentie d'autant plus vivement que la Partition vient de consacrer avec force sang et terreur la naissance du Pakistan. L'union affirmée reste à faire naître dans les esprits alors que les dissensions politiques émergent entre le Parti du Congrès, les socialistes, les communistes et les différents partis communautaristes hindous ou musulmans, et que les crispations religieuses paraissent au grand jour. Certaines réflexions et situations de ces années ne sont d'ailleurs pas sans rappeler des questionnements plus contemporains : parce que certains, puissants et influents, suivis par la foule frivole et frileuse, veulent que tout conflit, de quelque nature qu'il soit, devienne religieux. Et en Inde, les émeutes anti-musulmans, anti-hindous, anti-sikhs, que sais-je encore, se sont succédé de manière sporadique jusqu'à il y a peu...
Il aurait été facile pour Vikram Seth de donner de la population indienne une image manichéenne. Mais dans Un garçon convenable, rien n'est tout noir ou tout blanc : ni la couleur de la peau, ni les choix de vie, ni les esprits. Tout comme ces familles, qui témoignent bien de cette époque de transition où l'on n'est plus soumis aux Britanniques mais on n'est pas encore vraiment Indiens : des hommes politiques qui ne parlent ni ne lisent l'hindi, l'élite pailletée de Calcutta anglophone et anglophile qui pousse ses jeunes dans les internats à la britannique... Ce qui compte, c'est d'avoir passé quelque temps en Angleterre, ou de faire semblant, de ne pas laisser contaminer sa parole par un accent local, de ne pas trop frayer avec des familles trop... indiennes. Parmi tous les portraits dressés dans ce roman, au milieu de nombreux personnages attachants, quelques-uns sont méprisables et d'autres détestables... mais ils sont rapidement écartés. L'optimisme est chevillé à la plume de Vikram Seth.
Vikram Seth, qui est un auteur discret, n'intervenant que peu et ne laissant aucun fil rouge pour expliciter son oeuvre. Mais le lecteur comprend bien, au final, qu'en choisissant des familles différant les unes des autres par leur origine, leur richesse ou leur religion, il dresse un portrait vivant et crédible de Brahmpur, la ville de Brahma créée de toutes pièces par l'auteur sur les bords du Gange mythique, comme microcosme de l'Inde. On s'insinue alors lentement dans cette nation en pleine gestation, dans ses cercles familiaux et amicaux, ses partis et ses clans, ses amours et ses méfiances. Autant d'étapes de ces transitions nécessaires qui permettent le "vivre ensemble".
Chatoiement de la culture indienne décrite au travers du rire perlé de Meenakshi Chatterji ou des bouts rimés de ses frères et de sa délicieuse soeur Kakoli. Larmes tonitruantes du Dr K. C. Seth devant les premiers succès de Bollywood. Multiplicité des fêtes hindouistes, dévotion collective au linga tout-puissant... En complément et non en contrepoint s'expose la richesse de la culture musulmane indienne : les ghazals imprègnent de leur mélancolie la passion de Maan Kapoor, le purda (claustration des femmes musulmanes) et le burqa masquent une société méconnue dont on ne devine les trésors que dans les traits de la begum-prostituée Saeeda Bai. Un hymne à l'ourdou aussi, qu'il faut préserver certes mais pas seulement : il ne doit pas tomber en désuétude comme les livres du Nawab tombent en poussière. C'est en peignant cette double culture d'un même geste que Vikram Seth pose la question fondamentale de son récit : où est la nation ?
Une fresque enivrante donc, par laquelle il fait bon se laisser bercer comme certains se laissent dériver sur le Gange pour admirer les reflets de la lune sur le Barsaat Mahal rêvé par Vikram Seth...


























